Jean-Philippe Gatien, champion du Monde 1993
Jean-Philippe Gatien, champion du Monde 1993 | AFP PHOTO / SCANPIX/ JAN COLLSIOO

Jean-Philippe Gatien, pour l'éternité

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En remportant la Coupe d’Europe 1993, l’OM en football et le Limoges CSP en basket laissaient, il y a pile 20 ans, leur empreinte dans les annales du sport hexagonal. Mais on a tendance à oublier que cette même année, Jean-Philippe Gatien s’était hissé sur le toit du monde en devenant, à Göteborg, le premier – et toujours unique – champion du monde en simple de toute l’histoire du tennis de table français. Un exploit retentissant, aujourd’hui encore inégalé, que le public de Bercy pourra se remémorer ce lundi à l’occasion des finales du Mondial Ping 2013.

Jean-Michel Saive aura droit à une revanche. Ce lundi après-midi, il ré-affrontera celui qui l’a fait tomber 20 ans plus tôt, en finale des championnats du monde de tennis de table. Et si l’esprit s’annonce bon enfant, le remake de la finale 93 entre le pongiste belge et Jean-Philippe Gatien sera fort en symboles, d’autant qu’il se jouera à Paris, devant 15.000 spectateurs tricolores. L’occasion idéale pour « Philou » de rappeler l’ampleur de sa prouesse aux moins de 30 ans.

Tête d’affiche des « Mousquetaires »

« Les gens de ma génération me reconnaissent de temps en temps dans la rue, mais ceux d’aujourd’hui, nettement moins souvent », reconnaît Gatien, qui s’en amuse plus qu’il ne s’en plaint, conscient que sa discipline de prédilection, en plein essor dans les années 90, a connu un puissant coup de frein au XXIe siècle. Le natif d’Alès avait pourtant tout fait pour populariser la discipline en France : deux médailles olympiques (l’argent à Barcelone et le bronze à Sydney), treize titres de champion de France en simple et dix en double, deux championnats d’Europe par équipe en 1994 et 1998 et une deuxième place aux Mondiaux 1997 avec ses trois « mousquetaires » (Chila, Eloi, Legout, tous membres du top 20 mondial). Mais au-delà de toutes ces performances, jamais il n’oubliera son « titre suprême » en 1993, « qui s’inscrit pour la durée, pour l’éternité ».

Vainqueur du Belge en cinq sets (21-19, 17-21, 21-14, 17-21, 21-18) en Suède le 23 mai 1993, le quadragénaire décrit un titre « extrêmement dur à obtenir ». « La finale a été un combat très difficile, tendu », se souvient-il. « La balle de match a été une sacrée délivrance. C’est une récompense éternelle. Vingt ans après, on m’en parle encore, un tel titre possède quelque chose d’inaltérable ». A seulement 24 ans, Gatien devenait champion du monde et lançait une décennie dorée pour le ping français, qui voyait sa notoriété exploser.

« Gatien a tout fait dans notre sport »

« Pour moi, Jean-Philippe Gatien c’est tout », assure vingt ans plus tard Adrien Mattenet (25 ans), l’actuel numéro un français et seul tricolore de ces dix dernières années à avoir intégré le top 20 mondial. « C’est lui qui a tout fait dans notre sport, qui l’a fait monter au niveau économique aussi. Je lui dis un grand merci. J’aimerai bien prendre la relève, mais c’est très difficile ». La preuve cette semaine puisque Mattenet n’a pu passer le second tour, comme 12 de ses 13 coéquipiers (et coéquipières) tricolores engagés dans le tournoi final du Mondial Ping de Paris. Emmanuel Lebesson, dernier Français en lice, est quant à lui tombé en 16e de finale.

« On s’est trop reposé sur nous et on a un peu oublié de préparer la relève », admet Jean-Philippe Gatien, aujourd’hui consultant pour l’Équipe 21, qui estimait justement avant le Mondial Ping de Paris qu’ « au vu de la domination de l’Asie, particulièrement la Chine, atteindre aujourd’hui les huitièmes de finale d’un Mondial constituerait déjà une belle performance ». Mais si la finale du simple hommes sera une nouvelle fois 100% chinoise, la compétition doit être pour la délégation française « une finalité, un point de passage ». « Il faudrait qu’elle serve de déclic, que les gens perçoivent le ping différemment d’il y a deux ou trois mois », explique-t-il. On peut donc difficilement reprocher aux jeunes héritiers de « Philou » leur tournoi, tant la concurrence asiatique est étouffante. Mais leurs résultats rappellent, une fois de plus, à quel point le tour de force réalisé par Gatien il y a vingt ans était, et restera à jamais magistral.

Diaporama : le Mondial de Ping

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