Une image floue du tennis

Le tennis touché par un "tsunami" de matches truqués selon un rapport indépendant, mais pas de corruption "institutionnelle"

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Dix jours après l'enquête réalisée par Stade 2 sur les matches truqués sur le circuit secondaire dans le tennis professionnel, un rapport indépendant confirme le mal. La Tennis integrity unit (TIU), en charge de la surveillance de ces pratiques, a dévoilé le rapport d'un panel indépendant dans lequel un enquêteur parle même de "tsunami" de matches truqués dans les niveaux inférieurs, notamment chez les messieurs. Le groupe de travail, mis en place en 2016, fait différentes propositions pour lutter contre ce fléau.

"Aucune preuve de corruption institutionnelle ou de camouflage par les autorités du tennis ou la TIU n'a été relevée." Voilà bien un motif de satisfaction pour les dirigeants du tennis mondial. 15 jours après une enquête de Stade 2 mettant en lumière les matches truqués dans le tennis surtout dans les niveaux Future et Challenger, un rapport indépendant confirme (en anglais).

Mis en place en 2016, un panel indépendant a mené l'enquête, interrogeant des joueurs et joueuses à travers le monde et les tournois, mais aussi des parieurs. Le rapport du panel n'a pas "révélé un problème généralisé" dans les tournois du Grand Chelem et les principaux tournois du circuit, soulignant  qu'il y avait toutefois "certains problèmes à ces niveaux". Il a toutefois reconnu "des vulnérabilités, particulièrement aux niveaux inférieurs", se montrant prêtes à saisir l'opportunité pour "répondre à ces inquiétudes par une action ferme". 

Selon un enquêteur de la TIU, "des centaines de matches du niveau Future (tant en simple qu'en double) ne sont pas disputées équitablement (lire "Matches truqués dans le tennis: 6-0 ou 6-1, les scores privilégiés pour les paris"), avec un nombre qui diminue lorsque l'on monte dans les rangs des matches professionnels". (A lire notre enquête: "On m'a proposé 10 000 euros pour perdre un match en deux sets").

L'interdiction de ventes de data pour les tournois inférieurs

Le panel propose ainsi de "s'attaquer aux causes sous-jacentes du problème dans l'organisation du sport, de limiter les marchés de paris, et améliorer le système de prévention". Pour cela, il propose de cesser la vente des data pour les tournois de 15 000 et 25 000 dollars (le plus bas niveau), d'imposer des obligations contractuelles liées à l'intégrité des opérateurs de paris en échange des données officielles, d'interdire le sponsoring des sites de paris...  (A lire: "L'Arjel, acteur central de la lutte contre les matches truqués")

Extrait de l'interview de Corentin Segalen, de l'Arjel

Par ailleurs, comme l'avait déjà esquissé la Fédération internationale récemment, le panel recommande de restructurer le parcours afin "de garantir des incitations financières et des perspectives pour la progression. Cela inclut une approche plus réaliste du nombre de joueurs pouvant être considérés comme professionnels." En clair, réduire le nombre de joueurs pouvant intégrer un plateau professionnel, et améliorer leur sort financier. Car c'est bien l'argent qui est le nerf de la guerre, et donc le noeud du problème. (A lire aussi: "Dans les coulisses du tennis professionnel de second rang")

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze