Roger Federer
Le désarroi de Roger Federer | AFP - TIMOTHY CLARY

Federer-Nadal, les chemins se séparent

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Depuis la première victoire de Rafael Nadal à Roland-Garros, sa carrière est invariablement comparée à celle du maître d'alors, Roger Federer. En remportant à New York son 13e Grand Chelem, l'Ibère s'est rapproché, à 27 ans, de la place de N.1 mondiale détenue par Djokovic, et du record de 17 sacres du Suisse. Mais les deux hommes suivent des trajectoires bien différentes depuis le début de l'année. Inéluctable ?

Numéro 1 mondial en octobre dernier, Roger Federer est sorti du Top 5 depuis le mois de juillet, pour la première fois depuis 2003, et n'a remporté qu'un titre cette année. Cinquième mondial en février dernier, classement qu'il n'avait plus connu depuis 2005, Rafael Nadal a repris son strapontin de second au classement ATP, avec la première place à l'horizon à la fin du mois de septembre, restant invaincu sur dur (et dix nouveaux trophées soulevés). Les deux hommes ne connaissent plus une trajectoire parallèle, comme cela a souvent été le cas par le passé, avec vingt affrontements en finale de tournoi (dont 9 fois en Grand Chelem) sur leurs 31 duels. Les cinq années les séparant expliquent en partie cette tendance, mais pas seulement.

Pour les deux hommes, le temps passe et le physique décline. Après sa grave blessure au genou qui l'a tenu éloigné des courts durant huit mois, Rafael Nadal a modifié quelque peu son jeu. Conscient de l'impérative obligation de ménager son corps, il s'est tactiquement placé sur des filières un peu plus courtes dans le jeu. Certes, il impose toujours un combat d'homme fort, comme l'a encore prouvé cet échange de 55 coups contre Novak Djokovic en finale de l'US Open, mais il essaye d'avoir plus de coups définitifs, notamment avec son coup droit. Il vient également plus au filet, prouvant qu'il a aussi du talent dans cet exercice. Dans le même temps, Roger Federer se bat avec un dos régulièrement récalcitrant, qui l'a parfois empêché cette année d'être au meilleur de sa forme sur certains tournois. Véritable horlogerie de précision, la machine suisse a connu des ratés, rendant son jeu moins performant. Il doit donc adapter sa préparation physique pour éviter de nouvelles blessures. Et peut-être changer son jeu pour ménager son dos.

Son talent suffisait, ce n'est plus le cas

Et son jeu, justement, l'Helvète ne l'a pas fait évoluer. Contrairement à Nadal, il maintient le cap et ses certitudes. Il est vrai que pendant six ans, de 2004 à 2010, sa capacité à bien jouer était suffisante pour le mener à la victoire presque à chaque coup, hormis contre Rafael Nadal. Mais la montée en puissance des Djokovic, Murray et autres Berdych, Del Potro et Tsonga ont changé la donne. Il n'est plus le maître, le patron, ses adversaires le savent et ont le talent et la confiance pour s'y attaquer. Pour le moment, Federer cherche ses sensations, au travers d'un changement de raquette avec un tamis plus large lui offrant plus de sécurité dans la frappe, et d'un programme modifié avec un retour sur terre infructueux en juillet (demi-finale à Hambourg, 1er tour à Gstaad).

Battu en 8e de finale par Tommy Robredo, qui ne l'avait jamais vaincu lors de leurs dix duels précédents, il n'a pas encore trouvé la solution. Avec des adversaire de plus en plus physiques, décomplexés, il ne peut rester inactif. Demi-finaliste en Australie, quart de finaliste à Roland-Garros, vaincu au 2e tour dans son jardin de Wimbledon, écarté en 8e de finale à New York, Roger Federer décline, même sur ses meilleurs terrains de jeu. Motivé comme jamais pour aller jusqu'aux Jeux de Rio en 2016, afin de décrocher la médaille olympique qui lui échappe toujours, le plus grand joueur de l'Histoire doit modifier des éléments de sa préparation, de son jeu, sous peine de rendre son rêve inaccessible. Il en a le talent et l'intelligence. En éprouve-t-il le besoin ? En a-t-il envie ?

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