Le Suisse Roger Federer
Le Suisse Roger Federer | SEBASTIEN FEVAL / AFP

La Coupe Davis victime du calendrier

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La prestigieuse épreuve par équipes subit d'années en années une pléiade de forfaits provoquant un désintérêt plus profond qu'il n'y paraît. La faute à un calendrier démentiel qui oblige souvent les joueurs à placer l'épreuve plus que centenaire au second plan de leurs intérêts. Même si -heureusement- quelques contre-exemples existent encore.

Roger Federer aurait-il gagné autant de tournois du Grand Chelem s'il avait joué à fond le jeu de la Coupe Davis ? La question mérite d'être posée. Depuis le début de l'ère Open, de nombreux grands joueurs ont boudé l'épreuve, temporairement ou sur le long terme: de Connors à Federer en passant par Lendl (vainqueur en 1980), Becker (lauréat en 1988 et 1989) ou Sampras (victorieux en 1992 et 1995), de nombreux champions n'ont pas –ou pas toujours- fait du Saladier d'argent un objectif affirmé, privilégiant souvent leur carrière individuelle à ses joutes magnifiques qui entraînent un surplus de fatigue. 

McEnroe le patriote

Seuls quelques inconditionnels de l'épreuve, comme McEnroe (5 fois sacré, 1978, 1979, 1981, 1982 et 1992), Agassi (1990 et 1992), Safin (2002 et 2006), Roddick (2007) ou Nadal, n'ont jamais rechigné à mettre leur talent au service du pays sur le long terme.

Mais cela coûte énormément, malgré les joies de la victoire. Rafael Nadal, par exemple, a remporté trois fois l'épreuve, en 2004, 2009 et 2011. Mais il avait manqué sur blessure la finale enlevée en Argentine en 2008. Toutes ces campagnes menées depuis huit ans ont très probablement contribué à solliciter l'organisme du Majorquin, jamais avare d'un effort. 

C'est ce qu'à très bien compris Novak Djokovic. Après la conquête du titre par la Serbie fin 2010 à Belgrade (contre l'équipe de France), le numéro 2 mondial a décidé de refuser la sélection pour se reposer lors des rencontres jugées "faciles", en se disant que Tipsarevic et Troicki feraient l'affaire avant éventuellement de revenir pour les gros matches.

Federer l'intermittent

Roger Federer a lui carrément mis de côté cette compétition chevaleresque, faisant l'impasse à maintes reprises dans ses meilleures années (de 2004 à 2009). En fait, avant cette saison 2012 où il s'est enfin décidé à crânement tenter sa chance (aidé par Wawrinka), le numéro 1 mondial déclarait systématiquement forfait pour le premier tour et revenait "sauver" l'équipe de la descente lors des barrages de septembre, montrant ainsi un attachement plus que suspect à la compétition.

D'autres, qui certes n'ont pas le même palmarès ni les mêmes objectifs, jouent pourtant le jeu: certains par tradition ou amour de la patrie (les Australiens Cash*, Rafter et Hewitt*, les Suédois Borg*, Wilander* et Edberg*, les Argentins Vilas et Clerc avant Del Potro et Nalbandian, les Français en général et Tsonga en particulier, après Noah*, Leconte*, Forget* et Grosjean*), d'autres parce qu'ils savent qu'ils ont une réelle chance de gagner le plus important trophée de leur sport, juste après les quatre Majeurs. C'est le cas de joueurs comme Berdych, Isner, Ferrer*, Almagro, Cilic. Ou avant comme Ljubicic*,Corretja*, Haas ou Davydenko*.

Cette année encore, les forfaits ont émaillé les différents tours disputés depuis février. Nadal a ainsi manqué les deux matches de l'Espagne contre le Kazakhstan et l'Autriche. Djokovic les deux rencontres face à la Suède et la République Tchèque, Del Potro la victoire en Allemagne, Monfils le quart de finale perdu contre les Etats-Unis au Monte Carlo Country Club.

Finale avancée

Pour les demi-finales, ça continue. Juan Martin del Potro est incertain pour le duel contre la République tchèque, de vendredi à dimanche, en raison d'une blessure au poignet gauche. Si l'Argentine devait perdre sa star –alors qu'elle a déjà enregistré le forfait de David Nalbandian, blessé, ce serait terrible au moment d'affronter Berdych et Stepanek, finalistes de l'édition 2009.

L'Espagne, qui doit de nouveau se passer de Nadal, possède un réservoir supérieur, capable de s'imposer contre les USA sur leur terre battue fétiche, en espérant un retour hypothétique du septuple vainqueur de Roland-Garros pour la finale disputée du 16 au 18 novembre, et non plus début décembre comme habituellement. De quoi offrir une plus longue intersaison aux joueurs, et peut-être les inciter à ne pas galvauder cette Coupe Davis qui reste sur le papier l'une des plus belles épreuves par équipes au monde, tous sports confondus.

*Pat Cash a remporté la Coupe Davis en 1986, Lleyton Hewitt en 1999 et 2003, David Ferrer en 2008, 2009 et 2011, Alex Corretja en 2000 et Nikolay Davydenko en 2006. Bjorn Borg s'est imposé en 1975, Mats Wilander en 1984, 1985 et 1987), Stefan Edberg en 1984, 1985, 1987 et 1994. Henri Leconte a soulevé le Saladier d'argent en 1991, Guy Forget également (+ 1996) et Sébastien Grosjean en 2001, comme Cédric Pioline. Yannick Noah était capitaine en 1991 et Guy Forget en 2001. Le record de victoires est détenu par les États-Unis avec 32 victoires, devant l'Australie (28). La France compte 9 succès, le dernier en 2001.

Grégory Jouin @GregoryJouin