Coupe Davis: Yannick Noah, la victoire d’un sage

Coupe Davis: Yannick Noah, la victoire d’un sage

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La bonne étoile de Yannick Noah a une fois de plus permis à l’équipe de France de soulever le Saladier d’argent. Alors qu'il ne l'a jamais remportée en tant que joueur, Noah a mené les Bleus vers un dixième sacre en Coupe Davis, le troisième en tant que capitaine d'une génération qui l'a parfois remis en question. Car cette fois, ce n’est pas l’enthousiasme, ni l’aura de l’emblématique meneur d'hommes qui ont transcendé les Tricolores...

S’il était resté accroché à ses certitudes, celles qui avaient convaincu Henri Leconte de participer à l’épopée de 1991 malgré une opération au dos, ou celles encore qui avaient transfiguré des joueurs comme Arnaud Boetsch pour sauver trois balles de match contre la Suède en 1996, Noah aurait péri. Mais celui que certains idolâtraient autrefois, s’est remis en question. Les années ont passé, voire défilé et l’attrait pour la Coupe Davis s’est nettement réduit du côté des joueurs. Les joueurs pensent d’abord à leur carrière individuelle et le phénomène est mondial. Dans leur bulle tout au long de l’année, ils sont devenus bien plus hermétiques aux conseils des uns et des autres.

Ils croient encore au père Noah

Même le discours du « guide » Noah ne passe plus aussi bien avec ceux que l’on a qualifiés de « nouveaux mousquetaires ». Confronté à des joueurs de la génération de son propre fils Joakim -qui a lui-même boudé les sélections avec l’équipe de France de basket-, le dernier vainqueur français de Roland-Garros (chez les hommes) a sans doute senti ces derniers temps qu’il était passé du rôle de meneur d’hommes, de grand frère, à celui de « papa », donneur de conseils. « Je suis plus vieux et ils sont plus jeunes », avait-il ainsi résumé en évoquant ses relations avec l’équipe, mais « j’y vais avec mon cœur et mes tripes ». Bien plus compliqué qu’auparavant, le courant passe quand même encore avec cette génération. 

Noah à l'écoute de Pouille
Noah à l'écoute de Pouille


Critiqué ouvertement par Gaël Monfils pour son choix de jouer en Guadeloupe contre le Canada en 2016, ou par Jo-Wilfried Tsonga et Gilles Simon sur son coaching trop envahissant, Noah ne s’est pas braqué pour autant. C’est pourtant ce qu’il aurait sans doute fait il y a quelques années. De l’eau a coulé sous les ponts et le capitaine est resté aux commandes du navire bleu. Mais si le magicien du tennis tricolore n’avait peut-être pas la même énergie sur le banc que lorsqu’il coachait encore Boetsch, Pioline, Raoux ou Forget lors du dernier triomphe de 1996, la flamme était encore bien présente dans son regard, tout juste cachée derrière ses lunettes. « On a vécu une semaine de malade, je n’ai jamais chialé autant », a-t-il même lâché après la victoire finale de Lucas Pouille.

Tsonga : « Il sent les gens »

En 16 ans, le natif de Sedan a aussi vécu de grandes souffrances avec notamment la perte de ses parents, dont celle de son père en début d’année. A aujourd’hui 57 ans, Noah est bien le même homme que celui qui dansait « Saga Africa » en 1991: généreux, passionné, instinctif, mais aussi empathique, persuasif. « Il sent les choses, il sent les gens », explique Jo-Wilfried Tsonga. S’il a appris à se taire, le doigt sur la bouche lorsqu’il se retrouve avec des joueurs comme Tsonga, Gasquet ou Simon, son naturel de grand communiquant revient volontiers avec des joueurs comme Pierre-Hugues Herbert. Dans le passé, les joueurs s’adaptaient à Noah, c’est désormais l’inverse. Et une fois encore, il a réussi son pari. Alors non, Yannick Noah n’a pas vieilli, il est devenu plus sage. 

Romain Bonte