Jerzy Janowicz
Jerzy Janowicz | IAN LANGSDON

Janowicz : "Un sentiment incroyable"

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Jerzy Janowicz, auteur du plus bel exploit de sa carrière contre Andy Murray (N.3) en huitièmes de finale du BNP Paribas Masters, savourait sa performance quelques minutes après en conférence de presse, devant un parterre de journalistes désireux d’en savoir plus sur ce géant prometteur. Comme sur le court, le jeune Polonais (22 ans dans dix jours) n’a pas déçu.

Est-ce la plus grosse victoire de votre carrière ?
JJ: "Certainement. Je crois que c'est la plus belle chose qui me soit arrivée dans ma vie. J'ai battu le champion olympique, le champion de l'US Open. Battre Andy Murray est un sentiment incroyable pour moi. J'ai encore l'impression que dans quelques instants, je vais me réveiller et me rendre compte que ce n'est pas vrai. Je ne sais pas quoi dire, c'est difficile à décrire comme sentiment. J'ai encore du mal à y croire en fait. Mais d'un côté, je dois y croire parce que demain, j'ai un autre match à jouer. Il va falloir que je sois prêt demain. Et quoi qu'il soit arrivé aujourd'hui, il va falloir demain que je fasse encore le travail".

Quand il servait à 5-4 pour le match, à ce moment, il joue agressif, que vous est-il venu à l'esprit ?
"Je me disais : « Il faut continuer à faire la même chose, à jouer mon jeu et continuer à être agressif tout le temps. Je ne dois rien changer, c'est mon style de jeu ». J'essaie d'être agressif tout le temps. Après le premier set, je me suis un peu détendu parce que je me suis dit : « Ce match est difficile à gagner. Il faut se battre sur chaque point ». Peut-être qu’Andy Murray allait s'énerver et que j'allais avoir la chance de gagner un set. J'essayais de faire chaque fois le mieux possible et j'étais plus détendu. Du coup, mon service a beaucoup mieux marché. J'ai eu un peu de malchance de me faire prendre mon service parce que sur la balle de jeu, j'ai fait une erreur stupide. J'essayais de faire un deuxième service sur son coup droit, si je me souviens bien. Mais comme je l'ai dit, je me suis battu sur chaque balle. C'était ça que je me disais tout le temps : jamais renoncer, toujours attaquer et ne pas changer son plan de jeu".

En Pologne, cette nouvelle va recevoir beaucoup d'échos. Etes-vous prêt aux attentes qui vont maintenant peser sur vous ?
"Je ne sais pas à quoi m'attendre en fait. Je voudrais simplement pouvoir finir ce tournoi et avoir quelques jours de repos pour pouvoir repenser à ce qui s'est passé cette semaine. Pour moi, ce n'est pas facile d'encaisser cette semaine. Je viens de Pologne, je sais que c'est difficile d'être un joueur de tennis professionnel. J'ai toujours eu des problèmes à trouver des sponsors, toujours eu des problèmes d'argent. Cette semaine est très importante pour moi, cela me permettra d'avoir des sponsors, un peu d'aide. Mais ce n'est pas facile pour moi de vous parler de cette semaine. J'ai eu des moments très difficiles dans ma vie, pour moi c'est comme dans un film".

Au début de l'année, vous jouiez les Futures, comment avez-vous réussi à améliorer votre niveau pour arriver à votre jeu de cette semaine ?
"Au début de l'année, il y a eu beaucoup de changements dans ma vie. J'ai changé mes raquettes. La raquette que j'utilise maintenant est très bonne, elle m'aide beaucoup. Même si certains jours je joue moins bien, cette raquette me sert bien en général. C'était un changement. Le deuxième est que j'ai eu un nouveau coach pour l'entraînement physique, un préparateur physique qui m'aide beaucoup à la maison. Je fais plus d'entraînement physique que de tennis, c'est un autre changement. Et aussi, j'envisage mon jeu différemment. Et mon comportement sur le court a changé aussi. J'ai décidé de ne jamais renoncer quelle que soit la situation. Maintenant, je me bats sur chaque point, peu importe si je gagne ou si je perds. Que c’est un bon jour ou un mauvais jour, j'essaie de jouer mon tennis, d'être agressif et de me battre sur chaque point".

Les médias, le public ne vous connaissaient pas bien, vous pourriez nous donner quelques informations sur votre carrière ? Quand avez-vous commencé à jouer ? J'étais à Rome quand vous avez gagné un challenger. Vous aviez très bien joué d'ailleurs.
"J'ai 21 ans, j'ai commencé à jouer à l'âge de 5 ans. Mes parents étaient des joueurs de volley-ball professionnels. Ma mère était championne de Pologne et de Turquie. Ils étaient très bons au volley-ball. Je n'ai pas joué au volley-ball parce qu'ils ont terminé leur carrière alors que je n'étais pas encore né. Mon père avait commencé à jouer au tennis en amateur, je le regardais jouer. C'est comme cela que j'ai commencé. Après, j'ai commencé à regarder le tennis à la télévision. J'ai même des photos. Quand j'avais 2 ans, je courrais déjà partout sur le court avec une raquette. Je n'arrivais pas à taper une balle mais je tenais la raquette à la main tout le temps. Et voilà".

C'était quoi ces moments très difficiles dont vous venez de parler ?
"J'ai eu des problèmes dans ma vie mais je n'ai pas tellement envie d'en parler. J'ai toujours eu des problèmes pour trouver des sponsors, je n'avais pas d'argent et pour poursuivre ma carrière ce sont mes parents qui m'aidaient toujours. Ils ont vendu leur magasin, un ou deux appartements. Ils ont décidé de tout miser pour m'aider autant que possible. Voilà ce sont seulement les problèmes dont je peux vous dire, il y en a d'autres".

Quel est la clé de ce tournoi exceptionnel : Kohlschreiber, Cilic, Murray ?
"Je ne sais pas ce qu'il s'est passé cette semaine. Je vous l'ai dit. Je ne sais pas ! Écoutez, je n'en sais rien. Je suis allé sur le court et puis, j'ai décidé de servir des aces pendant le match, de faire des points gagnants, de faire des amorties. Je ne sais pas qu’elle est la clé. Peut-être dans une semaine je ne pourrais pas vous le dire, je ne saurai même plus".

Avez-vous déjà servi aussi fort depuis que vous êtes professionnel ? Quel est le service le plus rapide que vous avez fait dans votre carrière ?
"J'ai toujours servi très fort et très vite. Dans un challenger, j'ai réussi à servir un service à 251 km/h mais les balles étaient un peu différentes. Cette balle n'est pas très lourde, ni rapide. C'était une Tretorn. J'aime bien les Tretorn. À Paris, ce n'est pas aussi facile de servir si vite parce que la balle est plus molle, légère. 230 km/h, cela va quand même".