Coupe Davis Madrid 2019
Rarement des gradins ont été aussi vides pour une compétition internationale. | AFP

EDITO. Quand la Coupe dévisse

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EDITO. Hormis quelques irréductibles optimistes qui verront le verre à moitié plein, la nouvelle formule de la Coupe Davis n'a pas séduit grand monde pour son an 1. Public clairsemé, horaires de matchs foutraques, petits arrangements antisportifs dans les doubles : l'esprit des mousquetaires en a pris un coup. Même si la compétition n'est pas terminée, il n'est pas trop tôt pour tirer un premier bilan. Et la sonnette d'alarme.

Loin de Madrid et de sa Caja Magica qui sonne désespérément creux, Roger Federer et Alexander Zverev jouaient à Buenos Aires un match exhibition devant 15.000 personnes. Un camouflet à distance pour la nouvelle Coupe Davis, désormais appelée Coupe du monde de tennis, qui se prend un tir de barrage de la part des fans et des joueurs.

Gerard Piqué, le nouveau boss, a beau être un excellent défenseur, il ne pourra pas stopper toutes les attaques. Lui et son fond d’investissement Kosmos ont injecté un prize money de 27 millions de dollars dans la refonte de cette épreuve. Mais l'argent n'achète pas tout, en tout cas pas la passion. Hormis l'Espagne qui évolue à domicile, la plupart des nations ont joué dans une ambiance de fin de banquet. Pour reprendre une analogie qui parlera à Gerard Piqué, "c’est pareil quand tu sors d’une finale de Coupe du monde et que tu vas faire des éliminatoires aux Îles Féroé". Ces mots sont ceux de Nicolas Mahut, pas un adepte convaincu de la nouvelle formule, on l'aura compris. 

Double peine

Le joueur français, qui a connu la folie d'une finale de Coupe Davis ancienne version dans un stade de Lille en fusion, sait de quoi il parle. Mais il n'en dira pas plus. Les 100.000 euros offerts à chaque joueur, rien que pour disputer la phase de poules, oblige sans doute à une certaine retenue... L'absence de public n'est pas le seul caillou dans la botte de Piqué. Sont aussi remis en cause les horaires des matchs, certains doubles se terminant à 4 heures du matin. Non nous ne sommes pas à Flushing Meadows, mais bien à Madrid. Il n'y a pas de décalage horaire. Mais un décalage évident avec la logique. "Quand on finit à 02h00 du matin, avec l'adrénaline on ne dort pas avant 04h30. Et le lendemain on rejoue...", a même critiqué Rafael Nadal.

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Les doubles, justement, ont également apporté leurs lots de polémiques, certaines équipes ayant remporté leurs deux simples traficotant gentiment avec le règlement, et l'absence de sanctions, pour faire leur petite sauce à leur convenance. Du coup, le Canada puis l'Australie ont trouvé la parade en renonçant à jouer ce double du bout de la nuit. Une décision d'une logique implacable mais qui fausse la compétition puisque tous les matchs, tous les sets et tous les jeux sont pris en compte lors de la phase de groupes pour déterminer les quarts de finalistes. Conscients du problème, les organisateurs ont prestement réagi en avançant les débuts de match de... 30 minutes. Effectivement ça change tout. 

Un esprit révolu

Au final, cette nouvelle ère ressemble pour l'instant à une joyeuse cacophonie où chacun donne son avis, Novak Djokovic penchant quant à lui pour une fusion entre l'ATP Cup à venir en janvier et cette Coupe du monde de tennis. Vous suivez ? Il ressort de ce maelstrom une impression de tâtonnement mais surtout d'un esprit qui a définitivement disparu, sacrifié sur l'autel du dieu dollar. La Coupe Davis serait-elle devenue la Coupe des vices ?

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Ce serait un peu manichéen, bien sûr, et surtout ce serait oublier que, peut-être, l'ancienne formule avait besoin d'un coup de bistouri. Même si l'équipe de France a souvent, et récemment, brillé dans cette épreuve, combien de matchs perdus au fond du Kazakhstan qui scient les pattes des joueurs au calendrier déjà bien chargé, ou de stars qui se désistent au dernier moment, n'ont pas altéré le pouvoir d'attraction de l'épreuve imaginée par Dwight Davis ?

"Quand on fait une compétition comme celle-là, c'est toujours difficile de garder les traditions et de mettre de la modernité. Je crois que la tradition ils l'ont complètement piétinée, ce n'est plus du tout ce qui faisait le sel de la Coupe Davis" regrettait encore Nicolas Mahut.  Au moins, avec cette formule, tout est réglé en une semaine. Pour les plus cyniques, cela sera l'occasion d'abréger leurs souffrances. Pour les nostalgiques en revanche, la magie de la Coupe Davis telle qu'ils l'ont connue, appartient bel et bien au passé. "Nouvelle ère, même âme" proclame le slogan de la compétition. On le sait, la publicité est souvent mensongère.

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