David Ferrer
L'Espagnol David Ferrer | AFP - LIONEL BONAVENTURE

Ferrer abat la montagne Janowicz

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Pour la première fois de sa carrière, David Ferrer (N.4) a remporté un Masters 1000 en s'imposant à Bercy aux dépens de Jerzy Janowicz 6-4, 6-3 en 1h27. L'Espagnol est enfin couronné à ce niveau-là. Quant au Polonais, ce 8e match en 8 jours à Paris aura été celui de trop, la fatigue le faisant commettre beaucoup plus de fautes (43 fautes directes) que lors de ses précédentes sorties. Mais il va intégrer le Top 30 dès lundi. Un énorme bond pour récompense.

Avant d'affronter David Ferrer en demi-finale, Michael Llodra avait déclaré: "Son coach doit se dire: 'Si c'est pas là..'". Mais si, Bercy a bien été le théâtre du premier sacre de David Ferrer dans un Masters 1000. Le cinquième mondial a ainsi brisé l'hégémonie du quatuor de tête (Djokovic, Federer, Nadal, Murray) qui avait raflé les 17 derniers Masters 1000. Il a ainsi exploité leurs absences ou leurs contre-performances dans cette épreuve, en démontrant une nouvelle fois qu'il est l'un des plus solides du monde, derrière les quatre. Le voir s'écrouler sur le terrain, montrer autant d'émotions une fois la balle de match remportée, démontre que la libération était grande pour lui.

Pour l'emporter, il a en effet dû sortir le grand jeu. Et il a su profiter de la fatigue légitime accumulée par Jerzy Janowicz, entré dans le tournoi en qualification huit jours avant. Au total, le Polonais a commis 43 fautes directes dans le match, dont 20 dans le 1er set, pour seulement 27 coups gagnants, alors que son adversaire commettait 12 fautes pour 13 points gagnants. Moins en jambes, il était un peu plus en retard sur tous les coups, et sa lucidité n'était pas aussi présente comme lors des tours précédents. Des fautes, moins de réussite notamment sur ses amorties qui avaient fait si mal auparavant, son niveau de jeu a clairement baissé lors de cette finale. Et plus les minutes passaient, plus la différence s'accentuait. Mais la fatigue n'est pas tout. Le 69e mondial est surtout tombé sur le meilleur relanceur de la semaine. Souvent, la tête de série N.4 se trouvait à l'intérieur du court pour remettre des premières balles. Il a su lire son engagement, l'obligeant à jouer des balles que personne ne remettait jusque-là, comme sur cette 1ère balle à 230km/h, le faisant aussi travailler dans la largeur.

Le hawk-eye en arbitre

A l'applaudimètre, le Polonais avait une très légère avance sur l'Espagnol. Et il était le premier à pouvoir faire le break, lors du neuvième jeu, mais il commettait la faute en coup droit, ce qui maintenait l'Ibère devant au score (5-4). Et au jeu suivant, c'était le tournant du match. A 30A, Ferrer prenait le risque d'arrêter l'échange en demandant le hawk-eye sur une balle en fond de court. Il semblait aussitôt regretter son geste, mais la vidéo, pour quelques millimètres, lui donnait raison, pour lui offrir une balle de break, sa première dans le match. Un ace sur la ligne centrale à 193km/h l'annulait, mais une double-faute lui en proposait une deuxième. Et un dernier coup droit trop long du Polonais, pour sa 20e faute directe, aboutissait à la fin du premier set (6-4 après 39 minutes de jeu).

Le début de la deuxième manche semblait irrémédiablement pousser Janowicz au-delà de ses limites physiques. De moins en moins mobile, il paraissait accuser le coup. Il devait attendre sept points pour en inscrire un. Mais alors qu'il semblait au plus mal, il faisait la différence. Là-aussi, le hawk-eye était de sortie. Après avoir sauvé trois balles de 2-1 pour Ferrer, il obtenait une balle de break. Sur celle-ci, c'est lui qui demandait la vidéo en arrêtant l'échange, et comme pour l'Espagnol, elle lui donnait raison pour quelques millimètres. Il faisait ainsi le break (2-1) et affichait un grand sourire de soulagement. 

Trop d'occasions ratées par Janowicz

Mais ses carences physiques finissaient par se répercuter sur son service, qui tombait en panne au jeu suivant. Au total, Janowicz aura réalisé 12 aces, pour 6 double-fautes. Ses deux balles de jeu n'ayant pas été transformées, c'est le 5e mondial qui s'en procurait une, et un coup droit d'attaque dans le couloir lui donnait à son tour le break (2-2). Contre un tel adversaire, les occasions ratées ne se rattrapent pas. Sur le service de Ferrer, il avait encore deux balles de break, qu'il ne transformait pas. C'était certainement le coup fatal pour lui. Il perdait ce jeu (3-2) et concédait, sur une double-faute, son engagement en suivant (4-2). L'écart était fait, la confiance encore supérieure chez l'Espagnol qui concluait la rencontre sur un dernier revers dans le couloir de son rival (6-4, 6-3) après 1h27 de jeu. Renaud Lavillenie, champion olympique à la perche, pouvait remettre le trophée à David Ferrer, qui avait ainsi gravi lui-aussi un beau sommet.

Pour son premier Masters 1000, Jerzy Janowicz égale la performance de Radek Stepanek, finaliste ici en 2004 après être sorti des qualifications. Il va surtout intégrer vraisemblablement le Top 30 mondial dès lundi, avec un nouveau statut, certainement de nouveaux sponsors, et un accès pour l'Open d'Australie, où il n'avait pas pu aller en début de saison pour disputer les qualifications par manque d'argent. C'est une nouvelle vie qui s'offre à ce Polonais qui s'est offert un joli cadeau d'anniversaire en avance, lui qui aura 22 ans dans neuf jours.

David Ferrer, quelques minutes après son match, recevait l'hommage d'un des patrons du circuit, Rafael Nadal, qui disait sur son compte Twitter: "Il fait partie des plus grands". A Bercy, il fait mieux que le Majorquin en devenant le premier Espagnol à inscrire son nom au palmarès. Guy Forget, directeur du tournoi saluait "un beau vainqueur qui a gagné plus de matches que tout le monde cette saison". Il devra le confirmer la semaine prochaine à Londres, lors du tournoi des Maîtres.