Tournoi de Doha : quatre questions sur le retour de Roger Federer après un an d'absence

Publié le , modifié le

Auteur·e : Jean-Baptiste Lautier
Roger Federer
Roger Federer lors d'une conférence de presse au Cap (Afrique du Sud), le 7 février 2020. | RODGER BOSCH / AFP

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Roger Federer fait son grand retour à la compétition cette semaine au tournoi de Doha. Le Suisse s'est absenté pendant plus d’un an pour soigner une blessure au genou. À 39 ans, le come-back de l’ancien numéro un mondial pose question, éléments de réponses avec Arnaud Clément, ancien capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis, et Paul Quetin, coordinateur des entraînements physiques au sein de la FFT.

C’était il y a plus d’un an, le 30 janvier 2020. Voilà la dernière fois qu’on a pu voir Roger Federer en match officiel, lors de sa défaite en demi-finale de l’Open d’Australie face à Novak Djokovic. Depuis, la légende suisse a disparu des courts, se faisant opérer du genou et zappant l’ensemble de la saison pour tenter de revenir à son meilleur niveau. Le jour de son retour est arrivé. L’ex-numéro 1 mondial rejoue en compétition à l’âge de 39 ans. Nombreux sont les observateurs à avoir enterré à tort Roger Federer depuis une dizaine d'années, reste à savoir s’il va une nouvelle fois les contredire.

• Pourquoi continuer ?

Dans cette époque de légende où trois joueurs écrasent le circuit depuis une quinzaine d’années, un record est particulièrement disputé et il n’est pas anecdotique, celui du nombre de Grands Chelems remportés. Avec 20 unités pour le Suisse, contre 20 pour Nadal et 18 pour Djokovic, cela peut constituer une des raisons d’un come-back à 39 ans.

"Les choses sont assez liées. Ils sont tous les trois à se tirer la bourre de manière assez incroyable, extraordinaire", indique Arnaud Clément, ancien joueur qui l'a affronté à onze reprises dans sa carrière (et l'a battu trois fois), avant d’ajouter : "C’est une supposition mais peut-être que si Nadal et Djokovic n'existaient pas, il aurait déjà pris sa retraite."

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Le Suisse, à la longévité exceptionnelle au plus haut niveau, passera le cap des 40 ans l'été prochain. Selon Arnaud Clément, un autre aspect passe avant même le record en Grand Chelem pour le Suisse. "La première chose c’est la passion", assure-t-il. "Pour revenir après une blessure qui l’a tenu éloigné pendant plus d’un an, à 39 ans, après la carrière qu’il a eue, il faut avoir une passion hors du commun. On savait qu’il était passionné, mais là c’est encore une étape supplémentaire de passée."

• Peut-il revenir à son meilleur niveau ?

"Je n’ai aucun doute qu’il reviendra à un niveau ultra compétitif", assure Arnaud Clément. "S’il prend son temps, c’est que le jour où il reviendra, je pense qu’il le sera". Pour Paul Quetin, coordinateur des entraînements physiques au sein de la FFT, "c’est une grande inconnue. Après une longue interruption de compétition, à son âge, il y a une incertitude", note-t-il. "Après, on a quand même à faire à quelqu’un d’exceptionnel".

Lors de sa longue convalescence, Roger Federer a plusieurs fois repoussé son retour. Initialement, le Suisse avait prévu d’aller à Melbourne en vue de l’Open d’Australie qui s’est disputé au mois de février, mais il a finalement souhaité attendre encore pour réapparaître sur les courts cette semaine à Doha. "Je pense que Federer ne fonctionne pas comme un joueur normal qui aurait repris à 80% de ses moyens, parce qu’il ne se voit pas être moyen. Il a peut-être été en état de rejouer plus tôt, mais pas à un niveau digne de lui. Il veut être à 100% pour jouer son meilleur tennis", explique Paul Quetin.

L'une des principales difficultés pour Federer, à 39 ans, va consister à enchaîner les matchs de très haut niveau. Pour Quetin, "retrouver un fond physique est ce qui va être le plus dur. Sur la durée d’un Grand Chelem, au meilleur des cinq manches, avec l’opposition qu'il y a aujourd’hui, ça paraît difficile pour lui de franchir tous les obstacles." 

"Il va falloir voir comment son corps récupère", ajoute également Arnaud Clément mais pour lui, même en Grand Chelem, rien n’est impossible. "Même s’il a quelques années de plus, il n'y a pas longtemps encore, il était en position d’en gagner un." Avant sa blessure, Roger Federer était encore numéro 3 mondial et restait sur une demi-finale à Melbourne mais surtout une finale perdue au bout du suspense et de cinq heures de match à Wimbledon contre Novak Djokovic.

• Peut-il terminer sa carrière avec le record de titres du Grand Chelem ?

Le 20e majeur remporté par le Suisse date de janvier 2018 à Melbourne. Depuis, 10 d’entre eux ont filé dans les besaces de ses deux principaux adversaires, ce qui a resserré l’écart entre les trois légendes. S’il veut terminer sa carrière avec ce record, le Suisse n’aura d’autres choix que de triompher à nouveau en Grand Chelem. Pour Arnaud Clément, "ce n'est pas impossible que Federer puisse gagner à nouveau un Grand Chelem ou deux, là où les surfaces lui conviennent très bien".

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mon avis, il est totalement focalisé sur Wimbledon", indique Paul Quetin. "Sur gazon, avec des échanges assez courts où il peut utiliser son service, c’est le seul endroit où on peut imaginer qu’il puisse aller au bout." Roger Federer est le maître des lieux à Londres avec huit titres remportés.

"On a longtemps dit qu'il ne redeviendrait jamais numéro 1, il est revenu, qu’il ne gagnerait pas en Grand Chelem, il l’a fait cinq ans après. Si c’est dans un coin de sa tête, il faut que ce soit aussi dans un coin de la nôtre. On devrait encore penser que c’est possible parce qu’il le pense", avertit Arnaud Clément.

Mais avec un 13e Roland Garros remporté par Nadal et un 9e Open d’Australie empoché par Djokovic, il paraît difficile de ne pas croire que les deux arriveront encore à en remporter dans leur jardin respectif et de devancer le Suisse à la fin de sa carrière. "Je suis convaincu qu’à terme, les deux vont dépasser Federer. C’est terrible pour lui parce la légende touche trois joueurs. On n’avait jamais imaginé trois joueurs aller à un tel niveau de performance", souligne Paul Quetin.

• Jusqu’à quand va-t-il continuer ?

À 40 ans le 8 août prochain, la longévité du natif de Bâle est comparable à celle de Serena Williams, également née en 1981 et qui n’a pas encore décidé de raccrocher. L’Américaine, demi-finaliste du dernier Open d’Australie, fait encore partie des cadors du circuit. Pour Paul Quetin, les motivations des deux vétérans sont identiques. "S’il reprend et qu’il sent qu’il va être compétitif, il continuera à jouer, à l’image de Serena Williams", estime l’entraîneur au Centre National d’Entraînement de la FFT. "S’il chute au classement, je ne le vois pas continuer. Ce ne sera pas une fin à la hauteur de ce qu’il a amené au tennis", ajoute-t-il.

Après sa victoire à Wimbledon en 2012, le Suisse a dû attendre près de cinq ans avant de triompher à nouveau en Grand Chelem. "Il a toujours été compétitif", assène Arnaud Clément. "Il a déjà repoussé les limites tellement loin que ce sera encore intéressant de voir s’il peut encore le faire longtemps." De telles longévités sont déjà arrivées dans l’histoire, mais à des époques beaucoup moins exigeantes. "Aujourd’hui il y a un niveau de jeu, de concurrence au niveau physique qui est exceptionnel et on pourrait imaginer qu’à un certain âge, c’est impossible de suivre la cadence. Lui il montre que c’est possible", avoue Paul Quetin. La question est : combien de temps le montrera-t-il encore ?