Caroline Garcia
Caroline Garcia savoure sa victoire en finale contre Jelena Jankovic le 13 avril dernier, à Bogota. | GUILLERMO LEGARIA / AFP

Garcia, du punch et des promesses

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Caroline Garcia, qui a remporté récemment son premier titre en simple en triomphant brillamment de Jankovic à Bogota, sera l'une des têtes d'affiches de la Fed Cup. Considérée très tôt comme l'un des plus grands espoirs de la balle jaune, la jeune femme de 20 ans est passée du statut de diamant brut à celui de tenniswoman accomplie.

Lorsqu'en 2011, Andy Murray et Martina Navrátilová affirment d'une seule voix que Caroline Garcia "sera numéro 1 mondiale un jour", la jeune française de 17 ans vient de tenir tête à la grande Maria Sharapova, sur le court Phlippe Chatrier de Roland Garros. La Lyonnaise succombe finalement au terme du troisième set, mais peut se targuer d'avoir mené une manche et 4-1 dans la deuxième avant de voir sa prestigieuse adversaire - victorieuse de trois tournois majeurs - renverser le match et aligner 11 jeux de rang pour l'emporter. Si la performance de "Caro", encore adolescente, est retentissante, le déferlement de tant d'éloges ne lui a certainement pas rendu service. Car la flatterie a ceci de pervers qu'elle peut faire grandir, ou à l'inverse, alourdir la pression sur des épaules jouvencelles.

Trois ans, plus tard, la protégée de Louis Paul Garcia, - son père et entraîneur - remporte son premier titre en simple, balayant aisément la 9e joueuse mondiale, Jelena Jankovic. Un succès qui confirme que la native de Saint-Germain-en-Lay a gagné en constance et a su faire fructifier ses formidables atouts. 

Elle a appris "la vie" 

C'est un défaut fréquemment repéré chez les gamins à qui l'on promet monts et merveilles, mais qu'on ne peut pas vraiment leur reprocher. En 2011, quelques jours avant son coup d'éclat face à Sharapova, Caroline Garcia affichait un manque d'humilité qui lui aura été préjudiciable: "Si je peux gagner Roland Garros dans deux ans, je ne vais pas m'en priver", avait-elle déclaré. La Lyonnaise, qui venait simplement de passer le premier tour du tournoi parisien, s'avançait peut-être un peu trop vite. Elle voulait tout, et tout de suite. Et puis, son impatience a fini par la punir : elle ne progressait plus. En 2012, alors 133e joueuse mondiale, elle est piteusement écartée des qualifications de l'Open Pattaya (Thailande) par la Chinoise Yi-Miao Zhou, classée... 631e. Cette année-là, alors qu'elle enchaîne les contre-performances, elle décide de se séparer de son entraîneur Frédéric Fontang, et "embauche" son père, Louis Paul Garcia. En 2013, Caroline sort la tête de l'eau, connaît sa première sélection en équipe de France remporte le tournoi ITF de Cagnes-Sur-Mer (75), et signe enfin une entrée attendue dans le Top 100. Elle rafle aussi un trophée en double au tournoi de Québec, lequel la propulse à la 75e place du classement WTA à l'issue de la saison. 

L'année 2014 est celle de la confirmation. Lors de l'Open de Miami, en mars, elle est écartée par Serena Williams mais est la seule à lui voler un set. Avant de remporter, enfin, son premier titre en simple à Bogota, la semaine passée, face à Jankovic. Caroline Garcia, qui se voyait sans doute trop belle après son petit exploit en 2011, a appris à souffrir et à se remettre en question. Résultat ? En moins d'un an, elle a grappillé 50 places au classement WTA. 

Le top 20 en 2014 ? 

Les récentes performances de la N°2 française (après Alizé Cornet) sont si encourageantes qu'elles laissent entrevoir de formidables perspectives. Potentiellement plus douée que la leader de l'équipe de France, Caroline Garcia a indéniablement gagné en régularité et exploite plus intelligemment son sur-puissant coup-droit. Plus réfléchie, moins instinctive, elle affiche toujours autant de vigueur qu'à ses débuts sur le circuit, mais fait preuve de plus de maturité dans son jeu. Aujourd'hui 51e mondiale, elle pourrait, si elle négocie bien les échéances qui s'annoncent (Roland Garros et peut-être Wimbledon), signer une entrée fracassante dans le top 20. 

Mais pour l'heure, c'est la Fed Cup qui pointe le bout de son nez. Ce week-end, la jeune championne affrontera les Etats-Unis avec la France d'Amélie Mauresmo, dans une rencontre de barrage validant un billet pour le groupe mondial. Patrick Moratoglou, l'entraîneur de Serena Williams (laquelle ne jouera pas contre les Bleues), avait confié récemment craindre la nouvelle génération tricolore:" En France, il n’y a pas de densité (seulement quatre joueuses dans le top 100) mais de la qualité. Cornet, Garcia et Mladenovic sont trois remarquables potentiels. Amélie Mauresmo est sûrement heureuse de les voir jouer le meilleur tennis de leur carrière la semaine précédant un match décisif de Fed Cup". Caroline Garcia, elle, doit être moins ravie de voir les soeurs Williams manquer à l'appel dans le camp d'en face. Il faut dire qu'elle a toujours raffolé des gros poissons. 

Jean Charbon