Le circuit Challenger de tennis
Ici, en Californie, le circuit Challenger se dispute souvent dans ce genre de club, loin de l'immensité des enceintes du circuit principal | AFP - GETTY IMAGES

Dans les coulisses du tennis professionnel de second rang

Publié le , modifié le

Ils sont des milliers à rêver d’être le futur Roger Federer ou Rafael Nadal. Mais les places sont chères. Pour quelques heureux élus, combien galèrent pour vivre de leur talent raquette en main ? Pour le comprendre, David Guez, depuis 15 ans sur le circuit pro, a accepté de décrire son quotidien. 116e mondial au mieux, il est aujourd’hui 279e à l’ATP. Un récit qui vous aidera à comprendre pourquoi certains acceptent de perdre un match contre de l’argent, comme le montre l’enquête édifiante réalisée pour Stade 2 par Thierry Vildary et Inès Lagdiri, diffusée dimanche 15 avril à 16h50.

Du tout inclus au tout payant. Au-delà de la 100e place mondiale, entre les qualifications d’un tournoi sur le circuit principal et un Futur (sorte de 3e division des tournois pros), les joueurs changent de monde.

Depuis 15 ans, David Guez a joué partout ou presque. Sorti à trois reprises du tableau des qualifications de Grand Chelem (Australie 2010 et 2014, Roland-Garros 2011), de Masters 1000 (comme en 2009 à Bercy pour battre Wawrinka au 1er tour du tableau final), son quotidien est plutôt tourné vers les Challengers (la 2e division des tournois). Voire les Futures. Dans sa carrière, il y a affronté les Raonic, Dimitrov, Goffin, Alexander Zverev, Pouille, Simon, Benneteau, Chardy, Darcis, Clément, Gulbis, Granollers, Gimeno-Traver, Mannarino, Paire, Mahut… Des joueurs de passage avant de grimper dans la hiérarchie planétaire.

Chaque Future a un coût

 "Sur les Futures, l’organisation est très légère", explique-t-il. Au joueur de se débrouiller pour l’hébergement, pour se déplacer… Tout est à sa charge. "On nous donne une boite de balles neuves pour notre 1er entraînement, mais pas après", glisse-t-il. Ce n’est pas partout pareil : "En Europe, France, Italie, Allemagne, cela ressemble un peu plus aux Challengers."

Sur ces derniers, l’hébergement est pris en charge dès le tableau final, des navettes sont prévues chaque heure, un kiné est à disposition… Encore au-dessus, il y a les Grands Prix (tournoi 250). Cette semaine, c’est Marrakech. Il y a aussi Montpellier, Marseille, Barcelone… Tout est fait pour les joueurs. "Cela ressemble à un Challenger, avec des grandes salles en plus, des voitures à disposition", détaille le Marseillais.

De 2 000$ à 80 000$ de gains, un éventail très large

Si ces différences existent, c’est que le niveau des adversaires n’est pas le même. Et l’argent en jeu n’est pas comparable. "Sur un Futur, le vainqueur peut gagner 2000$. Sur un Challenger, c’est entre 6 000 et 15 000$. Sur un Grand Prix, cette somme atteint 80 000$ pour le gagnant." Et dans un Grand Chelem, une élimination au 1er tour des qualifications rapporte 5000$, et chaque match gagné double la somme.

David Guez, 116e mondial au mieux, fait, comme les autres, ses calculs tout au long de la saison. "Même après 13 années sur le circuit, il m’arrive encore de faire des erreurs de programmation. C’est la chose la plus dure à faire", estime-t-il. En fonction de son classement, de sa forme du moment et des objectifs, chacun fait ses choix. Parfois, ils s’avèrent payants.

En ce moment, le joueur français cherche à "passer le cut à Wimbledon" (avoir un classement qui lui permet de participer aux qualifications) : "Il me manque une trentaine de points ATP pour y parvenir." Il a donc disputé un Futur la semaine passée à Djerba. "J’ai gagné le tournoi, ce qui me rapproche de ce cut." Et financièrement, cette semaine lui a rapporté 2200$. S’il avait été éliminé en qualifications d’un Challenger, cela lui aurait coûté 600 ou 700$. "Pour atteindre une somme identique, il aurait fallu que je sorte des qualifs et que j’atteigne les quarts ou les demi-finales", assure-t-il. Il a donc fait le choix gagnant. Mais il n’est jamais sûr d’y parvenir.

"Au delà de la 300e place mondiale, c'est très compliqué de vivre"

Pour boucler une saison, il faut un budget de 30 000 euros minimum pour assurer la logistique. "Si on est au-delà de la 300e place mondiale, et qu’on ne fait que des Futures, c’est très compliqué de vivre", estime le Marseillais. "On rentre juste dans ses frais, mais on ne met pas d’argent de côté. En étant dans les 250 premiers mondiaux, on est assuré de faire les qualifs des quatre Grands Chelems, ce qui donne au minimum 20 000$."

Pour tenir, il faut donc compter d’abord sur ses résultats. "Si on pense à l’argent, on se met trop de pression", affirme-t-il. David Guez ne paye rien pou son matériel, notamment grâce à l'aide d'un sponsor (Head). Autre apport financier : les matches par équipes de clubs, où il est payé pour jouer. Il peut doubler la mise en faisant pareil à l’étranger.

Jeune espoir, il bénéficiait d’une aide de sa Ligue. A 35 ans, ce temps est révolu. Mais pas sa carrière. David Guez a toujours envie de promener son mètre quatre-vingt-cinq et son jeu "classique" et offensif sur tous les terrains du monde. Par passion.

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze