Gilles Simon
Le Français Gilles Simon | AFP - MIGUEL MEDINA

Simon met Berdych hors circuit

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Pour la quatrième fois de sa carrière, Gilles Simon s'est hissé en demi-finale d'un Master 1000. Face à Tomas Berdych (N.5), coupable de trop de fautes car certainement tourné vers le Masters et la finale de la Coupe Davis, le Français s'impose 6-4, 6-4 en 1h50. Il affrontera le surprenant polonais Jerzy Janowicz, qui a battu sur abandon le Serbe Janko Tipsarevic (N.8) 3-6, 6-1, 4-1. Le 69e mondial est le premier qualifié à aller aussi loin à Bercy depuis 2004.

LE TABLEAU DU BNP PARIBAS MASTERS DE BERCY

Il a fait un peu comme tout les cadors. Tomas Berdych a pris la direction de Londres avant la fin de Bercy, moins d'une semaine après sa victoire à Stockholm. Arrivé en quarts de finale, il avait peut-être envie de poursuivre l'aventure pour décrocher le deuxième Masters 1000 de sa carrière, sept ans après le premier déjà gagné ici. Mais il ne s'en est pas donné les moyens. Et Gilles Simon a le don de le battre, et de le faire mal jouer. Des balles molles, un faux-rythme, une alternance d'effets et de trajectoires, tout ça a tendance à ne pas plaire au Tchèque. Sur leurs six précédents duels, il s'était incliné à quatre reprises contre le Français. En ayant en plus le Masters à disputer la semaine prochaine, et la finale de la Coupe Davis à domicile contre l'Espagne à la mi-novembre, il a souvent donné l'impression qu'il avait la tête ailleurs. Et les jambes, et le bras...

Gilles Simon: "J'ai réussi à rester très concentré, à rester très constant. J'ai fait un match très complet. Je le connais bien. Il a beaucoup d'armes dans son jeu mais contre moi, il a du mal à faire les points gagnants car je m'appuie bien sur sa balle. Il frappe toujours très fort et j'utilise ça pour contrer. J'ai réussi à trouver le bon timing, avec des balles ni trop rapides ni trop hautes. Parfois, j'aurais aimé engager un peu plus. Mais je ne vais pas gagner contre lui en tapant plus fort. Si je laisse la balle basse, avec ces coups à plat, ce n'est pas évident pour lui d'attaquer. Il y a une ou deux choses (physiques) qui me gênaient encore aujourd'hui. Ca s'est amélioré, et j'espère que demain, je n'aurai plus de problème. Mais je ne me sens pas mal. Je suis content de bien jouer ici. J'ai grandi pas loin, mais j'ai toujours très mal joué ici. Cela fait du bien d'en profiter. J'ai beaucoup plus d'envie et de fraîcheur que ces dernières années. Je vais jouer cette demi-finale avec énormément de plaisir."

Cinq jeux d'affilée pour conclure

Dans le premier set, la tête de série N.5 a réalisé un festival de fautes grossières, malgré un excellent début de match (jeu blanc sur son service, une balle de break sur le service de Simon). La machine s'est rapidement grippée, un revers trop long offrant le break au Français (3-2). Malmené, il se décidait alors à changer son jeu, frappant plus fort, montant au filet, mettant son adversaire sous pression. Cela le remettait dans le match, comme dans ce 8e jeu qui durait 15 minutes, encore loin des 27 minutes passées par Paul-Henri Mathieu au 1er tour. Mais malgré deux balles de break, il ne parvenait pas à chiper le service de Simon, qui restait devant sur sa 6e balle de jeu (5-3). Le 18e mondial bénéficiait de trois balles de set au jeu suivant, mais Berdych s'en sortait (5-4), avant de s'incliner sur un jeu blanc et une contre-amortie après avoir retourné une deuxième balle à seulement 120km/h (6-4).

Le début du deuxième set était à son avantage (3-0). Il avait même la possibilité de faire un 2e break, mais il ne transformait aucune de ses trois balles de break. Mais branché sur courant alternatif, il était rattrapé par sa pluie de fautes, comme sur ce revers trop long offrant sur un plateau le "débreak" à Gilles Simon (4-3). Et le Français prenait avec gourmandise ces cadeaux, alignant une série de quatre jeux consécutifs pour mener (5-4), service à suivre. Il effaçait alors de nouveau trois balles de break et terminait, sur sa deuxième balle de match, par un ace. En 1h50, il l'emportait 6-4, 6-4, s'offrant une deuxième demi-finale en Masters 1000 cette saison (après Monte-Carlo), la quatrième de sa carrière. Il n'a atteint qu'une fois la finale (à Madrid en 2008), et aimerait bien décrocher une troisième finale cette saison, après celles de Bangkok (défaite) et Bucarest (victoire).

Quant à Tomas Berdych, il peut désormais se tourner vers les dernières échéances majeures de 2012: Masters à Londres et finale de la Coupe Davis à Prague. Mais il refusait de mettre sur le compte du style de son adversaire ou de ces échéances cette élimination: "Ce n'est pas un problème de style", assurait-il. "C'est simplement qu'il a très bien joué. Je ne l'avais pas vu jouer aussi bien depuis très longtemps. J'espérais aller le plus loin possible. C'était la première fois que je me trouvais dans la situation de jouer ici en étant déjà qualifié pour le Masters. Cette position est largement mieux pour moi. J'ai joué sans pression. Mais il n'a pas fait d'erreur."

Janowicz écoeure Tipsarevic

Il a fini par en sourire, mais Janko Tipsarevic n'a vraiment pas été à la fête. Comme Andy Murray (N.3) hier, comme Marin Cilic (N.13) avant, il a subi la foudre. Depuis 2004 et Stepanek qui avait atteint la finale, plus personne n'était jamais sorti des qualifications de Bercy pour aller aussi loin. Et Jerzy Janowicz l'a fait avec la manière. Remonter un set de retard contre Murray pour s'imposer, c'était déjà un sacré défi. Dégoûter à ce point le Serbe en lui faisant visiter le terrain en est un deuxième. Et ne vous méprenez pas: ce joueur de 2.03m n'est pas qu'un grand serveur. Contrairement à la majorité de ces congénères du double mètre, le Polonais n'est pas qu'une machine à ace. D'ailleurs, il n'en balance pas énormément (11 sur ce match mais tout de même 22 contre Murray pour un total de 67 en 6 matches à Bercy). En revanche, son bras fait des étincelles, en coup droit comme en revers. 8e mondial, le Serbe, à la fin du 2e set, a ainsi imité son adversaire en mimant ses frappes ultra-puissantes des deux côtés. Condamné à subir la puissance, il a en plus été contraint à d'énormes courses pour remettre les amorties, que le Polonais a distillé avec gourmandise durant toute la rencontre.

Après un début catastrophique (mené 3-0), Jerzy Janowicz a peu à peu refait surface, même s'il perdait le premier set 6-3. Sans pression pour le deuxième Masters 1000 auquel il participait, et le premier où il intégrait le tableau final, il trouvait ensuite le bon rythme. Tentant tout, ayant de la réussite, se battant en défense lorsque l'échange l'exigeait, le 69e mondial a fait l'étalage d'un immense talent. Il faisait le break pour mener (2-1), venait à bout du jeu interminable qui s'en suivait (4-1) et après 42 minutes dans ce 2e set, il égalisait à une manche partout (6-1). N'ayant commis dans ce second acte que 10 fautes pour 17 coups gagnants contre 3 fautes et 7 points à son adversaire, le Polonais marchait sur l'eau. Et faisait une nouvelle fois le break au troisième jeu du troisième set, sur une double-faute terrible du Serbe (2-1), puis confirmait avec un service gagnant sur une deuxième balle à 186km/h (3-1)! L'écart était sans appel, et à (4-1), Tipsarevic faisait appel au médecin. Peut-être une seule diversion, puisqu'après plusieurs minutes d'examen sans remède, puis trois points encaissés sur le service adverse, il décidait de rendre les armes. Sous les sifflets du public.

A bientôt 22 ans (dans onze jours), Jerzy Janowicz se hisse pour la première fois en demi-finale d'un tournoi sur le circuit principal. Qui plus est, c'est dans un Masters 1000. Son 69e rang mondial ne sera plus qu'un souvenir la semaine prochaine. Mais il n'est pas encore prêt à s'arrêter là. Gilles Simon est prévenu.