Novak Djokovic dépité à Bercy 2016
La désillusion, le dépit, se lisent facilement dans le visage fermé de Novak Djokovic, sur le point de tout perdre. | MIGUEL MEDINA / AFP

BNP Paribas Masters : Novak Djokovic n'est plus le « Djoker »

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Un séisme. L'Accor Hotel Arena de Paris vient d'être le théâtre d'un tremblement de terre dans le monde du tennis. Novak Djokovic, triple tenant du titre et 17 victoires consécutives au BNP Paribas Masters, a perdu sa couronne. Marin Cilic a eu raison du Serbe, méconnaissable, et plus que jamais dans la tourmente. Dépassé, désabusé même à la fin du match, le numéro un mondial ne trouve plus de solutions. Une situation inédite et qui inquiète puisque pour la première fois depuis juillet 2014, Djoko pourrait laisser son trône de meilleur joueur du monde à Andy Murray...

Elle paraît si lointaine cette période d'hégémonie. Entre janvier et juin 2016, rien ne semblait pouvoir arrêter la machine Novak Djokovic. Plus que jamais meilleur joueur du monde, ses victoires se succédaient de l'Open d'Australie jusqu'à Roland-Garros en passant par Indian Wells, Miami et Rome. Andy Murray, en chef de fil des rebelles, tentait pourtant de le contrarier ici et là. Pendant six mois, rien n'échappait au Djoker qui sortait toujours de son chapeau un nouveau tour impossible à déjouer. Puis la confiance s'en est allée, petit à petit. Wimbledon, Jeux Olympiques de Rio, puis l'US Open. Bref, pendant ce temps-là, l'Ecossais enchaînait les victoires.

Une machine enrayée​

Comme si sa victoire à Paris début juin avait créé une sorte de suffisance par la suite. Quelque chose qu'il a tout de suite rejeté devant la presse et juste après son revers face à Marin Cilic: «Alors non, je ne vois pas du tout la chose comme ça. Roland-Garros a été pour moi l'un des plus moments de ma carrière sur un court. Je m'en souviendrai comme ça. Comme une forte émotion, une immense fierté et une grande satisfaction.» On l'entend bien. Il est évident que tout n'a pas déraillé à cause d'un tel triomphe.

Ses pépins physiques, notamment rencontrés à New-York, puis la succession des matches intenses toute la saison ont sans doute eu raison de ses performances: «Beaucoup de choses se sont passées physiquement pour moi au cours des deux dernières années. Je suis bien sûr très heureux de mes résultats, notamment en Grand Chelem cette année, mais cela a pris beaucoup de mon énergie. Cela a peut-être soulevé des questions et remis les choses en perspective. Je suis un peu dans cette phase en ce moment. Il va falloir un certain temps pour me débarrasser de tout cela.»

« Je n'y arrive plus »​

L'heure est donc aux ajustements, à la réaction. Car la saison, bien que presque achevée, se bouclera à Londres où un duel face à Andy Murray, sans doute prochain numéro un mondial (si le Britannique va en finale à Bercy), l'attend. D'ici-là, difficile de penser que son mal sera conjuré. Mais le Serbe, désabusé ce soir mais conscient de sa défaillance, se veut encore confiant: «Il faut que je réussisse à retrouver cet état d'esprit qui me permet d'être performant match après match. Je n'y arrive plus. Je n'ai pas réussi à retrouver ce niveau depuis deux mois à peu près. Là encore, il faut que j'arrive à récupérer ça […] Mais en tout cas, je suis présent et pense être dans la bonne voie. Je suis dans un meilleur état d'esprit que je ne l'étais récemment.»

Une chose semble désormais actée pour tout le monde en cette fin de saison 2016 : Novak Djokovic ne fait plus peur. Il n'est plus ce Djoker qui écrasait ses adversaires. L'épouvantail, aujourd'hui, campe les épaules d'Andy Murray. «Il mérite la place de numéro un mondial. Ce qu'il a fait est extraordinaire depuis 12 mois» nous a confié Djoko, en admirateur fair-play. Il ne faut surtout pas y voir-là un aveu de faiblesse de la part de l'homme aux 12 titres en Grand Chelem. Non, il faut surtout voir une chose : la donne, en haut de l'échelle du tennis mondial, est en train de changer. Novak Djokovic en est conscient. Mais il en a fait les frais.