Rafael Nadal et Roger Federer
Rafael Nadal console Roger Federer après sa finale victorieuse à Melbourne en 2009 | WILLIAM WEST / FILES AFP / AFP

Federer-Nadal, l0 ans déjà !

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Le 28 mars 2004, Rafael Nadal (17 ans) s’offrait la première grosse performance de sa carrière en matant en deux sets (6-3, 6-3) le numéro 1 mondial Roger Federer au 3e tour du Masters Series de Miami. Depuis une décennie, le Suisse et l’Espagnol se livrent un duel dans le temps qui ravit les fans de la petite balle jaune. Federer est devant au palmarès quoique Nadal évolue dans les mêmes temps de passage, mais le Bâlois est nettement derrière au niveau des face à face qui se sont déroulés pour moitié sur terre battue.

La rivalité entre Roger Federer (32 ans) et Rafael Nadal (27 ans) a débuté en Floride. Beaucoup l’ont oublié mais c’est lors d’un banal 16e de finale du Masters Series (les anciens Masters 1000) de Miami que le plus fameux duel de l’histoire du tennis a vu le jour.

Nadal résiste à Federer dès le début

Le Majorquin, encore Junior et 96e joueur mondial à l’époque, avait créé la sensation en sortant en à peine plus d’une heure son aîné suisse de cinq ans. Federer venait pourtant d’enchaîner une série de 28 succès en 29 matches, et il venait de remporter deux des trois dernier Majeurs (Wimbledon 2003, son premier, et l’Open d’Australie 2004). Finaliste de son premier tournoi ATP en janvier à Auckland, Nadal n’avait lui jamais atteint la deuxième semaine d’un Grand Chelem.

Roger Federer le 28 mars 2004 lors de son premier match contre Rafael Nadal, perdu 6-3, 6-3, au 3e tour du Masters Séries de Miami
Roger Federer le 28 mars 2004 lors de son premier match contre Rafael Nadal, perdu 6-3, 6-3, au 3e tour du Masters Séries de Miami

Etrangement, les deux hommes allaient se retrouver exactement au même endroit pour leur deuxième confrontation, en finale cette fois. Prévenu du talent adverse, le Maestro helvète se faisait cueillir d’entrée. Mené deux sets à rien, Federer parvenait à remonter son handicap pour venir à bout du jeune Nadal (2-6, 6-7, 7-6, 6-3, 6-1). Un match beaucoup plus marquant que celui de l’année précédente.

Nadal favorisé par la terre battue

Deux mois plus tard, le Taureau de Manacor et l’artiste de Bâle se rencontraient pour la première fois dans un tournoi du Grand Chelem. Cette demi-finale de Roland-Garros 2005 allait marquer l’avènement de Nadal sur sa terre fétiche. Il s’imposait en quatre manches (6-3, 4-6, 6-4, 6-3) face à l’incontestable numéro 1 mondial, intraitable sur toutes les autres surfaces. Ce sera le début d’une hégémonie incroyable du gaucher sur la terre ocre, et les prémices d’une nette domination dans les matches l’opposant à son rival suisse, plus talentueux mais un tantinet moins solide mentalement.

Les raisons de cette dissymétrie (23 à 10 pour Nadal en 33 matches) ? Le nombre de duels disputés sur la surface fétiche de l’Espagnol (15, soit près de la moitié), ce qui a bien sûr lésé Federer, surtout dans ses meilleures années (2004-2007). On peut légitimement penser que l’homme aux 17 Majeurs aurait dominé son vis-à-vis en Australie et à New York s’ils s’y étaient affrontés durant cette période.

Federer devant à Wimbledon et au Masters

Mais ce serait réducteur de mettre sur ce compte le déficit enregistré par le (probable) meilleur joueur de tous les temps. Car Nadal a réussi là où Federer a échoué. Dans leur rivalité, l’octuple vainqueur de Roland-Garros a fait plier le roi de Wimbledon sur son terrain, le gazon londonien. Les deux stars nous ont d’ailleurs livré deux de leurs plus beaux combats sur l’herbe du Temple, en 2007 (victoire de Federer) et en 2008 (triomphe de Nadal).

Rafael Nadal le 28 mars 2004 lors de son succès contre Roger Federer au 3e tour du Masters Séries de Miami
Rafael Nadal le 28 mars 2004 lors de son succès contre Roger Federer au 3e tour du Masters Séries de Miami

Rodgeur n’a jamais battu Rafa Porte d’Auteuil, et il ne compte que deux succès face à son adversaire le plus coriace sur cette surface particulière (en finale à Hambourg en 2007 et en finale à Madrid en 2009). Il est mené par son rival sur terre (13-2) mais également sur dur (9-6). Seul le gazon lui est favorable (2-1).

En Grand Chelem, Nadal mène 9 victoires à 2 dont 6-2 lors des finales (4 à Roland-Garros, 1 à Wimbledon, 1 à Melbourne). Il a aussi remporté 12 des 16 finales de Masters 1000 les ayant opposées même si Federer l’a battu 4 fois sur 5 au Masters, sur une surface souvent très rapide.

Le tournant de 2008

L’Espagnol a surtout remporté trois finales de Grand Chelem en moins d’un an qui ont fait très mal à Roger Federer. Il a d’abord écrasé le Suisse en finale à Paris en 2008 (6-1, 6-3, 6-0), puis il a remporté le match du siècle un mois après à Wimbledon (6-4, 6-4, 6-7(5), 6-7(8), 9-7, avant de s’adjuger l’Open d’Australie au bout de cinq manches où Federer a encore lâché le premier (7-5, 3-6, 7-6(3), 3-6, 6-2). Ce moment-là, lorsque Federer avait 27 ans, et Nadal 22, a constitué un tournant dans leur duel au long cours. L’ascendant psychologique pris par le Méditerranéen n’a ensuite jamais cessé (10 victoires à 4).

Federer a quand même fait remarquer –à juste titre- que Nadal tirait un grand avantage de sa condition de gaucher (même s’il ne l’est pas dans la vie). On peut supposer que le lift énorme dont use le Majorquin pour pilonner le revers du Bâlois sur terre n’aurait pas eu la même efficacité sur le coup droit adverse.

Un bilan atypique

Toujours-est-il que jamais dans l’histoire du tennis Open un numéro 1 mondial (comme l’était Federer entre 2004 et 2008 –puis en 2009) n’a été à ce point dominé dans ses face à face avec son dauphin dans la hiérarchie ATP. Ni Sampras contre Agassi, ni Lendl face à Wilander, ni Borg devant Connors ou McEnroe). Cette incongruité historique n’a fait que renforcer l’adoration du public pour ces deux champions hors normes qui ont porté le tennis à un niveau exceptionnel.

Leur palmarès parle pour eux (78 titres dont 17 tournois majeurs, 6 Masters et 21 Masters 1000 pour Federer, 62 titres dont 13 Majeurs et 26 Masters 1000 pour Nadal). Leur charisme a magnifié leur duel, entre le génie de l’un et le refus de perdre de l’autre, entre le droitier à la classe absolue et le plus grand combattant de l’histoire du jeu qui a su très souvent transformer leurs matches en un bras de fer physique et mental qui lui était favorable.

Pour toutes ces raisons, et aussi parce que les deux champions se sont toujours voués un immense respect, le choc Federer-Nadal supplante toutes les autres rivalités tennistiques du siècle dernier, si fortes soient-elles. Il ne reste plus que deux ou trois ans pour en profiter, mais quelque chose nous dit que beaucoup de fans aimeraient voir les deux protagonistes en finale à Wimbledon cette année, là où Federer aurait davantage de chances de résister à l’usure du temps. Histoire de revivre les chefs d’œuvre de 2007 et 2008…

Grégory Jouin @GregoryJouin