Wimbledon: Federer/Nadal, ce qu’ils ont manqué de très grand !

Wimbledon: Federer/Nadal, ce qu’ils ont manqué de très grand !

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Roger Federer et Rafael Nadal ont grandi le tennis par leur personnalité, leur talent et leur palmarès depuis une quinzaine d’années. A l’orée de Wimbledon, le plus grand tournoi du monde dont Federer incarne la majesté comme Connors respirait la fureur de Flushing et Nadal la couleur ocre de Roland, les deux champions visent respectivement un 19e et un 16e Majeur ! Le Maestro suisse peut même dépasser Pete Sampras avec un 8e sacre dans le Temple. Le Bâlois et le Majorquin ont pourtant manqué quelques rendez-vous avec l’histoire que nous nous plaisons à énumérer ici, histoire de pinailler gentiment devant leur immense carrière.

Ce que Roger Federer n’a pas réussi à faire

Le Grand Chelem en 2004
Roger Federer a réalisé le Petit Chelem à trois reprises (2004, 2006 et 2007). Mais si l’on considère que Rafael Nadal était quasiment imprenable sur sa terre fétiche de Roland-Garros en 2006 et 2007, force est de constater que c’est en 2004 que le Suisse a raté le coche. Cette année-là, Federer arrivait à Paris auréolé de ses deux premiers Majeurs remportés à Wimbledon en 2003 et à Melbourne en janvier et son statut de numéro 1 mondial laissait augurer d’un grand Roland (avec notamment un succès au Masters 1000 d’Hambourg contre Guillermo Coria). Mais le triple lauréat de l’épreuve Guga Kuerten, pourtant loin du niveau de ses meilleures années et seulement tête de série N.28, ne le laissa jamais respirer pour s’imposer en trois sets (6-4, 6-4, 6-4). Dommage car derrière Federer se montra intraitable à Londres comme à New York.

Les quatre à la suite (2009-2010)
Ce que Novak Djokovic a réussi à cheval sur les saisons 2015-2016, à savoir enlever les quatre tournois du Grand Chelem à la suite, Roger Federer aurait pu (dû ?) le réaliser en 2009-10. Le Bâlois, auteur du doublé Roland-Wimbledon en 2009 et vainqueur de l’Open d’Australie 2010, sera passé à un set de l’exploit en finale de l’US Open. Il s’incline en cinq sets face à un Juan Martin Del Potro en état de grâce (3-6, 7-6, 4-6, 7-6, 6-2) après avoir failli gagner en quatre manches. C’est la première défaite de Federer en finale de Grand Chelem contre un autre joueur que Rafal Nadal. L’occasion de s’offrir les quatre grandes levées dans la foulée ne s’est jamais reproduite ensuite pour le Maestro suisse.

Glaner l’US Open six fois de suite
En cette fin d’été 2009, Federer est également passé tout près d’un exploit monstrueux, pour l’ère open du moins car le légendaire Bill Tilden avait réussi une incroyable passe de six entre 1920 et 1925 (pour sept sacres au total). Le Suisse manque de peu l’occasion de remporter six US Open consécutifs (record de victoires à New York depuis 1968). Cette finale marque aussi la fin de sa série de matches gagnés à Flushing Meadows : 40, score néanmoins impressionnant, bien au-delà des 27 d’Ivan Lendl (record précédent pour l’ère open).

Le titre en simple aux JO (2004, 2012)
Ce n’est sûrement pas le titre le plus prestigieux du tennis puisqu’il passe bien après un titre en Grand Chelem, mais Roger Federer peut regretter d’être passé à deux reprises à côté de cet objectif si l’on omet Pékin 2008 où Nadal maîtrisait les débats (et où RF tombera face à James Blake en quarts, 6-4, 7-6). En 2012, un mois après avoir triomphé une septième fois à Wimbledon –son 17e Majeur-, Federer perd la finale des Jeux Olympiques de Londres au même endroit et contre le même adversaire, Andy Murray, irrésistible ce jour-là (6-2, 6-1, 6-4). La demi-finale homérique remportée 19-17 au troisième set face à Del Potro avait épuisé l’Helvète tant physiquement que mentalement. Aux JO 2004, la déception est peut-être encore plus cruelle. Le jeune Federer (23 ans à peine) se fait surprendre dès le 2e tour par Tomas Berdych (4-6, 7-5, 7-5) alors qu’il fait figure de grand favori en tant que tête de série N.1. Un vrai regret vu l’affiche de la finale (Nicolas Massu contre Taylor Dent). Sinon, Roger Federer a tout gagné y compris la Coupe Davis.

Gagner cinq Masters consécutifs
Roger Federer aurait pu réaliser un exploit inédit en remportant cinq Masters consécutifs. Malheureusement pour lui, le Suisse s’incline en finale de l’édition 2005 au terme d’un duel incroyable avec David Nalbandian. Impérial lors de ses quatre premiers matches, le plus grand joueur de l’histoire mène deux manches à rien mais subit le retour de l’Argentin qui évolue à son meilleur niveau au contraire du Suisse, légèrement diminué. Nalbandian s’impose 6-7, 6-7, 6-2, 6-1, 7-6 et met fin à la série époustouflante de 24 finales remportées par le numéro 1 mondial. Cette défaite est seulement la 4e de l’année pour Federer qui affiche le deuxième bilan de l’ère open (81/4) derrière John McEnroe en 1984 (82/3). Si l’enfant de Bâle était parvenu à enlever cette finale rocambolesque, il aurait pu devenir le premier joueur à aligner cinq Masters de suite (de 2003 à 2007).

Terminer 6 fois N.1 comme Sampras
Nadal évoluant à un très haut niveau en 2008, c’est en 2003 que Roger Federer a laissé passer sa chance. Victorieux à Wimbledon de son premier tournoi du Grand Chelem en juillet (7-6, 6-2, 7-6), le Maestro échoue à s’emparer du trône mondial à la défaveur d’une défaite en demi-finales du Masters 1000 de Montréal. Plus tard, quelques contre-performances l’empêchent de doubler Andy Roddick sur le fil malgré une belle victoire au Masters. Cela s’est joué à peu de choses et Federer peut nourrir des regrets car il aurait pu égaler -entre 2003 et 2007 puis en 2009- Pete Sampras, numéro 1 sans discontinuer entre 1993 et 1998. A noter que le Bâlois peut encore espérer réussir cette prouesse (voire dépasser) avant sa fin de carrière le score de l’Américain même si ce n’est pas consécutivement. Et qu’il détient bien évidemment le record de semaines passées en tête du classement mondial (302) devant Sampras (286).

Etre le premier à gagner Wimbledon huit fois
Roger Federer a bien failli remporter un 8e Wimbledon. En 2014 et en 2015, le Suisse échoue par deux fois face à l’ogre du moment, Novak Djokovic. Le numéro 1 mondial vacille parfois mais reste maître du jeu pour déborder Federer, d’abord en cinq sets (6-7, 6-4, 7-6, 5-7, 6-4) puis en quatre l’été suivant (7-6, 6-7, 6-4, 6-3) au terme de deux somptueuses finales. Si l’on ajoute la finale du siècle perdue contre Nadal en 2008 juste avant la tombée de la nuit (6-4, 6-4, 6-7, 6-7, 9-7), cela fait trois échecs durs à avaler pour Federer qui pourrait déjà compter huit succès au All England Lawn Tennis and Croquet Club. Mais 2017 pourrait enfin voir Rodgeur doubler Sampras (7 titres en 7 finales) au palmarès. Ses supporters n’attendent que ça.

Ce que Nadal n’a pas réussi à faire

Le Grand Chelem en 2010
Rafael Nadal a vécu quelques années prolifiques où il était extrêmement dur à battre : 2008, 2013 et surtout 2010. Cette saison-là, avec le recul, on peut dire que l’Espagnol a raté le coche pour devenir le premier à réussir le Grand Chelem depuis Rod Laver en 1969. Victorieux à Roland-Garros, Wimbledon et New York, Nadal n’a pas eu de chance à Melbourne où il arrivait pourtant dans la peau du tenant du titre après son succès en cinq manches face à Federer en 2009 (7-5, 3-6, 7-6, 3-6, 6-2). Contraint à l’abandon contre Andy Murray en quarts de finale à cause d’une blessure au genou droit suite à un faux mouvement à la fin du deuxième set (abandon à 6-3, 7-6, 3-0 finalement), Nadal peut regretter cet abandon. Le Petit Chelem réalisé, le seul de sa carrière, viendra toutefois couronner une année exceptionnelle.

Réussir trois fois de suite le doublé Roland-Wimbledon (comme Borg)
Nadal a fait très fort en 2008 en réussissant à terrasser Federer dans son jardin londonien pour s’offrir le premier doublé Roland-Wimbledon depuis Bjorn Borg en 1980 ! Il répétera cette prouesse en 2010 mais laissera à Federer le soin de rafler la mise sur ces deux Majeurs en 2009. Il faut dire que le Majorquin, qui sollicite énormément son corps, souffre d’une tendinite aux deux genoux, ce qui le contraint à rendre les armes –non sans batailler- contre Soderling en huitièmes de finale à Roland (6-2, 6-7, 6-4, 7-6) avant de devoir déclarer forfait dans la foulée pour le prestigieux tournoi anglais. Pareille occasion de rejoindre Rod Laver ne s’est jamais représentée.

Gagner 10 fois Roland-Garros consécutivement
Rafael Nadal vient de remporter son 10e Roland-Garros en ce printemps 2017 (démonstration contre Wawrinka 6-2, 6-3, 6-1). Un exploit monumental. Mais l’Espagnol aurait pu gagner dix fois de suite les Internationaux de France s’il n’avait pas souffert de ses tendinites aux genoux lors de l’édition 2009. Impérial de 2005 à 2008 (année où il écrase Federer en finale) puis très solide de 2010 à 2014 où seul Djokovic parvient à le faire douter sans le battre, Nadal aurait probablement remporté le tournoi 2009 en pleine possession de ses moyens. Mais savoir se ménager fait aussi partie du savoir-faire des champions : Federer et Djokovic ont su ne pas trop tirer sur la corde tout au long de leur carrière contrairement à l’ogre de Manacor dont Andre Agassi avait dit un jour qu’il signait des chèques en blanc sur sa santé.

Etre le premier à gagner au moins deux fois les quatre Majeurs
Nadal a raté une belle occasion en janvier à Melbourne, trois ans après une première tentative infructueuse devant un grand Stan Wawrinka (6-1, 6-2, 3-6, 6-3 avec une blessure au dos). En gagnant l’Open d’Australie, il aurait pu devenir le premier joueur de l’ère open à s’adjuger (au moins) deux fois chaque tournoi du Grand Chelem, ce que Federer et Djokovic (à qui il manque tous deux un deuxième Roland) peuvent encore espérer réaliser même si le Suisse a montré que c’était tout sauf une priorité en renonçant aux Internationaux de France. Le Majorquin a mené 3-1 dans le cinquième set avant de subir la loi d’un irrésistible Federer. Sa trop grande dépense d’énergie durant le tournoi australien (victoires en cinq manches face à Zverev et Dimitrov, demi-finale homérique disputée un jour après Federer) ont aussi eu raison de cette possible performance. Il retentera sa chance l’an prochain.

Gagner le Masters
Nadal n’a jamais remporté le Masters, le seul grand trophée du tennis qui n’orne pas son blason. Andre Agassi reste le seul à avoir conquis tous les grands titres du tennis auquel il a ajouté les Jeux Olympiques en simple contrairement à Federer qui a seulement remporté le double (avec Wawrinka à Pékin). Le fait que le Masters se déroule sur surface dure en indoor ne favorise pas Nadal qui arrive souvent fatigué en fin de saison quand il n’est pas blessé. Mais à deux reprises, l’Espagnol aurait pu inscrire son nom au palmarès du tournoi des Maîtres dont Federer trône tout en haut avec six sacres. En 2010, il gagne ses trois matches de poule et sa demie contre Murray mais s’incline logiquement en trois sets (6-3, 3-6, 6-1) contre le Maestro. Bis repetita en 2013, autre année faste de sa carrière, où il sort Federer en demi-finales pour finalement perdre le titre contre un intraitable Djokovic (6-3, 6-4).

Remporter tous les Masters 1000
Rafael Nadal a remporté sept des neuf Masters 1000 au programme. Il ne lui manque que Miami et Paris-Bercy pour compléter sa collection. L’un semble réalisable vu qu’il y a déjà atteint la finale à cinq reprises (tous les trois ans de 2005 à 2017) mais l’autre paraît plus compliqué vu qu’il se déroule en fin de saison, en indoor. Nadal a disputé la finale à Bercy en 2007 contre David Nalbandian mais n’y est jamais retourné depuis, déclarant forfait lors de cinq des sept dernières éditions. Le challenge est donc corsé pour l’Ibère mais moins que pour Federer qui a fait une croix au printemps sur la terre battue alors qu’il n’a pas réussi à remporter Monte Carlo et Rome. A noter que Novak Djokovic est en avance sur ses deux compères au niveau des Masters 1000 puisqu’il ne lui manque que Cincinnati pour réaliser le Grand Chelem.

Battre Federer dans les quatre Majeurs
Un seul joueur a dominé Federer et Nadal au moins une fois dans tous les tournois du Grand Chelem : Novak Djokovic. Nadal aurait pu réussir l’exploit de vaincre Federer dans les quatre Majeurs mais les deux hommes ne se sont jamais affrontés à Flushing, les deux titres acquis à l’US Open par Nadal (2010 et 2013) venant après le quintuplé de l’artiste suisse (2004-2008). Nadal aurait pu avoir une belle occasion de battre son grand rival à New York, et il s’en est fallu d’un rien pour que ça arrive. Lors de l’édition 2013, en éliminant un (très moyen) Federer en huitièmes de finales (7-6, 6-3, 6-4), Tommy Robredo a privé son illustre compatriote d’un succès annoncé en quarts tellement Nadal planait cet été-là (il remportera le tournoi contre Djokovic 6-2, 3-6, 6-4, 6-1). Il sera forcément plus difficile de le dominer cette année vu le niveau actuel de Federer.

Grégory Jouin @GregoryJouin