Julien Boutter : Sans Madrid, "Roland-Garros pourrait ressembler à l'Open d'Australie"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Guillaume Poisson
Julien Boutter, président du tournoi de Metz : "Aucun sens de jouer un ATP 1000 en même temps qu'un 250"

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Alors que le Masters 1000 de Madrid a annoncé que son édition 2020 n'aurait finalement pas lieu, la saison sur terre battue s'annonce très raccourcie avant Roland-Garros. Julien Bouter, directeur du tournoi de Metz et observateur régulier des choses du circuit, analyse les conséquences de ce nouveau calendrier sur Roland-Garros.

Le Masters 1000 de Madrid n'aura pas lieu cette année, nous l'avons appris ce mardi. Hormis Kitzbühel début septembre, il ne reste donc plus que le tournoi de Rome pour préparer Roland-Garros. Une semaine de terre-battue avant Roland-Garros, est-ce suffisant ? 
Julien Boutter : "Si chacun a les mêmes chances de préparation, ça ira. Il faut que ce soit équitable. Vous savez, la question est la même pour le cyclisme par exemple. Est-ce que, pour le Tour de France, les cyclistes vont pouvoir se préparer comme il le faut ? Certainement pas. Le Tour sera-t-il pour autant gâché ? Certes, la vitesse moyenne sera peut-être inférieure à l'arrivée, mais l’opposition restera identique.  Si les cyclistes, ou les joueurs, ont le même entrainement, la même préparation, l’opposition sera toute aussi valable.

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Après, bien sûr, mieux ils sont préparés, plus on aura de spectacle. Mais je pense que pour ceux qui se hisseront jusqu'en fin de tournoi, le niveau de jeu sera plus ou moins équivalent à ce à quoi on assiste d'habitude. Ils auront quand même eu 4 ou 5 matches avant d'arriver là, c'est suffisant. Finalement, Roland-Garros risque de ressembler à l’Open d’Australie, où les joueurs débarquent avec une ou deux semaines de préparation maximum, et un mois ou plus sans jouer. Ce qui n'empêche pas le spectacle, au contraire." 

Selon vous, est-ce que l’organisation de Roland-Garros doit s’inquiéter après l’annonce de l’annulation de Madrid ? 
JB :
"Dans un contexte comme celui-là, comment ne pas être inquiet ? La difficulté c’est le monde dans lequel évolue le tennis, avec un circuit mondial et des tournois organisés sur tous le continents. La situation sanitaire nationale a finalement beaucoup plus d'impact que toute règle internationale. En France, actuellement, j'ai l'impression qu'on parle quand même plus de déconfinement du monde du sport que l'inverse. Pour l'instant. Après il y a bien sûr la situation individuelle des joueurs ; certains européens iront jouer à New York, d'autres non. Ce sera de toute façon tendu."  

Sans le Masters 1000 de Madrid, la saison sur terre est-elle toujours valable ? 
JB :
"C’est comme dire : la saison 2020 est-elle valable ? Si des tournois se jouent, que des joueurs mal classés peuvent boucler leur fin de mois,  finalement pourquoi pas... Ce sera de toute façon une année particulière, en terme de points et de classement. Et ce sera une situation très inégale en fonction de chacun, car le joueur qui qui est au-delà de la 170e place va avoir plus de nécessité de jouer que celui qui est Top 10. Celui-là, s'il fait l'impasse, c'est normal et compréhensible." 

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Des doutes planent aussi sur le Masters de Rome, puisque l'organisation n'est toujours pas parvenue à négocier avec les autorités pour adapter les mesures de quarantaine vis-à-vis des joueurs venus des Etats-Unis, après l'US Open. Si Rome est aussi annulé, quelles seraient les conséquences pour Roland-Garros ? 
JB :
"Je ne sais pas trop. Tennistiquement ça avantagera les joueurs d'expérience. Arriver sur un Grand Chelem sans jouer de match, c'est plus facile de le gérer quand on a 27-28 ans que quand on en a 18. Ce sont les jeunes qui risquent d'être pénalisés, car ils ont souvent besoin de beaucoup de matches, et de jouer le plus possible." 

Rafael Nadal a déclaré forfait pour l'US Open ce mardi. Un US Open amputé de joueurs majeurs, une tournée asiatique annulée, une saison sur terre rabotée, des joueurs noyés dans le flou des différentes politiques de quarantaine en fonction des pays : ne valait-il pas mieux annuler la saison 2020 ? 
JB :
 "C'est difficile à dire. En tant que directeur du tournoi de Metz, si Roland-Garros ne s'était pas déplacé sur la fin septembre, on aurait sans doute maintenu le tournoi également. C'est souvent après coup qu'on a la certitude des choses. On ne pouvait pas savoir qu'il y aurait eu tous ces problèmes de quarantaine. D'un point de vue tennistique, peut-être qu'il valait mieux annuler la saison 2020. Mais il ne faut pas oublier que le tennis c'est un monde économique, un monde du spectacle, où il y a un staff à payer, des joueurs, des salles à louer, des restaurateurs, un entretien à faire.

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Rien qu'à Metz, le tournoi équivaut à 3 millions d'euros de retombées pour le tissu local. C'est la raison pour laquelle Roland-Garros, par exemple, doit se jouer ; et ça c'est mon intime conviction. Derrière Roland, il y a toute l'économie du tennis français. Une année sans Roland-Garros, ça nous demanderait 5 à 10 ans pour retrouver le niveau auquel on était avant le coronavirus. La notion économique est terriblement importante, peut-être plus encore pour le monde amateur et pour les joueurs classés au-delà de la 70e place mondiale. Ils ont besoin de vivre."