Novak Djokovic lors de l'Open d'Australie en janvier.
Novak Djokovic lors de l'Open d'Australie en janvier. | PAUL CROCK / AFP

Comment Djokovic oeuvre en coulisses pour réformer l'ATP

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Les coulisses du tennis masculin traversent une zone de turbulences depuis des semaines, une crise dans laquelle Novak Djokovic joue un rôle de premier plan, notamment pour son influence dans la restructuration de l'ATP. Au point d'agacer ses principaux adversaires comme Roger Federer ou Rafael Nadal.

Ce n'est plus vraiment un mystère. Le n°1 mondial et président du conseil des joueurs Novak Djokovic, oeuvre depuis longtemps maintenant pour tenter de refaçonner le tennis masculin, et sa structure de gouvernance, l'ATP.

"Djokovic a une très forte personnalité et il a toujours eu une vision générale du jeu, de ce qu'il voudrait faire du circuit. Il ne s'en cache pas", décrypte un directeur de tournoi. 

Pour résumer le projet du n°1 mondial, qu'il avait d'ailleurs présenté à Monaco il y a quelques années, il s'agit de donner plus de pouvoir aux joueurs, afin notamment de redistribuer plus d'argent, et de limiter le pouvoir des tournois et notamment des Masters 1000, alors que les deux cohabitent au sein de l'ATP. 

Mainmise du Serbe

Et pour cela, Djokovic manœuvre, parfois de manière brutale. Sa dernière victime ? L'actuel patron de l'ATP, le Britannique Chris Kermode, contraint au départ à la fin 2019 à la suite d'un vote du board de l'ATP début mars où les trois représentants des joueurs ont fait bloc contre lui. Un scrutin où beaucoup y ont vu la mainmise du Serbe, qui ne siège pourtant pas au board.

Novak Djokovic lors du Masters 1000 de Madrid.
Novak Djokovic lors du Masters 1000 de Madrid. © OSCAR DEL POZO / AFP

"Il a obtenu ce qu'il voulait. Il ne s'entendait pas avec Chris (Kermode), les deux n'étaient plus capables de trouver des compromis", explique ce directeur de tournoi. Soupçonné d'avoir pris position pour les tournois, donc contre les joueurs, Kermode, qui a pourtant participé à l'augmentation des prize-money pour les joueurs depuis 2014, n'a pas survécu aux ambitions du Serbe.

"Federer, Nadal et Murray se respectent, mais Djokovic ce n'est pas leur tasse de thé"

"Cela montre qu'il ne faut pas se trouver sur sa route", ajoute cette même source, plutôt séduite d'ailleurs par le plan du Serbe, moins par la méthode. L'annonce, tombée lors du tournoi d'Indian Wells, avait surpris pas mal de monde. Elle a permis en tout cas de voir que ce qui se tramait n'était pas du tout du goût de Roger Federer et de Rafael Nadal, très loin d'apprécier l'attitude de Djokovic. Les deux n'ont d'ailleurs pas caché leur agacement.

"Pour être clair, ils ne peuvent pas se saquer. Federer, Nadal et Murray se respectent, mais Djokovic ce n'est pas leur tasse de thé", assure un connaisseur du circuit. De quoi donner une idée de la belle ambiance qui règne parmi les stars du circuit.

Mais récemment, le plan de Djoko a connu un accroc de taille : le départ de l'un de ses alliés au sein du board pour les joueurs, l'Américain Justin Gimelstob. Condamné fin avril par un tribunal de Los Angeles après avoir tabassé un ex-ami lors de la fête d'Halloween, sa position était devenue intenable. Il avait pourtant tenté de s'accrocher au poste, ce qui avait choqué pas mal de joueurs, dont Andy Murray. 

Justin Gimelstob en 2015.
Justin Gimelstob en 2015. © ELLA LING / BACKPAGE IMAGES Ltd / DPPI

"Ca ne tourne pas rond"

Stanislas Wawrinka s'est également fendu, quelques jours après ce départ, d'une lettre ouverte dans le Times dans laquelle le Suisse a écrit, à propos de l'ATP : "le problème ne vient pas de la structure mais de la nature des gens qui la composent".

Son illustre compatriote Roger Federer est revenu sur ce dossier dimanche à Madrid, en ouvrant la porte à un possible retour de Kermode au board suite au départ de Gimelstob. Là encore, pas vraiment de quoi se rapprocher du Serbe qui a dit lundi espérer qu'il y aura "des candidats de qualité venant du monde du tennis, d'autres sports, mais aussi d'ailleurs".

En tout cas, le poste de Gimelstob n'a jamais été autant convoité, avec pas moins d'une quinzaine de candidatures, selon un proche du board. "Ca veut bien dire que quelque chose ne tourne pas rond en ce moment", conclut ce directeur de tournoi.

AFP