Djokovic
Djokovic se repose | AFP-Medina

Une saison harassante

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Les saisons de tennis semblent de plus en plus éprouvantes, et il suffit de constater l’état de fatigue de certains joueurs pour s’en rendre compte. Si le nombre de tournois que dispute en moyenne un joueur par saison a bien évolué, la situation n’a pourtant rien à voir avec celle des années 70. Explications.

Les spectateurs du POPB l’ont peut-être remarqué, mais dès le premier tour du tournoi, certains visages de joueurs étaient très marqués. A pratiquement chaque conférence de presse, les joueurs ne cachent pas que cette fin de saison arrive à point nommé. Gaël Monfils s’est ainsi plaint d’être incapable de pouvoir disputer une saison complète, la faute à des blessures, "une saison longue". "C'est une période dure, avec un peu de fatigue", disait-il en substance. Le forfait de Novak Djokovic, quelques heures avant son quart de finale contre Jo-Wilfried Tsonga est venu étayer cette théorie d'une saison à raccourcir :"Ma saison a été longue et fatigante, j'ai joué tous mes matches à mon plus haut niveau, et maintenant mon corps a besoin de repos", expliquait-il sur son site internet.

Lors du tournoi de Bâle, Janko Tipsarevic a quant à lui expliqué qu’il prenait des médicaments pour compenser la fatigue. "Ces dernières semaines, je prenais beaucoup d’anti-douleurs, parce qu’en fin de saison mon corps est très fatigué", avait-il dit. "A Bâle, j’ai décidé de ne pas en prendre car je voulais voir comment allait réagir mon corps. Malheureusement ça s’est avéré négatif et ça n’a pas marché", avait résumé le Serbe.

En quelques années le nombre de tournois sur le circuit professionnel n’a cessé de croître. Pour assurer un classement décent à l’ATP, les joueurs devaient participer en moyenne à 12 tournois dans la période allant de 1973 à 1989. La décennie suivante, cette moyenne est montée à 14 tournois, et depuis début des années 2000, les joueurs ont tout intérêt à se présenter sur 18 tournois pour s’assurer une place dans le Top 50.

148 matches pour Vilas en 1977

Paradoxalement si l’on compare le rythme de matches des anciens joueurs à ceux d’aujourd’hui, l’écart est immense. Pour la seule année 1973, Ilie Nastase avait disputé 29 tournois et participé à 131 matches. Par comparaison, Rafael Nadal a disputé quant à lui 17 tournois, pour 81 matches en 2010. Le record absolu est détenu par Guillermo Vilas, qui en 1977 a participé à pas moins de 32 tournois et 148 matches… Une performance qui serait simplement impossible aujourd’hui pour différentes raisons.

Aujourd’hui, les joueurs sont désormais contraints de faire l’impasse sur de nombreux tournois afin d’obtenir un classement décent, un classement qui, s’il est bon, leur évite d’en passer par des tours de qualifications, voire des premiers tours. Mercredi soir encore, Gilles Simon expliquait que même s’il était déçu d’être éliminé si tôt, il sentait qu’il avait de toute manière besoin de se reposer physiquement. "Cette saison est longue, parce que physiquement c’est dur, et mentalement, c’est dur", indiquait-il.

Et c’est plus sur ces points, physique et mental que le tennis mondial a évolué. A l’époque d’Ilie Nastase, le gratin de la petite balle jaune se trouvait approximativement dans les vingt premières places du classement. Au-delà, les niveaux étaient très inégaux, et les matchs accrochés étaient de ce fait beaucoup plus rares. Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir un joueur classé dans le Top 100 accrocher une tête de série. La professionnalisation y est pour beaucoup et le nombre de joueurs sur le circuit aussi. Les joueurs sont également beaucoup plus sollicités que par le passé, avec des contrats publicitaires en tout genre, des obligations de représentation, des médias omniprésents … La vie d’un joueur professionnel en 2011 est par conséquent bien plus stressante qu’il y a vingt ans.

Du point de vue des organisateurs de tournois, la vision est bien différente. Selon le directeur du Masters 1000 de Bercy, Jean-François Caujolle " les revendications des joueurs sur le calendrier ne sont pas légitimes. Quand on dit qu’il est trop long il l’est pour trois ou quatre joueurs", assure l’ancien joueur de tennis. "Ce ne sont pas les joueurs qui doivent dicter le programme", affirme-t-il. Mais ce sont pourtant les joueurs qui assurent le spectacle, et pour ne pas assister à un véritable fiasco sur les différents tournois comme cela avait été le cas en 2006 avec des forfaits et des abandons en cascade, les plus hautes instances du tennis mondial devraient réellement se pencher sur la question.

Romain Bonte