Tennis Coupe Davis 1991 Noah Leconte
La joie de Yannick Noah et Henri Leconte lors de la finale de la Coupe Davis en 1991 | AFP - Jean-Loup Gautreau

Henri Leconte : "Gagner la Coupe Davis changerait l’image des joueurs français"

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Vainqueur inoubliable de la Coupe Davis dans un Gerland en ébullition il y a déjà 26 ans, Henri Leconte s’est confié sur la magie engendrée par cette compétition plus que centenaire. L’ancien finaliste de Roland-Garros est revenu sur ses mauvaises expériences dans l’épreuve, sur son amour du maillot et sur les réformes envisagées pour remodeler la compétition. Il a également laissé entendre qu’il n’aurait pas forcément aimé disputer un cinquième match contre Andre Agassi en finale de l’édition 1991.

Henri, on vibre encore quand on revoit les images de Lyon 1991. Cette finale de Coupe Davis contre l’armada américaine reste-elle votre meilleur souvenir sportif ?
Henri Leconte : Bien sûr. Une victoire en Coupe Davis, ça change un joueur. Il n’y a qu’à voir la joie de Djokovic ou Federer quand ils ont fini par gagner l’épreuve. En 1991, la France attendait ça depuis 59 ans ! C’était David contre Goliath et David a gagné. Cette victoire a ouvert des perspectives au sport français avec derrière les Barjots au hand ou France 98.

Avec le recul, pensez-vous que vous auriez battu Agassi en cas de 5e match ? Lui aussi avait l’air en très grande forme et il avait écrasé Guy Forget lors du 1er match…
H.L. : On ne saura jamais. Ce que je vais dire, et tu vas comprendre, c’est que j’étais très content que Guy (Forget) gagne contre Sampras.

Quel est votre pire souvenir de Coupe Davis : le Paraguay 1985, l’Australie 1990, l’Inde 1993 à Fréjus ?
H.L. :Les mauvais souvenirs, on les oublie. Au début de ma carrière, je pleurais si je perdais un match même si celui-ci comptait pour du beurre. Après, ça s’est arrangé. Mais l’Inde, ce n’était pas possible (la France avait perdu à domicile, sur terre battue, face à l’Inde dont les deux meilleurs joueur, Leander Paes et Ramesh Krishnan, étaient classés au-delà de la 200e place mondiale). Le Paraguay, pareil. On a fait bouger le règlement après ce match. Ce sont les aléas de la Coupe Davis (Noah et Leconte avaient été insultés et intimidés par le bouillant public rassemblé dans un gymnase de 3 500 places trop petit pour accueillir un tel évènement).

Yannick Noah va devoir faire des choix concernant son groupe pour la finale 2017. Vous qui le connaissez bien, pensez-vous qu’il restera dans la continuité de ce qu’il a fait jusqu’ici (deux joueurs de simple + une équipe de double) ou tentera-t-il l’option offensive avec trois voire quatre joueurs capables de jouer les simples ?
H.L. : Il a plusieurs solutions. Il peut faire du classique ou renforcer son groupe pour les simples en choisissant Richard ou Julien au cas où. Ca dépendra des sensations de Yannick pendant le stage. Il faudra se méfier car la Belgique n’a rien à perdre. Goffin a disputé un bon Masters et les supporters belges seront nombreux à Lille. Et n’oublions pas que Darcis est un vrai joueur de Coupe Davis qui n’a peur de rien.

La génération dite des Mousquetaires n’a pas forcément été appréciée à sa juste valeur par le grand public ou les médias alors que Tsonga, Gasquet, Monfils et Simon sont tombés à une époque où la concurrence est monstrueuse. Une Coupe Davis changerait-elle l’image qu’on porte sur eux ou bien certains diraient encore ; « On n’a battu aucune grande équipe pour la gagner » ?
H.L. : Leur image changerait forcément en mieux. Le fait de gagner changerait le regard sur cette génération qui devait gagner et qui n’a pas confirmé tout son potentiel. La Coupe Davis peut changer les hommes, en bien ou en mal. Il faut surpasser la pression et certains n’y arrivent jamais. Lendl n’a pas beaucoup gagné en Coupe Davis, ce n’était pas son truc. Monfils ou Chardy, au contraire, ont montré qu’on pouvait miser sur eux dans cette épreuve. Personnellement, j’ai tout de suite adoré, et j’ai pourtant été lancé directement en finale en 1982 à Grenoble (défaite 4-1 face aux Etats-Unis de John McEnroe).

Y-a-t-il des purs joueurs de Coupe Davis et d’autres qui n’y arriveront jamais dans cette épreuve, par manque de mental ou d’investissement ? Jouer pour son pays n’est pas anodin et on voit d’ailleurs que certains joueurs de foot très bons en Ligue des champions ont plus de mal à briller sous le maillot de l’équipe de France…
H.L. : La Coupe Davis, c’est comme la Ryder Cup en golf. Tu es fier de porter le maillot bleu. La nouvelle génération a plus de mal avec ça car ils ont un programme très chargé. Du coup, ça perd un peu de sa valeur.

La Coupe Davis semble avoir moins de résonance qu’à votre époque. Est-ce passager selon vous. Et faut-il la réformer, la réinventer ?
H.L. : J’aime assez l’idée d’une Coupe Davis tous les deux ans, les années impaires, hors JO. La Ryder Cup se déroule tous les deux ans et ça reste un évènement majeur. La finale sur terrain neutre, c’est débile. Et je ne pense pas que disputer des matches en deux sets gagnants soit la panacée.

Henri Leconte capitaine de l’équipe de France, c’est possible ?
H.L. : Je ne rentre pas dans le système, je suis trop droit, je dis les choses. Je peux m’adapter un peu mais je dis toujours la vérité et ça ne plait pas toujours. Si je peux aider certains jeunes, ça sera avec plaisir. Mais je n’attends pas après la Fédération.

Un mot sur le Padel dont vous êtes l’ambassadeur en France. On vous voit beaucoup communiquer dessus sur les réseaux sociaux. Le développement de ce sport se fait-il assez rapidement à votre goût ?
H.L. : C’est une discipline qui monte doucement en puissance. Un sport ludique, accessible à tous. Ca permet de redynamiser les clubs de tennis. On avait perdu des licenciés, il faut les reconquérir. C’est un jeu de raquette où on progresse très vite.

Pour se développer encore davantage, le Padel doit –il être pratiqué à l’école, au collège ?
H.L. : Dans un deuxième temps, oui. C’est une infrastructure lourde au niveau des installations. On a actuellement 450 courts de Padel en France.

Pour terminer, un pronostic sur France-Belgique…
H.L. : Je souhaite que ça soit la France mais je ne donne jamais de pronostic.

Grégory Jouin @GregoryJouin