Le capitaine de l'équipe de France Yannick Noah
Le capitaine de l'équipe de France Yannick Noah | AFP - ANDREJ ISAKOVIC

Croatie-France : un nouvel échec et toujours des questions autour de l’équipe de France

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L’équipe de France a encore raté l’occasion de remporter la Coupe Davis qui lui échappe depuis 2001. Contre la Croatie, les hommes de Yannick Noah ont été battus par un Marin Cilic en feu, mais aussi par des obstacles, internes. Ce nouvel échec peut-il faire vaciller le précaire équilibre et la mission que s’est fixée le capitaine, à savoir, enfin faire gagner le Saladier d’Argent à cette génération ?

La Croatie était-elle trop forte ?

Avant cette demi-finale, la Croatie était 11e nation mondiale et n’avait remporté qu’une seule fois le trophée (2005), la France était 5) et était neuf fois lauréate (1927, 1928, 1929, 1930, 1931, 1932, 1991, 1996, 2001). Sur le papier, les Bleus avaient au moins les armes pour lutter. Mais, à Zadar, devant une salle toute acquise à ses joueurs, dans une ambiance qui pouvait rappeler la finale Serbie-France de 2010, en moins hostile, elle a failli. Elle est tombée sur un Marin Cilic en état de grâce vainqueur de ses trois matches, ses deux simples et le double. "On a eu en face un très bon joueur, Marin Cilic. Il a tenu les trois jours. Il nous a dominés. Il a gagné ses deux simples, il a tenu son équipe à bout de bras.", a avoué Yannick Noah.

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Le 11e joueur mondial, vainqueur de l’US Open 2014 et du Master 1000 de Cincinnati cet été, n’a fait qu’une bouchée d’un Richard Gasquet diminué dans le premier simple décisif dimanche. Mais Cilic n’est pas Federer, Wawrinka, Murray, Nadal ou Djokovic, tous ces cadors qui ont privé la France d’un nouveau Saladier. Même au top, un Gasquet en meilleur forme, un Tsonga pas blessé et un Monfils concerné, avaient leurs chances face à lui. D’après le Biterrois, Monfils était le seul à "pouvoir aller chercher Cilic en ce moment". Un constat qui agace au sein de la délégation tricolore présente en Croatie. "On en a marre de perdre contre tous les pays du monde. C’est comme si on était relégable avec le budget du PSG. En Croatie, ils sont 3000 licenciés, et sept permanents à la Fédé", éclairait un de ses membres dans L’Equipe. L'expression de la frustration du clan tricolore qui sentait qu'il y avait la place cette année alors que tous les cadors avaient fait l'impasse sur la compétition.

Monfils peut-il revenir ?

Le cas Monfils a été le gros accroc de cette demi-finale. Demi-finaliste à l’US Open, il devait être le fer de lance, avec Tsonga, de cette équipe de France. Son forfait a fichu en l’air tous les plans, a obligé Noah à revoir les siens et a envoyé au feu un Gasquet, tout juste en phase de reprise. Interrogé à ce sujet, Noah n’a pas voulu trop accablé son joueur, en qui il croit. "Si je vous dis qu'il nous a planté, ça veut dire que je pense qu'il n'est pas blessé. Je vous dis que je ne sais pas. Je veux en avoir le coeur net et pour le moment je n'ai pas eu le temps de l'appeler, je n'ai pas vu ses radios, je ne sais pas quand il va reprendre la compétition, quand il a prévu de se réentraîner, je ne peux pas répondre, a-t-il assuré. La seule chose que je peux répondre c'est que c'était vraiment tard et que s'il y a vraiment un coup de malchance, c'est vraiment pas de chance qu'il se fasse mal en montant les escaliers".

Remonté, Noah l’est. Indubitablement. Surtout, que "La Monf'" n'en est pas à sa première polémique. Avant le premier tour, prévu en Guadeloupe contre le Canada, Monfils avait été le seul à trouver l’idée de jouer là-bas, mauvaise. Une position qui lui avait valu une première explication avec son capitaine et qui ne l’avait pas empêché de participer à la qualification. Le quiproquo croate et cette blessure au dernier moment jettent un voile sur la réelle motivation de Monfils en Coupe Davis. Noah, lui, veut y croire. "Quand je suis arrivé, je pensais qu’avec Gaël, ça allait défoncer (…) Moi, mon travail, c’est d’aider Gaël. Je suis supporter-entraîneur. On parle souvent de son caractère imprévisible. Je vais vous dire, je ne suis pas inquiet", a-t-il révélé dans L’Equipe.

Le double peut-il s’installer ?

La paire Pierre Hugues Herbert-Nicolas Mahut n’a pas su apporter le point du double qui aurait tout changé. Comme en quarts de finale en Argentine (2013), en finale à Lille (2014) ou en quarts au Queen’s (2015), le double a failli à 1-1 et la France a perdu. La paire numéro 1 mondiale a perdu les deux tie-break durant la rencontre et a subi la loi du duo mixte (un joueur de simple, un joueur de double) Dodig (8e joueur mondial en double)-Cilic. La paire a de l’avenir c’est sûr, mais c’était encore trop tôt pour ces deux-là qui disputaient, ensemble, leur première campagne de Coupe Davis. Malgré la défaite, Yannick Noah s’est félicité de l’implication du duo. "Travailler avec Herbert et Mahut, c’est un bonheur (…) Ils (Herbert, Mahut, mais aussi Lucas Pouille) ont amené une très bonne énergie", a-t-il déclaré. Preuve que dans son esprit, le duo aura encore sa chance l’an prochain. Sauf si d’ici là, les choses bougent et que les résultats ne suivent plus.

 

Noah peut-il partir ?

Quand il a repris le navire à la dérive l’an dernier, Yannick Noah savait quelle mission on lui confiait. Il n’ignorait pas les contraintes, mais avait foi en lui. En ses hommes. Cet échec peut-il remettre en cause son investissement ? Il y a peu de chances si on l’écoute. "Il y a 90% de chances que je sois là (l’an prochain, ndlr)", estime-t-il dans L’Equipe. Quels sont les 10% qui pourraient tout faire basculer ? Le capitaine ne dit rien de plus mais attend le débriefing avec sa fédération. "Chaque fois qu’on a enchaîné sans briefing, ça n’a pas marché. Il y a des petites choses que je voudrais changer et je vais les proposer. Si c’est accepté, j’y vais", a-t-il ajouté. Ces détails de la vie de groupe ne devrait pas poser être des couleuvres trop grosses à avaler pour la Fédé, qui manque, de toutes façons, de solutions crédibles pour le remplacer. Noah, c’était un peu le dernier recours pour cette génération. Le capitaine, en tout cas, a pris son pied dans ce rôle 19 ans après ("j’ai kiffé grave"), donc il n’y a pas de raison que Noah fasse "une Monfils" au dernier moment.

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Un groupe existe-t-il ?

C’est sur la constitution de ce groupe que devaient former les "nouveaux Mousquetaires (Monfils, Gasquet, Tsonga, Simon, ndlr)" que Yannick Noah, mais aussi Guy Forget et Arnaud Clément, avant lui, se sont cassés les dents. Le cas Monfils aura cristallisé tous les soucis en 2016. En 2015, c’était l’attitude de Tsonga lors du double décisif contre la Grande-Bretagne qui avait interpellé. On ne parle pas du cas Gasquet en Argentine en 2013 ou aux Etats-Unis en 2008, ou de celui de Simon, vainqueur d’un seul de ses neufs matches en simple décisifs en Coupe Davis. Tout cela, ajouté aux blessures, plus ou moins réelles, fait que la France a rarement été vernie.

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Yannick Noah avait été appelé pour faire le liant entre ces joueurs. Le sorcier devait créer la magie et faire adhérer tout le monde. En optimisme convaincu, il affirme avoir vu quelque chose cette saison. Monfils ? "J’ai l’impression que Gaël peut se nourrir de ce truc, et vraiment se sublimer. C’est pour ça que je suis frustré, parce que j’ai l’impression que dans cet environnement, il pourrait être montrueux", selon son capitaine. Tsonga et Gasquet ? Il (Richard Gasquet, ndlr) "arrive avec ses habitudes de dix ans et, d’un seul coup, rentre dedans. Exactement comme Jo l’avait fait à Trinec (contre la République Tchèque en quarts, ndlr)".

Le Biterrois, propulsé numéro 1 à Zadar, a prouvé qu’il pouvait s’investir et qu’il pouvait être concerné et touché par un résultat. "Je ne me souviens pas avec été autant déçu après une défaite. Il y avait un groupe fabuleux : Nico (Mahut, ndlr) et Pierre-Hugues (Herbert, ndlr), le staff, Lucas (Pouille, ndlr) que je ne connaissais pas et qui a une attitude exemplaire. C’est ça qui me fait mal, c’est de ne pas réussir à gagner pour ces mecs-là », a-t-il avoué. Une tristesse jamais vue ni entendue dans la bouche de Gasquet, et une tristesse qui préfigure peut-être de meilleurs lendemains pour cette équipe de France.

Benoit Jourdain @BenJourd1