Amputée d'une jambe après avoir été fauchée par une voiture, Pauline Déroulède vise les Jeux paralympiques de Paris 2024

Publié le , modifié le

Auteur·e : Apolline Merle
Pauline Déroulède
L'athlète française Pauline Déroulède sur le court de tennis après une séance d'entraînement le 26 mai 2020, à Feucherolles (Yvelines), près de Paris | FRANCK FIFE / AFP

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Le destin de Pauline Déroulède est une leçon de vie. En 2018, la jeune femme alors âgée de 27 ans est fauchée par une voiture et perd sa jambe. Amputée, elle se donne un objectif ambitieux : participer aux Jeux paralympiques de Paris 2024 en tennis-fauteuil. Déterminée à affronter sa situation de manière positive, Pauline est devenue une sportive au mental d’acier. En un an, elle approche déjà le top 3 français.

En octobre 2018, la vie de Pauline Déroulède bascule. Fauchée par une voiture, elle est grièvement blessée et perd sa jambe. Transportée à l'Hôpital d'instruction des armées de Percy à Clamart (en région parisienne), elle y restera huit mois. Mais très vite après l’accident, la force et la détermination de la jeune femme qui est alors âgée de 27 ans, prend le dessus. En salle de réveil, après sa première opération, les premiers mots de Pauline sont remplis d’espoir. “Quand je me suis réveillée, j’ai retrouvé mon entourage et la première chose que j'ai dite c'est "je vais faire les Jeux paralympiques". A ce moment-là, tout est allé très vite dans ma tête. J’avais compris que j'avais un handicap. Et puis, comme j'ai toujours eu le sport dans ma vie, secrètement j'aurais bien aimé faire une carrière dans ce domaine. C’était un rêve de petite fille car j’avais le profil. Ainsi, avec ce handicap, je me suis dis que peut-être cela allait m'ouvrir ce chemin.” 

Une décision qui n’a pas surpris ses proches. “J’ai toujours été à fond dans le sport. Ils savaient que j'aurais voulu faire ça. J'ai toujours fonctionné à l'objectif et les JO est un but ambitieux. J'avais besoin de cet objectif très haut pour m'en sortir. Ils ont très bien accueilli ma décision”, se remémore-t-elle. A l’époque, Pauline sait qu’elle veut être parmi les athlètes de Paris 2024 mais ignore encore dans quel sport. Passionnée de tennis au point d'en devenir professeur à 15 ans, elle ne se voit pourtant pas se lancer dans le tennis fauteuil dans un premier temps. “Je savais que le tennis en handisport ne se pratiquait qu'en fauteuil roulant, et j'avais un énorme blocage psychologique. Je n’envisageais pas de faire mon sport en fauteuil”, relate Pauline qui a été classée 2/6.

Une rencontre déterminante

Pourtant, c’est bien en tennis-fauteuil que la jeune femme a finalement décidé de se lancer. En 2019, elle participe à un programme de détection appelé "La relève", mis en place par le comité olympique en vue des Jeux paralympiques de Paris 2024, pour recruter des athlètes et mettre en avant le sport français. “Je m’y suis rendue avec l’idée de me mettre au triathlon, parce qu'avant mon accident je voulais me lancer dans cette discipline. Mais ce jour-là, de nombreuses fédérations étaient présentes et très vite la FFT m'a approchée, raconte Pauline Déroulède. Du fait de mon passé de valide, et avec le niveau que j’avais, ils m’ont dit qu’il y avait quelque chose à faire. Ils m'ont envoyé du rêve”, sourit-elle. 

"Tu sais Pauline, dans la vie j'arrive debout, comme toi, avec ma prothèse. Quand j'arrive sur le court, je l'enlève et me mets dans mon fauteuil, je fais mon match et après je repars debout" - Stéphane Houdet

Pauline Déroulède quitte le court de tennis après une séance d'entraînement le 26 mai 2020 à Feucherolles (Yvelines), près de Paris.
Pauline Déroulède quitte le court de tennis après une séance d'entraînement le 26 mai 2020 à Feucherolles (Yvelines), près de Paris. © FRANCK FIFE / AFP

Pourtant, elle reste sceptique, toujours à cause du fauteuil. Mais tout bascule lorsque la fédération l’invite à Roland-Garros. Dans ce lieu qui l’a toujours fait rêver, elle y rencontre Stéphane Houdet, le numéro 1 français en tennis-fauteuil et ancien numéro 1 mondial en simple et en double et vainqueur de 23 titres du Grand Chelem. “Cette rencontre a été déterminante parce qu'on avait le même profil, c’est-à-dire qu’on jouait au tennis avant, nous avons le même handicap, et je me suis beaucoup identifiée à lui. Surtout, il m'a dit une phrase, qui a été un vrai déclic : 'Tu sais Pauline, dans la vie j'arrive debout, comme toi, avec ma prothèse. Quand j'arrive sur le court, je l'enlève et me mets dans mon fauteuil, je fais mon match et après je repars debout'", rapporte la jeune femme. "Et quand il m'a dit ça, je me suis dis pourquoi pas finalement, le fauteuil est un outil de travail comme un autre, comme la raquette" et cela ne m'empêche pas d'être debout dans ma vie. A partir de ce moment-là, j’ai vu les choses différemment et je me suis lancée.” 

"Machine de guerre"

Pauline commence ainsi l’entraînement en septembre 2019 au Comité des Yvelines à Feucherolles, qui est un grand pôle d'entraînement où est formée l’élite du tennis français. Elle bénéficie donc de la structure, d’un coach, d’un préparateur physique et d’un kinésithérapeute. “Je suis un peu la seule vieille”, rit la joueuse, elle qui côtoie principalement des jeunes espoirs du tennis.  

Le défi de la jeune femme reste énorme. Mais elle a déjà montré sa force et sa détermination. Quatre mois après son accident, elle marchait à nouveau. La native de Paris le dit elle-même, elle est en mode “machine de guerre”. Alors se lancer dans le haut niveau à 28 ans tout en réapprenant à vivre après son accident, ce défi, Pauline ne souhaite qu’une chose, le relever. “Le sport a toujours été un moteur pour moi, et l’est devenu encore plus après l'accident. Dès que j’ai pu remarcher, j’ai voulu reprendre le dessus. Le sport m'a sauvée. Et cet objectif que je me suis fixée me tire vers le haut”. 

Pauline Déroulède lors d'une séance d'entraînement, le 26 mai 2020, à Feucherolles (Yvelines), près de Paris.
Pauline Déroulède lors d'une séance d'entraînement, le 26 mai 2020, à Feucherolles (Yvelines), près de Paris. © FRANCK FIFE / AFP

“L'accident est encore récent. Je ne peux pas dire que je l'accepte, ce serait mentir de dire le contraire, mais je me suis toujours dit qu'il fallait transformer mon accident en quelque chose d'autres, que l'accident en lui-même"

Au-delà de cette détermination hors du commun, Pauline Déroulède traverse encore des moments compliqués. “L'accident est encore récent. Je ne peux pas dire que je l'accepte, ce serait mentir de dire le contraire, mais je me suis toujours dit qu'il fallait transformer mon accident en quelque chose d'autres, que l'accident en lui-même. Et l'ironie du sort, c'est qu'aujourd’hui, ma vie est de faire du sport de haut niveau”, témoigne celle qui parle souvent de seconde chance quand elle raconte son histoire. “Pour moi, il y a eu une Pauline d'avant et une Pauline d'après. Je sais que j'ai failli mourir, on m'a enlevé quelque chose mais j'ai gagné autre chose, peut-être une force en plus. J'ai de la chance, il y a toujours pire que moi. Ma vie me plait énormément, malgré les conditions dans laquelle je l'ai obtenue”, confie cette ancienne assistante de réalisation, un métier qu’elle a dû arrêter après son accident et devenu impossible à continuer pour Pauline, malgré sa passion pour celui-ci. “Je passais 12h debout à courir partout, donc aujourd’hui c'est compliqué. Même avec ma prothèse, c'est encore fragile et trop fatiguant.”

Son deuxième combat, la sécurité routière

Si le tennis est devenu un projet auquel elle se rattache corps et âme, un autre combat la fait tenir, celui de la sécurité routière. Fauchée par une personne nonagénaire, Pauline souhaite un projet de loi pour la mise en place de tests d'aptitude à la conduite pour tous les conducteurs. Très investie de cette bataille, elle effectue régulièrement des réunions de travail avec des députés et est en contact étroit avec la déléguée interministérielle à la sécurité routière, Marie Gautier-Melleray. “On réfléchit à des solutions pour d'abord mettre en place les tests et surtout à ce qu'on peut proposer aux gens qui ne peuvent plus conduire, ce qui est un énorme chantier. Je sais que ça prendra beaucoup de temps, mais je sens qu'il y a une vrai mobilisation des politiques et de l'opinion publique. Je veux mener à bien cette loi, pas pour moi car c'est trop tard, mais pour les autres. Je veux que mon accident soit utile à d'autres”.

Pauline Déroulède, lors d'une séance de crossfit, en juillet 2019.
Pauline Déroulède, lors d'une séance de crossfit, en juillet 2019. © Pauline Déroulède.

"Roland-Garros serait une consécration"

Aujourd’hui, Pauline essaie d’être tournée vers l'avenir et notamment celui de sa carrière sportive. D’ailleurs, sa première année a été concluante. Début 2020, avant la pandémie de Covid-19, Pauline Déroulède a remporté un tournoi contre la 8e française. Malgré le coup d’arrêt provoqué par le virus, elle a pu participer à un tournoi la semaine passée, organisé par la fédération française de tennis. Bénéficiant d’une invitation, elle a perdu en finale au super tie break, contre la numéro 2 française au terme d’un match serré. Un an après ses débuts dans le haut niveau, Pauline est déjà fière du chemin parcouru. “Je suis satisfaite de cette année car je voulais me sentir légitime, voir si j'avais ma place. Ces tournois m'ont fait prendre conscience que j'avais le niveau, que j’étais légitime et que je pouvais embêter la numéro 2 française qui joue depuis dix ans. Les résultats confirment que j'ai bien fait de choisir cette voie”, reconnaît la fan de Rafael Nadal pour son mental et de Roger Federer pour son jeu complet.

Au-delà des Jeux paralympiques, Pauline rêve aussi de la terre ocre de Roland-Garros. “Ça a toujours été mon tournoi préféré, j’ai toujours habité à côté, je suis toujours allée voir les matchs. L’ambiance y est si particulière, alors en tant que joueuse, je n’imagine pas… Ce serait une consécration.” Un objectif encore compliqué à relever puisqu’en tennis fauteuil, le tableau est plus petit que chez les valides. Seuls les huit meilleurs mondiaux peuvent y participer. Mais là encore, Pauline veut y croire. “Je sais que la numéro 1 française peut bénéficier d’une wild-card, alors je peux avoir mes chances”, précise-t-elle. Car c’est aussi son défi, d'intégrer au minimum le Top 3 français, voire de devenir la numéro 1.