David Nalbandian
David Nalbandian tire sa révérence | JORGE BARAVALLE / NA / AFP

Nalbandian retraité ? Quel dommage !

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L’annonce de la retraite de David Nalbandian ne nous laisse pas indifférents. Durant plus d’une décennie, l’Argentin a régalé les foules de son indéniable talent, se constituant un beau palmarès qui aurait pu s’avérer encore plus important si la réussite avait accompagné ce joueur hors normes au caractère bien trempé, apprécié davantage pour son tennis que pour sa personnalité controversée.

Un technicien exceptionnel

Doté d’un coup d’œil unique, d’une "main" et d’une palette de coups très large, David Nalbandian restera d’abord célèbre pour son revers à deux mains, un modèle du genre. Ce droitier sans réelle faille tennistique (service efficace à défaut d’être très puissant, retour agressif, volées d’une grande finesse) a illuminé les courts du monde entier de son talent magnifié par une intelligence de jeu supérieure à la moyenne. Fin 2007, il évolue sur un nuage : il bat deux fois consécutivement Federer et Nadal respectivement à Madrid et Paris, deux Masters 1000 qu’il enlève haut la main. Il ne retrouvera plus jamais ce niveau de jeu, victime de blessures à répétition dont une, douloureuse, à l’épaule (opération au printemps 2013, quelques semaines après son ultime finale –défaite contre Nadal à Sao Paulo).

Un féru de Coupe Davis

A l’heure où de nombreux joueurs laissaient tomber l’épreuve plus que centenaire (Federer en tête), David Nalbandian faisait de la conquête du Saladier d’argent son objectif absolu, le Graal de sa carrière. Malheureusement pour lui, le natif de Cordoba n’a jamais pu soulever le précieux trophée malgré de nombreuses tentatives. Selon lui, ses rencontres de Coupe Davis, en particulier les trois finales perdues par l'Argentine entre 2006 et 2011, resteront comme les sommets de sa carrière. "La plus serrée fut celle disputée à Mar del Plata (contre l'Espagne en 2008). C'est le seul titre qui manque à l'Argentine", a-t-il dit. En avril dernier, peu avant son opération, il avait encore donné un coup de main à son équipe en quarts de finale contre la France en participant au double qu'il avait remporté avec Horacio Zeballos.

Vidéo: Nalbandian en Coupe Davis contre la France en Avril dernier

Un looser magnifique

Le terme est un peu dur car David Nalbandian tire sa révérence après un brillant parcours. Vainqueur de 11 tournois en simple dont le Masters 2005, numéro 3 mondial en 2006, victorieux de 383 matches (pour 192 défaites), le joueur au bandeau n’a pourtant jamais pu conclure dans les tournois du Grand Chelem. Un énorme manque. Il a toutefois été présent (au moins)  dans le dernier carré des quatre Majeurs (demi-finaliste à Melbourne en 2006, demi-finaliste à Roland-Garros en 2004 et 2006, demi-finaliste à l’US Open en 2003, et finaliste de Wimbledon en 2002, surclassé par Lleyton Hewitt). Et s’il n’y avait pas eu erreur d’arbitrage sur la balle de match en sa faveur en demi-finale de Flushing Meadows 2003, il aurait battu Roddick -au lieu de perdre en cinq sets- avant d’affronter Ferrero avec une bonne chance de conclure. Dommage.

Un Argentin atypique

David Nalbandian (1,80 m, 79 kg) est blond de par ses origines arménienne et italienne. Il était surtout multi-surfaces quand ses compatriotes du début des années 2000 brillaient essentiellement sur la terre ocre (Coria, Gaudio, Chela, Puerta). Guère expansif, tout sauf jovial, le Sud-Américain pouvait monter dans les tours quand il n’obtenait pas satisfaction. Il s'était ainsi fâché en 2008  avec Juan Martin del Potro, arrivé épuisé du Masters pour disputer la finale de la Coupe Davis, finalement perdue à domicile face à l'Espagne privée de Nadal. Lui qui avait tout donné pour son pays ne supportait pas que les autres n’aient pas le même degré d’exigence. Particulier donc.

Un Argentin typique

David Nalbandian aurait pu avoir une carrière extraordinaire sans son appétence pour la vie et ses plaisirs. L’Argentin a toujours eu un gros appétit et il ne s’est jamais refusé un bon "bife de lomo" au barbecue (le fameux "asado") lors de soirées entre amis. Ces viandes grillées succulentes, et une hygiène de vie peu propice à la pratique du sport de haut niveau, lui ont valu les railleries de certains de ses pairs concernant son léger embonpoint (un petit bidon indigne de son statut). Fan de sport auto comme des millions de compatriotes, Nalbandian à également pris part à quelques courses dans son pays, dans la seconde moitié des années 2000. Et il a longtemps pensé se reconvertir comme pilote de rallyes. Il lui sera désormais plus facile de manger ce qu’il veut que du temps de sa splendeur tennistique.