Jerzy Janowicz
Jerzy Janowicz en pleurs après sa victoire contre Gilles Simon en demi-finale du Masters 1000 de Paris | MIGUEL MEDINA / AFP

Janowicz comme dans un rêve

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Jerzy Janowicz s’est qualifié pour la finale du BNP Paribas Masters en sortant logiquement Gilles Simon en deux sets, 6-4, 7-5. Le Polonais, issu des qualifications et 69e mondial, réalise la plus belle semaine de sa carrière. Il est le premier qualifié en finale d’un Masters 1000 depuis Radek Stepanek en 2004 à Paris. Il affrontera dimanche David Ferrer (N.5), tombeur de Michael Llodra et favori des pronostiqueurs.

Il y a presque 10 ans, un grand sec au service de plomb avait atteint la finale de Roland-Garros. Le Batave Martin Verkerk avait alors sorti Carlos Moya et Guillermo Coria pour ne buter que sur l’ultime obstacle constitué par Juan Carlos Ferrero, retraité depuis dix jours. Ce Bercy 2012 vient de faire entrer dans la lumière un géant polonais au visage mal dégrossi, Jerzy Janowicz. 

Parcours admirable

Mais la comparaison s’arrête là. Au printemps 2003, Verkerk avait évolué dans une bulle durant deux semaines, mais il n’avait clairement pas les qualités pour rééditer son exploit, nonobstant son service surpuissant. Janowicz, a contrario, possède une réelle panoplie de coups, du coup droit supersonique à l’amortie masquée en passant par le revers long de ligne. Il ne se contente pas de fracasser ses adversaires dès que possible mais parvient à distiller quelques belles accélérations surprises, et il vient même parfois au filet pour conclure l’échange.

Tout au long de son magnifique séjour parisien, débuté il y a pile une semaine en qualifications, le joueur slave a fait étalage de son talent, que ce soit contre Tursunov ou Serra pour arracher son ticket d’entrée dans le tableau principal, ou ensuite contre Kohlschreiber (19e à l’ATP), Cilic (15e), Murray (3e) ou Tipsarevic (9e). Un parcours de folie qui s’est poursuivi ce samedi contre Gilles Simon (20e) dans l’ambiance surchauffée du POPB. Pour un joueur qui n’avait gagné que quatre rencontres sur le circuit principal cette saison (deux à Wimbledon et deux à Moscou), et qui pontait avant Bercy à la 69e place mondiale, c’est tout bonnement exceptionnel. 

L'amortie qui tue

Dans cette demi-finale pas vraiment disputée en terrain hostile (Janowicz est devenu très populaire grâce à ses exploits à répétition, et Simon ne suscite pas l’enthousiasme d’un Tsonga), le grand escogriffe a évolué tel un vieux briscard, sans s’affoler outre mesure. Dans la première manche, il s’est procuré trois balles de break à 2-2, 0-40. Simon a annihilé la première d’un ace mais Janowicz n’a pas loupé la seconde, un retour de coup droit gagnant. Dans le jeu suivant, il réussissait notamment un ace à 229 km/h pour confirmer son avantage et concluait en un peu plus d’une demi-heure (6-4).

Le second acte s’avérait plus serré quoique les statistiques en disent (39 coups gagnants à 10 mais 28 fautes directes contre 11). Le Français effectuait la course en tête (1-0 puis 3-2 et 5-4) mais il ne parvenait pas à se procurer de balle de break (0 au total !). A 5-5, le Polonais bénéficiait de trois opportunités pour tuer le match. Il allongeait trop son premier retour mais il déclenchait sur le point suivant une amortie de coup droit parfaite qui clouait Simon sur place. A 6-5, il ne tremblait pas pour achever sa besogne (6-4, 7-5 avec 83% de points remportés après son énorme service, 11 aces ce qui fait 62 depuis lundi). Il venait tout simplement de réussir le plus grand exploit d’un inconnu à Bercy depuis l’Espagnol Sergio Casal, finaliste de la première édition en 1986 contre Boris Becker. Et ce n’est peut-être pas fini…

"Un sentiment extraordinaire"

"Je suis en finale ! C'est incroyable ! Je n'aurais jamais pensé arriver là il y a une semaine", a confié le héros du jour. "Quand j'ai eu la balle de match aujourd'hui, je me suis senti bizarre, j'avais la chair de poule et j'étais un peu anxieux en jouant ce point. Mais c'était un sentiment extraordinaire et je me suis dit avant cette balle de match qu’il ne fallait rien changer et jouer exactement pareil qu'avant, et c'est ce que j'ai fait et j'ai fini le match avec encore une amortie. Je suis quelqu'un qui a toujours eu confiance et je rêvais de rentrer dans les 100 meilleurs. J'y suis arrivé cette année. Mais je n'aurais jamais pensé quelque chose comme ça. Je suis venu ici pour jouer les qualifications et brusquement je me retrouve en finale ! Je suis 69e mondial et je me retrouve brusquement en finale ! Mais je ne peux pas y croire ! Comment est-ce possible ?  J'ai toujours aimé Safin. Il était toujours très compétitif sur le court. Il se battait sur chaque point, et parfois, il se battait aussi contre lui-même d'ailleurs ! Mais il faut attendre encore un peu avant de pouvoir envisager une comparaison. Là, ce n'est qu'une semaine. J'ai besoin de travailler encore beaucoup plus pour pouvoir devenir un jour un joueur comme lui".