Nicolas Mahut
Le Français Nicolas Mahut | AFP - MIGUEL MEDINA

Mahut, une carrière à l'épreuve

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Sorti des qualifications, Nicolas Mahut s'est qualifié pour le 2e tour de Bercy en battant Juan Carlos Ferrero 6-2, 6-3. Malgré le récent décès de son neveu de 2 ans, il parvient à bien jouer. Avec son talent, qui l'avait fait roi de Wimbledon en juniors en 2000, et avec sa combativité, à l'origine du match le plus long de l'Histoire avec John Isner en 2010 à Wimbledon. Au mieux 40e mondial, la carrière de l'Angevin est loin d'un long fleuve tranquille.

Nicolas Mahut aurait pu avoir une carrière dorée, un palmarès en or. A 29 ans, il faut bien constater que son parcours ressemble plus à celui d'un combattant. Vainqueur de l'US Open junior en double en 1999 avec Julien Benneteau, vainqueur du Wimbledon junior en 2000 en battant Mario Ancic en finale, demi-finaliste de Roland-Garros junior cette même année vaincu par Tommy Robredo, il avait atteint la 3e place mondiale chez les juniors.

La suite a été beaucoup plus laborieuse. Des blessures, une difficulté à franchir le cap du circuit professionnel tant sur le plan du jeu que du physique, un jeu de moins en moins répandu sur le circuit car de mieux en mieux contré par les adversaires avec le ralentissement des surfaces, l'Angevin a beaucoup peiné. Il a beaucoup joué dans les Futurs (une sorte de 2e division du circuit professionnel), allant glaner points et expérience. Avec toujours ce jeu vers le filet, ce service et ses volées, ce qui faisait de lui l'un des plus talentueux de sa génération avec Paul-Henri Mathieu, avec qui il luttait pour la suprématie nationale chez les jeunes, Andy Roddick, David Nalbandian et autres Tommy Robredo. Ces adversaires qui ont tous atteint le Top20 mondial voire mieux, mais pas lui.

Des défaites de justesse

La gloire, il l'a touchée des mains à plusieurs reprises, notamment en 2010, sur le court N.18 de Wimbledon, où il a fini par s'avouer vaincu au 1er tour contre John Isner après le match le plus long de l'Histoire par 70 à 68 au cinquième set. Son nom restera, pas comme vainqueur. On peut aussi évoquer la défaite en trois sets contre Andy Roddick, alors 5e mondial, en finale du tournoi du Queen's en 2007 après deux jeux décisifs perdus aux deux dernières manches. Les exemples sont nombreux, pour ce joueur de talent, à qui rien n'a été épargné. Le dernier en date surpasse bien évidemment tous les autres. Le récent décès de son neveu de deux ans a bien failli l'amener à déclarer forfait à Bercy. Logique après avoir déjà arrête son parcours à Valence au 2e tour après être sorti des qualifications, pour retrouver sa famille dans ces moments difficiles. Mais à la demande d'un proche, il a décidé de s'aligner pour les qualifications, battant l'Australien Bernard Tomic (39e mondial) puis Lukasz Kubot (58e mondial) sans perdre une manche. "Plus que de la joie, cette victoire, c'est beaucoup d'émotions", disait-il après sa qualification pour le tableau final. "Je suis à fleur de peau depuis une semaine. Je sais qu'il faut continuer à aller de l'avant. Si je peux donner un peu de baume au coeur à mon frère et à ma famille, même deux minutes par jour, alors je dois le faire."

"Plus de détachement"

Après ces deux matches de qualification, Nicolas Mahut était opposé à Juan Carlos Ferrero. Un break concédé d'entrée pouvait faire craindre une soirée de défaite face au 51e mondial, mais le handicap était aussitôt compensé (1-1) et la machine tricolore se mettait en route pour dominer les débats et empocher la première manche, 6-2 après 38 minutes. Sans forcer ses montées au filet face à un ancien N.1 mondial toujours capable de punir les offensives impétueuses, le 95e mondial était au niveau en fond de court. Mais il avait de nouveau un raté en début de 2e set, concédant son service pour que l'Espagnol mène (2-1). De nouveau, l'Angevin refaisait son retard pour égaliser à (3-3), et après deux occasions passées, il faisait de nouveau le break au huitième jeu (5-3) pour servir et conclure sur un jeu blanc et un ace en 1h13 de match. Un poing serré, un regard vers le ciel, pas d'exubérance, juste la satisfaction d'avoir rempli son contrat, celui qui le lie depuis le début de l'aventure parisienne à sa famille et à ses proches.

"Pendant cinq minutes, mon frère a le sourire", se réjouissait-il encore. L'analyse de sa rencontre ? Simple, comme son approche du jeu en ce moment: "J'avais décidé de beaucoup varier: service-volée, montée en deux temps... Il ne fallait pas faire ce qu'il aime, à savoir droite-gauche. Je joue mon jeu, avec peut-être un peu plus de détachement. Tous les éléments extérieurs, j'en fais abstraction. J'ai l'impression de faire presque tout le temps le bon choix, de jouer le coup juste. Le choc a fait que je vis au jour le jour. Les choses ont moins d'importance. Du coup, tout est plus fluide, plus pur, je suis moins contracté sur le court. Mais j'aurais préféré perdre deux fois au 1er tour qu'être dans cette situation." Mais il avoue lui-même que "cela (lui) montre des choses".

A Bercy, il croisera la route d'un autre Espagnol au 2e tour, David Ferrer. "C'est pareil, en plus fort. Il ne faudra pas surjouer, surtout ne pas vouloir en faire plus. J'entrerai sur le terrain en me disant que je peux gagner. C'est une sacrée différence en sport." Pour se retrouver à ce niveau, Nicolas Mahut a fait un autre énorme effort: dormir à l'hôtel. En laissant sa femme et son fils d'à peine trois mois à leur domicile, à Boulogne-Billancourt, à quelques kilomètres de là. "Je fais des nuits de 9h, ce qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Cela me permet de bien récupérer." Un déchirement mais une option qui lui permet de vivre dans sa bulle.