Le circuit Challenger de tennis
Ici, en Californie, le circuit Challenger se dispute souvent dans ce genre de club, loin de l'immensité des enceintes du circuit principal | AFP - GETTY IMAGES

La difficile sensibilisation des joueurs de tennis aux matches truqués

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Trois mois après l'interpellation de quatre tennismen français, soupçonnés d'être impliqués dans des matches arrangés, le tennis français tente de mieux sensibiliser les joueurs aux risques encourus. Au terme de ces formations, certains avouent en avoir appris plus sur les sanctions, mais cela n'enraye pas le fléau des matches truqués.

La salle est très loin d'être pleine. Seuls sept joueurs sont là, sur la cinquantaine alignée au tournoi Future d'Angers. Depuis six ans, la Fédération française de tennis (FFT) essaie de sensibiliser les joueurs au fléau des matches truqués, une mission difficile. La scène est presque surréaliste. Au moment où le directeur général de la Fédération française de tennis (FFT) Jean-François Vilotte prend la parole, à quelques mètres de la salle, deux joueurs sont sur les courts, en plein match. Pas n'importe lesquels. Il s'agit de Mick Lescure (25 ans) et Jules Okala (21 ans). 

Ces deux Français avaient été placés en garde à vue il y a quelques semaines, soupçonnés d'être impliqués dans une vaste affaire de matches truqués. Mais ils n'ont pas été suspendus par la Fédération internationale (ITF) qui gère ces tournois Future, la dernière division mondiale du tennis. Marqués du sceau du soupçon, ils continuent à écumer les tournois.

"Ça peut coûter cher"

Une image qui symbolise toute la difficulté de la tâche. "Il faut respecter le droit. Et c'est ce que nous faisons", explique le DG de la FFT, conscient de l'incongruité de la scène. Les deux joueurs avaient été entendus par la police française dans le cadre d'une enquête instruite en Belgique. Il y avait d'ailleurs à Angers un commissaire du Service central des courses et jeux (SCCJ). Aux côtés de la déléguée intégrité de la FFT, il a détaillé les risques encourus par les joueurs qui seraient tentés de succomber à de l'argent facile. Sans doute ce qui les a le plus marqués. 

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"J'ai appris quelques trucs, notamment ce qu'on risquait comme amende, avec beaucoup d'argent. Je ne savais pas à quel point ça pouvait coûter cher", explique Amaury Delbas, l'un des rares joueurs ayant participé à cette séance d'une heure. Cinq ans d'emprisonnement et 500.000 euros d'amende en cas de corruption sportive avérée. De quoi dissuader, normalement. "C'est beaucoup d'argent. Après les suspensions, l'interdit, tout ça on savait", assure-t-il. Il n'y a effectivement rien de nouveau.

Le tennis est le sport le plus touché, avec le football, par les manipulations de matches. Un cancer qui gangrène ce sport depuis plusieurs années. Et si les autorités du tennis sont parvenues à nettoyer les plus gros tournois du circuit, le mal continue de ronger le tennis d'en-bas, celui où les joueurs sont les plus vulnérables.  La FFT tente de s'attaquer au problème. Elle a mis en place ces séances de sensibilisation depuis 2013. Pas vraiment un prêche dans le désert, mais l'écho semble malgré tout faible au sein d'un milieu très hermétique. L'un des intervenants à Angers assure même que Jules Okala a participé dans le passé à l'une de ces formations.

"Milieu très fermé"

"C'est un milieu spécial, très fermé. Le sujet est tabou", résume un habitué des tournois Future. Pour autant, la FFT ne veut pas abandonner le terrain. "Je pense que c'est absolument nécessaire. Il faut faire prendre conscience des risques et de la complexité des réseaux criminels qui vont corrompre ou tenter de corrompre les joueurs", assure Jean-François Vilotte.

Interrogé sur la remontée d'informations venant des joueurs depuis la mise en place de ces formations, Jean-Français Vilotte reconnaît que "c'est encore balbutiant". Mais la prise de conscience, quoi que tardive, est réelle. La FFT a par exemple récemment noué un partenariat avec une association spécialisée dans le cyber-harcèlement, dont l'une des représentantes était présente à Angers. Un des maux qui frappe là aussi très souvent ces joueurs.

"Ce qui est chiant surtout pour nous, c'est après les matches sur les réseau sociaux. On te pourrit parce que tu as gagné ou perdu, juste parce que le résultat ne convenait pas aux parieurs", raconte Amaury Delbas. La triste réalité du tennis d'en-bas...

AFP