Rafael Nadal: un ogre dans le désert ?

Rafael Nadal: un ogre dans le désert ?

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En remportant le tournoi de Pékin, Rafael Nadal a conquis son 6e titre de la saison 2017. Ce n'est que la 6e fois de sa carrière qu'il remporte au moins six épreuves dans une saison. Le retour au sommet de l'Espagnol, N.1 mondial pour la 7e semaine de suite, est certainement facilité par l'éclipse de quelques-unes des pointures habituelles du circuit, pas encore compensée par la montée en régime de la nouvelle génération.

Les quatre chiffres d'un retour en grâce

75e titre en carrière, soit le 5e meilleur total de l'histoire du tennis mondial. Derrière Connors (109), Lendl (94), Federer (93) et McEnroe (77). A Pékin, Rafael Nadal a franchi un nouveau cap. Un de plus.

6 titres en 2017, c'est le joueur qui en a le plus remportés cette saison. Avec 2 tournois du Grand Chelem (Roland-Garros et US Open) et une finale en plus (Open d'Australie), et 2 Masters 1000 (Madrid, Monte-Carlo), il ne s'est pas raté dans les rendez-vous majeurs.

6e fois que le Majorquin atteint ce chiffre de 6 sacres dans une saison. En 2005, avec 11 tournois décrochés (dont Roland-Garros et 4 Masters 1000), il avait atteint son maximum. Mais qualitativement, l'année 2013 est la plus aboutie avec 10 victoires, dont deux Grands Chelems (Roland-Garros, US Open), et 5 Masters 1000.

148e semaine à la place de N.1 mondial. A Shanghaï, l'Espagnol vit sa 7e semaine consécutive sur le toit du monde. Depuis l'US Open, il ne fait que creuser l'écart avec son premier poursuivant, Roger Federer. Il y a plus de 2000 points d'écart désormais entre les deux hommes, à la Race comme au classement ATP.

Une concurrence amoindrie

Jamais il n'avait remporté un Masters 1000 sans battre un membre du Top 10. Rafael Nadal l'a fait à Monte-Carlo en 2017. A l'US Open, il n'a même pas eu à affronter un seul membre du Top 25.  Voilà deux tournois, deux titres conquis sans forcer outre mesure son talent. Et il faut aussi rappeler son sacre à Roland-Garros sans perdre la moindre manche durant la quinzaine parisienne. C'était la 3e fois qu'il connaissait un parcours immaculé à Paris, après 2008 et 2010, en dix consécrations. Voilà ce qui explique également le retour au premier plan du Majorquin.

En effet, cela faisait bien longtemps que la hiérarchie mondiale n'avait pas été aussi bouleversée. Novak Djokovic, l'ogre insatiable depuis 2011, n'a gagné que deux tournois avant de mettre fin à sa saison après un abandon à Wimbledon. Andy Murray, qui l'avait détrôné de la place de N.1 mondial, n'en a gagné qu'un avant, lui-aussi, de mettre le clignotant après Wimbledon. Idem pour Stan Wawrinka, finaliste sans solution à Roland-Garros face à Nadal. Et les Dimitrov, Raonic, Nishikori, Tsonga, habituels membres du Top 10 depuis un moment, ont eux-aussi disparu des écrans, en raison de blessures ou simplement d'un certrain déclin.

Bref, sur la route de Rafael Nadal, seul Roger Federer s'est dressé durablement. En Australie, à Indian Wells et Miami, le Suisse l'a privé de titre pour en empocher lui-même (5 au total). Mais il a fait l'impasse sur la saison sur terre battue, et n'a pas pu aller au bout de son rêve américain à New York. Quant à la jeune génération en quête de pouvoir, incarnée par Alexander Zverev (4e mondial), Dominic Thiem (8e), David Goffin (10e mondial) ou encore Nick Kyrgios (21e), elle n'est pas encore totalement prête à monter sur la première marche du classement ATP, ni à soulever un trophée du Grand Chelem. Mais cela va venir vite.

Avec bonheur, Rafael Nadal s'est engouffré dans la faille. Remis de ses différentes blessures et de sa perte de confiance dans son jeu, l'Espagnol s'est donné les moyens de le faire. Ce n'est pas donné à tout le monde.

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze