DÉBAT. Roger Federer ou Rafael Nadal, quel est le meilleur joueur de tous les temps ?

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Auteur·e : France tv sport
Nadal Federer
Rafael Nadal et Roger Federer lors d'un match d'exhibition à Cape Town, en Afrique du Sud, en février dernier. | STRINGER / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

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La victoire dimanche de Rafael Nadal à Roland-Garros lui a permis d'égaler Roger Federer avec ses vingt titres du Grand Chelem. Les deux monstres du tennis mondial se partagent à présent ce record, ce qui relance le débat sur le meilleur joueur de tous les temps entre le Suisse et l'Espagnol. Alors, plutôt Rafael Nadal ou Roger Federer ?

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Pour quantifier ce qu’est un grand joueur et ici le meilleur joueur de tous les temps, excepté la part subjective de l’exercice, il faut se pencher sur les chiffres. Les 20 titres du Grand Chelem de Roger Federer et Rafael Nadal prouvent que ces deux hommes sont des monstres. Mais à 39 ans, le Suisse approche irrémédiablement de la retraite quand l’Espagnol, de cinq ans son cadet, a devant lui quelques années supplémentaires pour récolter plusieurs Majeurs dans sa musette. Il est d’ailleurs intéressant de noter que Nadal a très souvent été en avance sur les temps de passage de son rival. Pour leur premier titre en Grand Chelem, Rafael Nadal était près de deux ans et dix mois plus jeune que Roger Federer. Pour leur vingtième titre, le Majorquin a encore franchi ce palier avec deux ans et un mois d’avance sur Federer.

Ensuite, vous - les fans de Roger Federer - allez me dire que Rafael Nadal a gobé 13 de ses Majeurs sur la même surface, sa surface, la terre battue. Et vous avez raison. Mais rendez-vous compte de la domination nécessaire pour gagner à treize reprises Roland-Garros ? Rien qu’avec ses titres à la Porte d’Auteuil, Nadal est à une unité du nombre de tournois du Grand Chelem remportés par Pete Sampras (14), 4e marque dans l’histoire. Même Roger Federer n’a pas atteint une telle barre dans son jardin de Wimbledon. Il en est d’ailleurs loin avec « seulement » huit titres à Londres. Il n’est évidemment pas question ici de minimiser ces huit sacres, mais absolument personne ne s’est approché un tant soit peu de la domination de Nadal à Roland-Garros. Preuve de plus de cette ultra domination, Nadal n’a jamais perdu en finale sur le Philippe-Chatrier alors que Roger Federer a cédé quatre fois en finale de son Wimbledon. Au total, l'Espagnol a remporté 100 matches à Roland-Garros pour seulement deux défaites (en 2009 et 2015, puis un forfait en 2016) alors que Roger Federer cumule 101 victoires mais aussi 13 défaites sur le gazon londonien, dont une contre le Majorquin. La domination de Rafael Nadal est juste monstrueuse et les 13 titres à Roland-Garros sont presque plus impressionnants que les 20 Majeurs chacun.

13, c’est d’ailleurs le nombre de tournois du Grand Chelem déjà conquis par Roger Federer en 2008, soit l’année du premier titre du troisième membre du trio infernal : Novak Djokovic. Rafael Nadal en avait alors cinq. Cela veut dire qu’en cinq ans, de 2003 à 2008, Roger Federer a gagné treize Majeurs - ce qui est remarquable, soit 65% de son total, à une période où Novak Djokovic et Rafael Nadal n’étaient pas encore à leur meilleur niveau. On voit d’ailleurs que Federer a eu beaucoup de mal à s’accommoder de cette nouvelle concurrence puisqu’il n'a gagné que quatre tournois du Grand Chelem depuis janvier 2011 et le deuxième sacre à ce niveau de Djoko.

Enfin, quoi de mieux que les confrontations directes, les duels en face à face, pour mettre fin au débat ? De ce côté-là, Rafael Nadal a dominé Roger Federer en le battant à 24 reprises, contre 16 défaites. De plus, dans le moments importants, Nadal a toujours été plus tranchant que Federer puisqu’en Grand Chelem, il mène 10 à 4 dans ces face-à-face dont 6-3 en finale. Fin de la discussion, Nadal est le GOAT (Greatest of all Time) !

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L’actualité veut que nous en parlions, et il est certain que les admirateurs de Rafael soulèveront la question, alors évacuons d’emblée cet élément du débat : les chiffres. Oui, Rafael Nadal a égalé Roger Federer en nombre de Grands Chelems. Oui, il finira vraisemblablement devant le Suisse sur ce terrain, comme sur celui des Masters 1000 et de la médaille d’or aux JO. 

Mais cessons un instant de réduire le sport aux froides statistiques, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’en élaborer la mythologie. Qui est le plus grand joueur de tennis de tous les temps ? La réponse est évidente, et ce depuis plusieurs années, bien avant que l’on ne s’écharpe bêtement sur le nombre de Grands Chelems remportés. 

Si l’on vit actuellement cet âge d’or irréel où les trois joueurs les plus titrés se côtoient à la même époque, c’est d’abord et avant tout grâce à Roger Federer. Il est, et sera à jamais, le premier à avoir ouvert une brèche. Celle qui fait aujourd’hui des champions les insatiables perfectionnistes que l’on connaît. Avant Federer, les pics étaient atteints pour ensuite, inexorablement, amorcer une descente. Bjorn Borg s’était arrêté au sommet. Pete Sampras n’en a gagné qu’un une fois son pic atteint. Car, comme Wilander le disait en 2011 dans une conception du tennis et du sport utilitariste mais symptomatique de l’époque : quel intérêt aurait Federer à aller plus loin ?

Il est allé plus loin. Beaucoup plus loin. Pour quoi, au juste ? "Pour jouer" a-t-il répété à l’envi. Qu’un champion parvenu au sommet de sa gloire nous ramène – nous et, inconsciemment, tous ceux qui aspiraient à le dépasser, qu’il s’agisse d’un Nadal ou d’un Djokovic déjà à ses trousses, d’un Dimitrov, ou même d’un Félix Auger-Aliassime de 8 ans émerveillé devant son écran de télé -  à l’essence première du sport, qui est le jeu, le plaisir pur et simple de s’amuser, fut un premier exploit. Ainsi Federer a brisé la glace du déclin et ouvert une ère nouvelle. Celle d’un tennis où l’on ne se contente pas d’un sommet, mais d’une accumulation de pics, où l’on s’enivre jusqu’à épuisement de la perfection que l’on a atteint. Sans Federer, il n’y aurait pas eu de Rafael Nadal. Il n’y aurait pas eu de Novak Djokovic. Et c’est, quoi qu’en en dise, bien plus vrai dans un sens que dans l’autre.  

Ensuite, je mentionnerais l’élément le plus important à mes yeux. S’il est très subjectif, il est, j’en suis convaincu, partagé par la grande majorité des passionnés de tennis. Roger Federer n’est pas un joueur de tennis. Il est le tennis. Ce sport, de l’élégance et de l’harmonie, peut-il avoir meilleure incarnation que Federer ? Partout où il joue, il a public acquis. Car les gens ont l’intuition de la beauté. Federer a porté la technique de son sport dans des sphères inédites. Ses coups se suffisent à eux-mêmes : on pourrait presque le voir jouer sans balle qu’on serait tout aussi émerveillés. Assister à un match de Federer, c’est comprendre que le sport ne se réduit pas à l’effort. Mieux, il semble l’effacer. Avez-vous déjà vu un ralenti du visage de Federer sur une frappe de balle ? Federer joue comme s'il écrivait un poème.  Le tennis de Federer, c’est la quintessence du mouvement. Le tennis de Federer, c’est une musique aussi, faite de merveilleux silences, du crissement moelleux des petits pas, de la frappe de balle propre, pure, parfaite. 

Certains préfèreront toujours la sueur et l’effort extériorisé à l’extrême d’un Rafael Nadal. D’autres celui, plus clinique, calculé, presque scientifique, d’un Novak Djokovic. Pour ma part, le sport qui me fait vibrer est celui qui m’émerveille. Pas celui qui m’impressionne.

C’est pourquoi je l’affirme sans problème. Rafael Nadal va sûrement devenir le joueur le plus titré de l’histoire. Mais Roger Federer sera à jamais le plus grand. 

A vous de voter !

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