Rétro : Les 10 moments de la décennie qui font de Nadal-Federer-Djokovic le plus grand trio de tous les temps

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Auteur·e : France tv sport
Federer Nadal Djokovic
Rafael Nadal et Roger Federer sont réélus au conseil des joueurs | AFP

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La décennie tennistique a été marquée par la domination de trois des plus grands joueurs de tous les temps, dans ce qui apparaît pour beaucoup d'observateurs comme une rivalité unique dans l'histoire du tennis. France tv sport a identifié dix moments-clés, qui ont fondé ce qu'est devenu, en dix ans, le "Big Three".

1. Le moment où Rafael Nadal devient un monstre tout-terrain

Rafael Nadal s’effondre sur le terrain au bout de 3h50 de finale. Tout de noir vêtu, t-shirt et short encore un peu baggys et longs. Il pleure déjà par terre.  Nous sommes le 11 septembre 2010, à l'US Open. Il vient de réaliser le Grand Chelem en carrière, en remportant la seule levée qui lui manquait. Plus encore que le résultat, c’est la manière qui fera de ce succès une rampe de lancement vers le joueur qu'il est aujourd'hui.

Rafael Nadal a fait évoluer son service cette saison, et c’est lors de cet US Open qu’il est devenu une nouvelle arme dans son arsenal, capable de le faire gagner partout où il passe. Djokovic le constatera après sa défaite : “Il a radicalement amélioré son service. Son jeu est maintenant adapté à toutes les surfaces”. Le buste plus droit, les pieds plus éloignés, le geste plus brutal et bref : son service sera la première de ses nombreuses mues qu’il effectuera tout au long de la décennie. Pour la polyvalence des surfaces, mais aussi pour une carrière longue qu’à l’époque, personne ne lui prédisait.  

Cette victoire ouvrait en fait un nouveau champ des possibles pour l’Espagnol. A l’aube d’une décennie où on lui promettait un règne paisible sur ocre, naissait la possibilité d’un empire global, de Melbourne à New York en passant par Londres. Avec, en ligne de mire, la silhouette d’un certain Roger Federer (16 Grands Chelems à l’époque), de plus en plus précise, plus atteignable que jamais.

2. Le moment où Novak devient le "Djoker"

Il est ironique de penser aujourd'hui, alors qu'elle est maintenant à demi-morte, que c'est la Coupe Davis qui a engendré le plus grand champion de la décennie, peut-être de l'histoire. C'est pourtant ce qui est arrivé. Le 5 décembre 2010, Novak Djokovic n'a pas seulement permis à la Serbie de remporter la Coupe Davis. Il a levé la bride du monstre qui trépignait en lui. Est-ce l'ambiance hallucinante qui a porté les Serbes jusqu'à la victoire ? Est-ce cette scène surréaliste où "Nole" s'est emparé du micro avant le simple décisif pour haranguer les supporters ? "On va gagner et la nuit va être longue" hurle le Serbe aux fans survoltés.

Patrice Dominguez dira de cet épisode :"Je n'ai jamais vu ça. Je ne sais même pas si c'est permis par le règlement". Toujours est-il que, un jour plus tard, il soulève la Coupe Davis. Quelques semaines plus tard l'Open d'Australie. Quelques mois plus tard, il s'arrête à Roland-Garros à 41 victoires de suite, l'une des plus grandes séries victorieuses de l'histoire. Et, fin 2011, il réalise le premier Petit Chelem de sa carrière. La nuit fut peut-être longue, après cette victoire serbe. Mais l'ivresse le fut encore plus pour Novak Djokovic. 

3. Le moment où le dos de Federer l'a rendu mortel

Gstaad 2013. C'est dans l'anonymat d'un sombre ATP 250 que l'un des tournants de cette décennie s'est noué. Certes, le physique de Roger Federer n'offrait déjà plus les garanties habituelles. Depuis le début de la saison, le Suisse s'était à plusieurs reprises plaint de douleurs au dos. S'il avait manqué les tournois de Miami et de Monte-Carlo, c'était pour ménager son dos. On le savait donc fragile à cet endroit. Mais le Maître avait toujours gardé son flegme habituel. Rien ne pressait, tout était sous contrôle. Cette fois, pour la première fois, il concède être inquiet. "J'ai de sérieux problèmes de dos" souffle-t-il en interview, visage fermé.

Le Suisse est en fait au fond du trou. Il l'avouera après : "A un moment, la seule question était de savoir si j'arrivais à jouer sans trop de douleur, si j'arrivais à bouger à peu près". Quelques semaines plus tard, il sortira inexplicablement dès les huitièmes de l'US Open face à Tommy Robredo.  Jusqu'à 2013, chacun imaginait le déclin inévitable de Federer comme une lointaine et irréelle issue. Cette saison émaillée de blessures aura rendu sa fin, plus que concevable, tangible. Le premier des géants était bel et bien périssable.

4. Le moment où le Big Four se transforme en Big Three 

Impossible de parler de Nadal, Djokovic et Federer sans parler d’Andy Murray. À eux quatre, ils formaient le Big Four, jusqu’à ce que le Britannique ne s’efface petit à petit pour ne laisser plus que le Big Three dans la lumière. Murray avait pourtant commencé la décennie sur des bases solides : premier Grand Chelem à l’US Open en 2012, Wimbledon devant son public l’année suivante. Mais en 2014, l’enchaînement est rude pour l’Écossais qui n’atteint qu’une seule fois les demies en Grand Chelem et qui s’incline sèchement en quart de finale de l’US Open face à un Novak Djokovic une classe au-dessus.

Andy Murray balayé par Novak Djokovic en quart de finale de l'US Open 2014
Andy Murray balayé par Novak Djokovic en quart de finale de l'US Open 2014 © DON EMMERT / AFP

Malgré une bonne saison 2016, avec la place de numéro 1 mondial en prime, Murray n’a jamais été propulsé au rang d’ogre, au même titre que Djokovic, Nadal et Federer. Un cran en dessous des trois, il s’est incliné lors de 7 des 10 finales qu’il a disputées en Grand Chelem cette décennie. Malheureusement pour le britannique et pour la beauté de ce quatuor, ses problèmes physiques, notamment une grave blessure à la hanche, l’ont mis hors-course.

Si le Big Four n’est plus qu’un Big Three, heureusement le grand champion qu’est Andy Murray est toujours sur les courts, alors qu’il avait annoncé sa retraite, en larmes, en janvier dernier. Qui sait, peut-être qu’on assistera au plus beau come-back de la décennie 2020 ?

En larmes, Andy Murray avait annoncé sa retraite en janvier 2019

5. Le moment où Djokovic atteint son premier plafond

Après s’être heurté pendant près de 10 ans à un Nadal intouchable, un grand Federer ou un Wawrinka monstrueux, Novak Djokovic a enfin mis fin à sa malédiction à Roland-Garros. Nous sommes le 5 juin 2016, le Serbe dispute sa 4e finale porte d’Auteuil. Il mène 2 sets à 1 face à Andy Murray et a deux breaks d’avance dans la 4e manche, l’affaire est pliée. Il rejoint sa chaise en souriant nerveusement. Au moment de conclure, il a du mal à respirer, il tremble et pousse la balle plus qu’il ne la frappe. "Je ne me souviens pas de ce qui s'est passé dans le dernier point. C'est comme si mon esprit avait quitté mon corps et que j'étais en train de l'observer se battre dans les échanges aller de droite à gauche en espérant qu'Andy fasse la faute", raconte le Serbe après le match.

Avec ce titre, Djokovic réalise (enfin) le Grand Chelem en carrière et accomplit ce qui reste aujourd’hui l’un des grands monuments de sa carrière : gagner quatre Grand Chelem consécutifs, ce que seul Rod Laver avait réalisé dans l’Ère Open. Il est alors loin de se douter, que la détermination qui l’anime depuis plus de 5 ans est en train de s’évaporer et qu’après deux ans sur un nuage, il s’apprête à vivre deux ans de calvaire. Car à peine trois semaines après son sacre à Roland, c’est un tout autre Djoko qui se présente à Wimbledon et qui est balayé par Sam Querrey dès le 3e tour.

6. Le moment où on comprend que Nadal ne mourra pas jeune 

Si la longévité de Roger Federer n’est plus à prouver, celle de Rafael Nadal l’a longtemps été. Comparé à Bjorn Borg pour son début de carrière précoce, l’Espagnol n’a pas toujours rassuré sur sa santé physique. Des blessures à répétitions, des fins de saisons hachées et surtout une grosse alerte en 2014. Blessé au poignet, 10 Grand Chelem s’écoulent au total sans que l’Espagnol ne passe une seule fois les quarts de finale. À 30 ans, les comparaisons avec son aîné suédois au bandeau vont bon train. Mais plus que de simples pépins physiques, Rafa souffre d’une réelle fracture. "J'ai eu plusieurs fois à surmonter des blessures physiques. Mais là, ce que j'ai, le manque de contrôle de mes nerfs, mon émotivité... c'est comme si j'avais à guérir d'une blessure, mais qui cette fois n'est pas d'ordre physique, mais mental", confiait-il à l’époque.

Touché au poignet, Nadal avait du renoncer à son 3e tour à Roland-Garros en 2016

Rafael Nadal à Roland-Garros en 2016
Rafael Nadal à Roland-Garros en 2016 © Cyrille CADET / AFP

Mais après deux années d’échecs "anormaux" à Roland, pour le nonuple vainqueur du tournoi, il revient porte d’Auteuil pour s’offrir rien de moins qu’une Décima. Comme s’il avait simplement fallu remettre une pièce dans la machine, le taureau de Manacor emporte tout sur son passage et se remet sur les rails. Aujourd’hui, à 33 ans, 5 ans après sa grosse blessure où certains l’avaient déjà enterré, Rafael Nadal a conquis un 19e Grand Chelem à l’US Open, terminé l’année numéro 1 mondial et s’est offert une cinquième Coupe Davis… plus frais que jamais.

7. Le moment où on sait que Federer sera un monstre de longévité

Que Federer jouerait âgé, personne n'en doutait vraiment. Le Suisse est le prototype même du joueur capable de briller longtemps. Doté d'un jeu économe en énergie, habité par une passion dévorante du tennis, il cochait toutes les cases. Alors de voir l'homme sillonner les terrains à 35 ans, personne ne s'en étonnait. Mais quand, ce dimanche 29 janvier 2017, Roger Federer a volé sur le terrain lors de l'ultime manche de la finale de l'Open d'Australie pour battre Rafael Nadal et claquer son 18e Grand Chelem, on est passés dans l'irréel. De 3-1 contre lui à 6-3 en sa faveur, il a littéralement remonté le temps, réussissant des revers qu'il avait toujours manqués, surpassant Nadal là où celui-ci l'avait toujours dominé. Le tout à quasiment 36 ans.

Plus que l'exploit de battre l'Espagnol au meilleur des cinq sets en finale de Grand Chelem, c'était celui de revenir au sommet - de son jeu et de la hiérarchie mondiale - à l'âge où tout tennisman décline qui dépassait l'entendement. Dans la foulée, il remportera Wimbledon puis de nouveau l'Open d'Australie l'année suivante. 

Ce jour-là, Roger Federer a fait de sa longévité une nouvelle page de sa légende personnelle. Désormais il ne serait plus seulement le plus beau palmarès du jeu, ou la palette technique la plus complète de l'histoire. Mais le meilleur "vieux" joueur de tous les temps. 

8. Le moment où la Next Gen a commencé à s’impatienter

Qui tuera l’hydre à trois têtes ? Après les Murray, Wawrinka, Berdych, Tsonga et autre Ferrer, qui se sont cassés les dents sur le trio infernal, une nouvelle génération de challengers a vu le jour : la Next-Gen ! Zverev (22 ans), Tsitsipas (21 ans), Medvedev (23 ans), Thiem avant eux (26 ans), ils veulent en finir avec l’hégémonie de ces trois "papys", qui ne leur laissent que des miettes sur le circuit. ''On en a tous assez de vous. Tu as quel âge ? 30 et des poussières ? Et tu ne peux pas nous laisser gagner la Hopman Cup rien qu'une fois ?'', a lancé Alexander Zverev avec humour à Roger Federer après la finale de la Hopman Cup en janvier 2019.

"C’est ennuyant de voir ces gars-là gagner tout le temps", déclarait Stefanos Tsitsipas en juin dernier. "Nous sommes responsables aussi, c’est à nous, la jeune génération, de travailler et de croire en nous-mêmes, de penser que nous pouvons arriver avec quelque chose de nouveau, avec notre jeu pour battre gars-là" avait-il ajouté. Battre les trois monstres, lui l’a fait cette saison et a même remporté le Masters de Londres. Reste à savoir si le Grec où un autre joueur de la Next Gen arrivera troubler l’ordre établi en Grand Chelem. Medvedev n’est pas passé loin cette année à l’US Open…

9. Le moment où l'on comprend que Djokovic est imbattable mentalement

A quoi tient un match ? A un coup droit kamikaze balancé par Djokovic sur balle de match. Le Serbe s'en est fait une spécialité au cours de la décennie. A tel point qu'on ne peut qu'en faire une nouvelle manifestation de son invraisemblable capacité à demeurer, même dans les situations les plus désespérées, mentalement vivant. 

14 juillet 2019. Roger Federer sert pour sa première balle de match contre Djokovic en finale de Wimbledon. Les deux hommes ferraillent depuis plus de quatre heures. Nous sommes à 8-7, 40-15 pour le Suisse, qui s'avance au filet pour conclure. Le moment que choisit Djokovic pour glisser un passing de coup droit court croisé plus que parfait. A un point du précipice, il s'en sort. Sauve une deuxième balle de match, débreake, puis gagne son 16e Grand Chelem une heure plus tard. Le scénario est, à quelques détails près, exactement le même que lors de l'US Open 2013. US Open 2012, toujours face à Federer, même coup miraculeux.

Non, quand Novak Djokovic frappe des coups désespérés dos au mur dans les moments cruciaux de sa carrière, il ne s'en remet pas à Dieu ou à la chance. Pas deux, trois, dix fois. Il faut se rendre à l'évidence : s'il frappe ces coups, s'il gagne ces matches qu'il aurait dû perdre, s'il enquille les scénarios dramaturgiques dans sa carrière (peut-être un cran plus que ses deux rivaux) c'est tout simplement qu'il est, et de loin, le meilleur du monde mentalement. 

10. Le moment où on apprend que Djokovic a fait de son impopularité une arme 

"Quand la foule crie ‘Roger’, j’entends ‘Novak’". Avec cette petite phrase lâchée en conférence de presse après sa victoire à Wimbledon en juillet dernier, Novak Djokovic n’aurait-il pas avoué avoir fait le deuil de sa popularité ? Lui qui venait tout juste de renverser Roger Federer sur un Central totalement acquis à la cause du Suisse. Conscient qu’il ne sera sans doute jamais autant adulé que ses rivaux de toujours, Roger Federer et Rafael Nadal, le Serbe a su transformer cette impopularité en force.

Quatre ans plus tôt, en finale de l’US Open 2015, lorsqu’il vient à bout du même Roger Federer, devant un public qui crie sur chacune de ses deuxièmes balles, le Serbe l’avait déjà démontré. "Je ne sais pas comment il a surmonté ça", déclarait Boris Becker son entraîneur de l’époque. "Il doit avoir un cœur de pierre et le mental d’un vrai guerrier. On dirait qu’il se nourrit de cette énergie, qu’elle soit bonne ou mauvaise. S’il y a du bruit, une atmosphère, si la foule applaudit pour ou contre lui, il s’en nourrit", expliquait-il.

Guillaume Poisson & William Vuillez

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