Roger Federer
Roger Federer | BAS CZERWINSKI / AFP

En Afrique du Sud, Federer est "grand frère Roger"

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Dans la petite salle, ils l'appellent "Grand frère Roger". Lui est tout sourire. Il demande aux enfants quel sport il pratique. La plupart d'entre eux, âgés de trois ans, l'ignorent. Mais l'un le sait. "Tu joues au tennis", lance-t-il. Alors "grand frère Roger" montre les paumes de ses mains aux enfants. La droite est calleuse, usée par 23 ans passés à tenir une raquette; la gauche est lisse.

Il y a peu d'endroits au monde où Roger Federer , l'homme aux 17 titres en Grand Chelem que certains considèrent comme le plus grand joueur de tennis de tous les temps, n'est pas instantanément reconnu. Ici, à Govhu, un petit village de la province sud-africaine du Limpopo, dans le nord, les enfants dans leur immense majorité ne connaissent pas le champion suisse, qui est venu visiter l'une des crèches soutenues par sa fondation.

Mais les gamins le suivent des yeux tandis qu'il effectue une démonstration, frappant la balle contre un mur, montrant comment manier une raquette. Plus tard, il leur lira un conte.
Dans la chaleur étouffante de l'été austral, dans ce village situé à 20 kilomètres de la route bitumée la plus proche, Roger Federer  explique à quel point l'Afrique du Sud est particulière pour lui. "Mon coeur est en Afrique du Sud, par ma mère", dit l'ex-numéro un mondial, né d'un père suisse et d'une mère sud-africaine, Lynette, qui l'accompagne.

"Ma mère étant d'ici, ayant passé moi-même beaucoup de temps ici, je me sens très connecté à cette région du monde", poursuit-il. Au total, la Fondation Roger Federer , créée voici dix ans, soutient une quarantaine de crèches et consacre trois millions de dollars par an à des projets éducatifs en Afrique du Sud, au Botswana, en Zambie, au Zimbabwe, au Malawi, en Ethiopie et en Suisse. Plus de 50.000 enfants en bénéficient.

UN SYSTÈME ÉDUCATIF EN SOUFFRANCE

"En voyageant à travers le monde, j'ai vu des pays pauvres, où on m'a dit combien il était difficile d'accéder à l'éducation", explique-t-il. "J'ai toujours aimé cette idée d'éducation parce que dans notre propre monde, aller à l'école est la chose la plus normale qui soit. Mais nous oublions parfois que c'est un privilège." Héritage de décennies d'apartheid, le système éducatif en Afrique du Sud, où l'école est obligatoire de 7 à 16 ans, est en souffrance. Près de la moitié des 18-24 ans - la première génération post-apartheid - ne sont plus dans le système éducatif et n'ont pas d'emploi, selon des données du gouvernement. Les sociologues parlent d'une "génération perdue".

Pour les générations qui suivent, la situation n'incite pas à l'optimisme: des centaines d'écoles n'ont pas d'électricité ou d'eau courante, les livres manquent et l'absentéisme des professeurs est très répandu. Selon des chiffres de l'Unesco datant de 2009, 10% des enfants sud-africains en âge d'aller à l'école primaire ne sont pas scolarisés. Dans une étude publiée en 2011, l'organisation de lutte contre la corruption Transparency International pointait le fléau de la corruption locale, telle que des millions d'écoliers ou d'étudiants n'ont pas de bureaux, de chaises ou de livres scolaires.

A Govhu, où 80% de la population est sans emploi, l'accès à l'enseignement est souvent hors d'atteinte. Roger Federer , qui a gagné près de 80 millions de dollars sur les courts depuis le début de sa carrière, n'était pas un écolier très assidu. "A l'école, je ne révisais pas toujours mes contrôles comme j'aurais dû le faire", dit-il. Mais il dit vouloir être une "idole pour les enfants". "Pour moi, c'est important d'être un modèle, et je vis en conséquence", continue-t-il.

Reuters