Open d'Australie
L'Open d'Australie est secouée par l'affaire des matches truqués | PETER PARKS / AFP

Le point sur l'affaire des matches truqués: Djokovic accusé, les réactions de Federer et Murray

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Deux jours après la révélation de matches truqués dans le tennis par la BBC et BuzzFeed, le quotidien italien Tuttosport révèle que Novak Djokovic serait visé par une enquête pour un match perdu en 2007 face à Fabrice Santoro, l'occasion de faire le point sur cette affaire et sur les réactions des meilleurs joueurs mondiaux.

Ce que l’on sait

Ce sont des articles de la BBC et de BuzzFeed News qui ont mis le feu aux poudres lundi. Ces deux médias révélaient que, "lors de la décennie écoulée, 16 joueurs du Top 50 mondial (dont des vainqueurs de Grand Chelem) avaient été signalés au comité d'éthique du tennis sur des soupçons de trucage de leurs matches". Ces sources affirment que syndicats de parieurs en Russie, en Italie du nord et en Sicile plaçaient des centaines de milliers de dollars sur des matches qu'ils pensaient être truqués. Selon BuzzFeed, les joueurs étaient approchés dans leurs chambres d’hôtels et 50 000 dollars, au moins, leur étaient proposés. Toujours selon la BBC et BuzzFeed, huit des seize joueurs incriminés sont inscrits à l’Open d’Australie 2016. En revanche, en l’absence de preuves concrètes que les matches ont été truqués et non simplement "balancés", ces médias n’ont pas révélé le nom des joueurs.

Comment ont-ils enquêté ?​

Pour mener à bien son enquête, le journaliste, John Templon, a amassé les données de paris autour de 26 000 matches de tennis entre 2009 et la mi-septembre 2015. Pour chercher à prouver que des matches ont été effectivement truqués, le journaliste de BuzzFeed s’est intéressé à l’évolution des côtes en cours de match. Pour faire simple, si avant la partie un joueur a 70% de chances de gagner et qu’en fin de match, il n’a plus que 50% selon les cotes, le mouvement est de 20 points. C’est précisément sur les cotes dont le mouvement a été supérieur à dix points que John Templon s’est arrêté. Pour réduire l’échantillon, celui-ci a conservé seulement les joueurs qui avaient plus de dix matches dans ce cas précis et 39 noms sont restés. Ne lui restait plus qu’à "simuler" un million de fois ces matches "suspects" pour écarter les exploits possibles. C’est ainsi qu’il a pu établir une liste de 15 joueurs "étranges" ayant perdus par exemple 15 de leurs 16 matches "suspects".

Est-ce une surprise ?​

Il est impossible de dire que le tennis est plus touché par la corruption que d’autres sports. En revanche, il est évident que truquer un match d’un sport individuel est plus "facile" que de truquer celui d’un sport collectif. Le tennis comporte "plusieurs facteurs de risques", note Pim Verschuuren, chercheur à l'institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) et co-auteur de "Paris sportifs et corruption" (ed. Armand Collin, 2012). "D'abord c'est un sport individuel, donc plus facile à manipuler. Ensuite, il y règne une grande inégalité financière entre les joueurs, et enfin on peut y parier sur n'importe quoi, n'importe quel fait de jeu". Oui, le tennis, de par sa spécificité de point par point et de set par set, rend la tâche du corrupteur plus "aisée". "On peut dire à un joueur de perdre le 5e jeu, ou quelqu'un dans le public lui adresse un signe afin qu'il perde un point", explique ainsi Christian Kalb, ancien responsable des paris sportifs à la Française des Jeux et désormais consultant sur le sujet.

L’inégalité des revenus est un facteur de risque supplémentaire. Si les joueurs du top 100 gagnent bien leur vie, ce n’est pas forcément le cas des suivants qui sont ainsi plus exposés. C’est pourquoi, les tournois secondaires sont le lieu de beaucoup de corruption selon Chris Eaton, responsable du Centre international pour la sécurité du sport à Doha. "Au deuxième niveau ou plus bas, les indices de trucage de matches sont lourds et fréquents. Nous ne sommes pas les seuls à faire cette constatation", a expliqué l'ancien responsable de la sécurité à la FIFA.

La réaction des joueurs​

La BBC et BuzzFeed ont bien choisi leur moment pour sortir cette affaire : le début de l’Open d’Australie, premier Grand Chelem de la saison. Aussi, énormément de joueurs ont pu réagir. Novak Djokovic – nous reviendrons sur lui – a avoué avoir été approché en 2007 pour perdre un match. "J'ai été approché indirectement, par l'intermédiaire de gens qui travaillaient avec moi à l'époque. Évidemment, nous avons immédiatement dit non. La personne qui essayait de me contacter n'est même pas arrivée jusqu'à moi", a dit le N.1 mondial, qui avait déjà évoqué cette affaire par le passé. Même son de cloche du côté d’Arnaud Clément, l’ancien capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis : "Ça m'est déjà arrivé, je ne dirai pas où, ni la somme que l'on m'a proposée car ce n'est pas le plus important, mais on m'a déjà demandé de perdre un match".

Roger Federer, l’homme aux 17 tournois du Grand Chelem et présent sur le circuit depuis 1998, s’est lui montré sceptique. "C'est jeté comme ça. C'est facile de faire ça. J'aimerais entendre des noms. Au moins ce serait concret et on pourrait en débattre. Cela n'a aucun sens de donner une réponse qui serait pure spéculation". Une position adoptée par Gilles Simon membre du conseil des joueurs de l’ATP. "C'est difficile de commenter du vide. Y'a rien dedans. Ça ne vous choque pas, vous ? Moi, ça me choque qu'on en parle autant", a-t-il déclaré.

Andy Murray s’est démarqué en demandant plus de transparence. "De mon point de vue, s’il y a de la corruption dans quelque sport que ce soit, je veux en entendre parler", a expliqué le Britannique. "Je ne savais pas qu'autant de matchs avaient été signalés (comme suspects). Je savais qu'il y en avait eu quelques uns, mais pas autant", a-t-il dit, précisant que lui-même n'avait jamais été approché par des corrupteurs. Pour finir, Murray a remis en cause le parrainage de tournoi par des sociétés de pari. "Je n'y suis pas vraiment favorable. Je pense que c'est un peu hypocrite. Je ne crois pas que les joueurs soient autorisés à être sponsorisés par des sociétés de paris, mais les tournois le sont. C'est un peu étrange", a dit l'Écossais à Melbourne après sa victoire au premier tour de l'Open d'Australie contre l'Allemand Alexandre Zverev.

Djokovic visé ?​

Après les révélations lundi et les réactions lundi et mardi, le soufflé était un peu retombé. Les révélations du quotidien italien Tuttosport pourrait raviver le feu. Celui-ci annonce que le parquet de Crémone avait lancé une enquête sur Novak Djokovic, numéro 1 mondial. En cause, un match perdu par le Serbe en 2007 au Masters 1000 de Paris-Bercy face à Fabrice Santoro, alors 39e joueur mondial et vainqueur 6-3, 6-2. "Que peut-on dire ? J'ai perdu ce match. Je ne sais pas si vous voulez créer une affaire avec ce match ou avec n'importe quel match perdu lors des premiers tours par des joueurs de top niveau. Je pense que c'est juste absurde. N'importe qui peut créer une affaire avec n'importe quel match. Voilà mon avis", a asséné le N.1 mondial