Thierry Ascione et Nicolas Escudé
Thierry Ascione et Nicolas Escudé (ici en Coupe Davis en 2004), désormais co-entraîneurs de Jo-Wilfried Tsonga | AFP - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Ascione-Escudé, la filiation avec Tsonga

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En décidant de prendre Thierry Ascione et Nicolas Escudé pour entraîneurs, Jo-Wilfried Tsonga s'est placé dans une filiation assez naturelle. Chacun d'eux a toujours brillé par leur franchise couplée à un gros affectif dans leurs relations. Mais les trois hommes ont bien d'autres points communs. Ensemble, ils veulent atteindre ce qu'aucun d'eux n'a pu faire: remporter un tournoi du Grand Chelem.

C'est une nouvelle expérience. A 28 ans, Jo-Wilfried Tsonga espère avoir trouvé "le fonctionnement idéal". Après un coach français (Eric Winogradsky), une année sans entraîneur, un technicien étranger réputé et reconnu (Roger Rasheed), place à un duo. Deux hommes pour le prix d'un, deux amis, c'est le pari tenté par le N.1 français.

Avec Thierry Ascione et Nicolas Escudé, il s'est associé à deux fortes personnalités qu'il connaît bien. Et dont les qualités de joueur font écho aux siennes. Le premier (qui a été adversaire de Tsonga sur le circuit secondaire au début des années 2000) n'a culminé qu'au 82e rang de l'ATP, mais sa puissance et son caractère de combattant ne sont pas étrangers aux caractéristiques de Tsonga. Le deuxième, 17e mondial au plus haut et vainqueur de la Coupe Davis, était l'un des derniers attaquants insatiables, aux coups décisifs au service comme en coup droit et en revers. En permanence au filet. Un jeu vers lequel le N.1 français veut tendre de plus en plus. Pour résumer schématiquement, Ascione + Escudé = Tsonga. Mais cela ne suffit pas à faire de ce trio le socle d'un avenir radieux. "On se sent capable de l'amener là où il veut", avoue Thierry Ascione, qui rappelle, comme son binôme, que "le haut niveau, c'est plein de petits détails." Et Nicolas Escudé renchérit: "On peut amener pas mal à Jo. C'est un super projet, et en-dehors du tennis, c'est un super mec." Et l'objectif est clairement défini, assumé: "Si on se projette dans un an, et que Jo est toujours 8e mondial, c'est qu'on n'aura pas réussi notre truc. C'est aussi simple que ça." Et Ascione complète: "Jo a toujours dit qu'il voulait gagner un Grand Chelem." La feuille de route est écrite.

Deux entraîneurs pour deux joueurs

L'idée de cette association est née à la mi-septembre, au tournoi de Metz. "Il a parlé très vite de ses sensations, de ses états d'âme, de ses ambitions", se souvient Ascione. "Tout a été finalisé voici 3-4 jours", ajoute Escudé. Au-delà des qualités des anciens joueurs, il y a leur parcours. Comme Tsonga, ils ont toujours été très attachés à la Coupe Davis. Compétition par équipes dans un sport individuel, elle montre l'état d'esprit profond qui anime les trois hommes. Ils sont d'ailleurs tous liés à des sports collectifs. Ascione a longtemps joué au foot, comme Escudé, dont le frère Julien évolue désormais au Besiktas, et Tsonga, dont le frère joue au basket. Il fallait cette envie de partage pour permettre la cohabitation entre les trois, qui sont en fait quatre. Car Ascione et Escudé s'occupent déjà de Nicolas Mahut. Et cela va continuer.

"On sera tous les deux sur les deux joueurs", assure Thierry Ascione. "Ils ont la plus-value de deux personnes. Mais attention, le seul binôme qui existe, c'est au niveau des entraîneurs. Pas entre Nico et Jo. Chacun a son projet. Chacun pour sa pomme. C'est très individualisé." Les deux joueurs bénéficieront donc chacun d'un entraîneur, l'un ou l'autre, et des deux lorsqu'ils sont alignés sur les mêmes tournois (Grands Chelems notamment). Hors compétition, la répartition devrait s'inscrire dans une logique géographique. Ascione vit en région parisienne comme Mahut, alors qu'Escudé n'est qu'à une heure de la Suisse où vit Tsonga. Les couples devraient ainsi se former. Mais deux entraîneurs, c'est le risque de deux discours différents. Nicolas Escudé ne croit pas à ce piège: "Chacun a sa sensibilité, ses mots. Mais on a exactement la même vision."

De l'affectif et de la communication​

Une nouvelle structure en fin de saison, cela peut paraître étranger. Mais il faut du temps pour que la mayonnaise prenne. "On est dans une période d'observation", glisse Thierry Ascione. "Chacun doit trouver sa place", ajoute Nicolas Escudé. Et il y avait clairement des impératifs pour prendre en mains le destin du N.8 mondial: "Jo veut une structure où la communication fonctionne à merveille", se réjouit l'ancien capitaine de l'équipe de France de Fed Cup. Le joueur avait notamment pointé du doigt le problème de la langue pour expliquer sa séparation avec Roger Rasheed. Connus pour leur franc-parler mais aussi leur besoin d'affectif dans toutes les relations, les deux techniciens ont donc été, aussi, choisis pour cela: "Notre relation affective, amicale, est très saine", estime Ascione. "On a la liberté de se dire les choses. Et il paye un coach pour lui dire la vérité." Comme un écho, Escudé embraye: "Comme lui, on est pas mal dans l'affectif. Mais comptez sur nous pour ne pas le brosser dans le sens du poil. Je ne vais pas changer ma façon d'être. Il ne nous a pas engagés pour être de petits garçons face à lui."

Les blessures, autre point commun du trio

Moins épargné par les blessures cette saison que lors des précédentes années, Jo-Wilfried Tsonga pourra compter sur la connaissance des maux de ses deux entraîneurs. Thierry Ascione et Nicolas Escudé ont vu en effet leur évolution de joueur freinée par de multiples blessures (comme Nicolas Mahut d'ailleurs). Le premier a même dû mettre un terme à sa carrière à cause de son coude, le deuxième à cause de son épaule. "Quand je parle de blessure, j'ai vécu ça. Cela donne plus de crédit à mon discours", reconnaît Nicolas Escudé, qui assure qu'ils continueront "à mettre énormément l'accent" sur la prévention. En plus de ces deux nouveaux entraîneurs, et de son ostéopathe Michel Franco (qui a officié des années à l'AS Monaco et s'est occupé d'Amélie Mauresmo), le N.1 français a donc décidé d'ajouter un préparateur physique personnel.

Lors de cette semaine à Bercy, puis peut-être au Masters de Londres la semaine suivante, le trio va prendre ses marques, pour être fin prêt début janvier, pour la prochaine saison. Là, le programme sera chargé: retour dans le Top 5 mondial, victoire en Grand Chelem... Et pourquoi ne pas rêver de soulever le Saladier d'Argent avec l'équipe de France en Coupe Davis. Jo-Wilfried Tsonga en rêve depuis longtemps. Il succéderait ainsi, 13 ans après la dernière victoire française dans cette épreuve, à... Nicolas Escudé. Ce dernier, en finale en Australie, avait remporté ses deux points en simple, dont le 5e et dernier match décisif.