L'Espagnol Rafael Nadal déchainé en finale de Coupe Davis
L'Espagnol Rafael Nadal sous les couleurs de l'Espagne en Coupe Davis | CRISTINA QUICLER / AFP

Nadal, Monsieur Coupe Davis

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Dans une ambiance indescriptible surchauffée par les intenables supporters argentins, Rafael Nadal a offert le point décisif à l’Espagne pour la première fois de sa riche carrière en battant l’Argentin Juan Martin Del Potro à l’issue d’un match homérique, 1-6, 6-4, 6-1, 7-6 (7/0). Avec ce cinquième sacre après ceux de 2000, 2004, 2008 et 2009, l'Espagne confirme un peu plus son statut de meilleure équipe de ce début de siècle.

Le simple entre les deux numéros 1 a tenu toutes ses promesses. L’Argentin Juan martin Del Potro n’a pas eu peur de Rafael Nadal et ses 19 victoires simples en 20 rencontres de Coupe Davis (pour une seule défaite lors ses débuts face à Jiri Novak). Sans parler des 10 victoires d’affilée sur terre battue. Lorsque l'Espagne a l'avantage de pouvoir accueillir une rencontre sur sa  terre battue, une surface sur laquelle Ferrer est aussi invaincu en Coupe Davis, le défi devient immense. Depuis la victoire du Brésil à Lérida en 1999, aucune des 21 équipes venues  en Espagne n'est repartie avec la victoire. Bref, la mission semblait perdue d’avance pour Del Potro.

Départ canon de Del Potro

Puissant au service, régulier dans l’échange malgré quelques fautes, l’Argentin a longtemps fait douter l’Espagnol lors de la première manche en breakant très vite (1-2) avant d’enchainer cinq jeux d’affilée. Il est parvenu à tenu tête dans l’échange et à profiter du relatif manque de longueur de Nadal. Cet impressionnant 6-1 s’est joué en… 61 minutes, signe du combat et de l’intensité de chaque point. En fait, Del Potro s’est compliqué la tâche car Nadal n’a jamais perdu dans sa carrière un match sur terre en quatre ou cinq manches (1 seule défaite en trois sets face à Soderlin à Roland Garros en 2009).

Del Potro a fait trembler les  supporters espagnols lorsqu'il a mené 6-1, 1-0 et 40-0 sur son service face à  Nadal qui a dû attendre 1 h 23 min avant de remporter son premier jeu de service! L'Espagnol un peu crispé a du hausser son niveau d‘intensité et d’engagement, réduire ses déchets et engager le bras de fer proposé par son adversaire. Dans ce cas là, le numéro 2 mondial est plus difficile à bouger et à déborder. Encore menacé sur une balle de break à 1-1 au deuxième set, le Majorquin a  alors frappé un ace à 204 km/h qui devint le premier d'une série fantastique,  et inimaginable à ce moment-là, de 26 points de suite sur son service. Le rapport de force s’inversait peu à peu. A 5-4, l’Espagnol marquait les points décisifs pur aller cherche le set (6-4).

Nadal à l’usure

Après deux heures de jeu intense face à Nadal, rares sont les joueurs à tenir le rythme. Djokovic, Federer, Murray, voire Tsonga. Del Potro n’est pas revenu au niveau des meilleurs du monde et a lâché du lest. Plus de fautes directes, moins de gaz dans les jambes, moins de force dans les bras. D’entrée de troisième set, Nadal a pris le service de son adversaire (3-0) avant de récidiver grâce à un passing de coup droit en bout de ligne venu d’ailleurs (5-1). Déchainé, la Majorquin lavait l’affront du premier set en s’imposant sur le même score (6-1) face à un Del Potro entamé et qui a fini la partie avec un énorme bandage à chaque  cuisse..

Dans un boucan surréaliste digne d’un stade de football argentin, la quatrième manche ressemblait à un round de boxe, les joueurs se rendant coup pour coup. Breaké à deux reprises (1-0 puis 3-2), Del Potro recollait au score à chaque fois pour mener 4 à 3 et enflammait la partie  avec des coups magiques  (5-3). Incapable de conclure sur son service, l’Argentin voyait son adversaire revenir à égalité (5-5). Chaque point devenait irrespirable. Nadal reprenait le service de l’Argentin qui lui rendait la pareille. Le jeu décisif était inévitable mais sans suspens (7-0).

C'est la première fois que Nadal apporte le point décisif à son pays, dans  le même stade olympique où il était devenu, en 2004, le plus jeune vainqueur de l'histoire de la Coupe Davis, à l'âge de 18 ans. Son explosion de joie pour célébrer ce premier titre depuis Roland-Garros en mai  atteste de la férocité du combat de 4h 08 min. Héroïques, Del Potro a tout donné mais cela n'a pas suffi. L'Argentine est maudite en Coupe Davis où elle est  devenue la première nation à perdre ses quatre premières finales. Pour l'Espagne, c'est l'âge d'or.

Nadal : "Mon jour, mon moment"

"C'est une journée avec beaucoup d'émotions. Il n'y a pas de meilleur moyen de finir la saison", a déclaré Nadal, qui était tellement troublé, qu'il en a fini par se tromper sur le nombre de Coupe Davis remportées. "Gagner la Coupe Davis pour la quatrième... pardon la cinquième fois, c'est vraiment incroyable. La gagner ici dans cette atmosphère la rend encore plus spéciale. Je suis très heureux, très heureux de cette victoire et de faire partie de cette équipe", a lancé le Majorquin. "Ca a été un match très compliqué pour moi. Il a réussi des coups fantastiques du fond du court. J'ai connu des hauts et des bas. J'ai traversé quelques moments très durs. Mais j'ai toujours cru en moi, c'était mon jour, mon moment, il fallait que j'y croie plus que jamais. Le deuxième jeu du deuxième set a été très important. Après avoir réussi à revenir  de 0-40, j'ai eu l'impression que le match venait de commencer pour moi", a-t-il ajouté.

Mathieu Baratas