Simon Gauzy
Simon Gauzy | JACQUES DEMARTHON / AFP

Face à l’Asie, la formation à la française retrouve des couleurs

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« Et à la fin, c’est la Chine qui gagne ». Voilà un dicton qui pourrait bien devenir le slogan des Championnats du Monde de tennis de table, tant ces derniers sont insolemment dominés par une délégation qui a raflé tous les derniers titres mondiaux. A titre comparatif, la France ne présente qu’un seul joueur dans le top 50 mondial, contre six pour la Chine dans le simple top 10 ! Mais cela pourrait bien ne plus durer longtemps. Sans inverser la tendance, les pongistes français progressent à pas de géant.

La dernière fois qu’un pongiste - ou duo de pongistes – non Asiatique a été sacré champion du Monde ? 2003 en simple messieurs, 1991 en double messieurs, 1977 en double mixte, 1975 en double dames… et 1955 (!) en simple dames. Une éternité. Cela fait donc 19 titres sur 20 aux derniers Mondiaux. Un exploit. Mais pas un hasard. « L’Europe a stagné et n’a pas réussi à renouveler son élite, pendant que la Chine y parvenait. Il y a là-bas un volume de joueurs colossal, une concurrence, et le ping est une institution», analyse Jean-Philippe Gatien. L’unique champion du monde français en 1993 avance aussi des raisons historiques, en évoquant  la fameuse « diplomatie du ping-pong » des années 1970 qui avait permis au pays de renouer des relations avec la puissance américaine en pleine guerre froide.

Mais si le tennis de table chinois s’est offert une telle hégémonie sur la discipline à l’échelle mondiale, c’est d’abord grâce à un système de détection à la pointe, au Centre national de Pékin où les méthodes d’entraînement et de formation sont conservées de manière quasi-secrète, fermées aux étrangers.  « On sait comment ils peuvent travailler mais on ne le sait pas vraiment », concède l’entraîneur de l’équipe de France masculine, Stéphane Hucliez. « Ils se remettent en cause en permanence et travaillent énormément. Ils sont très en avance sur la détection des jeunes ». Du coup, « dès qu’ils mettent un nouveau joueur sur un pro-Tour, il est déjà prêt à faire des performances ».

Un budget de détection multiplié par 28

C’est cette formation que l’équipe de France de tennis de table œuvre à développer depuis une dizaine d’années, au sortir d’une décennie dorée marquée par le succès des Mousquetaires. La succession des Gatien, Chila, Eloi et Legout tardant à montrer le bout de son nez, la FFTT décide, en 2002, de mettre sur pied un large programme de détection dont le budget est multiplié par 28 (de 5 000 euros au début de la décennie à 140 000 en 2005).

Un tournant radical qui vise à relancer le ping français sur le long terme : pendant dix ans, jusqu’en décembre 2011 et l’intégration d’Adrien Mattenet dans le top 20 mondial, aucun tricolore ne connaît les sommets internationaux du tennis de table. Mais pendant même cette période, la Fédé observe, dans l’ombre, « de 4 000 à 5 000 pongistes de 7 à 10 ans chaque année », assure dans l’Équipe Mag l’ex-DTN Michel Gadal qui ajoute n’en retenir finalement que 25, « qui bénéficient d’un suivi personnalisé avec leur entraîneur et dans leur club ».

« On va vite revenir au top »

« En état patient, en les laissant s’aguerrir, on aura dans peu de temps quatre à cinq joueurs dans le top 50 mondial.», pronostique Stéphane Hucliez. « Après, les Asiatiques sont durs à aller chercher mais je ne désespère pas. Sur l’échiquier européen, je pense qu’on va vite revenir au top ». Car les résultats de ce programme destiné à concurrencer les délégations asiatiques commencent doucement à se faire ressentir, et ces championnats du Monde, organisés à Bercy, pouvaient être l’occasion idéale pour la nouvelle génération de confirmer ce nouvel état d’esprit, plus ambitieux.

« Je suis optimiste sur la valeur de l’équipe de France », renchérit Gatien. « Il y a du talent et du potentiel, et il n’est pas interdit de penser qu’à terme on puisse renouer avec le succès sur les épreuves majeures ». Côté filles, le début des championnats du Monde s’est avéré bien compliqué, avec une seule qualification sur sept possibles (Yifang Xian). Le constat est plus optimiste chez les messieurs puisqu’outre la qualification d’un ancien mousquetaire (Damien Eloi, 4-3), les jeunes issus de la nouvelle génération ont quasiment tous brillé au premier tour. Le jeune prodige Simon Gauzy (18 ans), parti s’entraîner seul en Asie pour découvrir des nouvelles méthodes d’entraînement,  a enflammé Bercy (4-1), tout comme Emmanuel Lebesson (25 ans, 4-1) et le premier français au classement mondial, Adrien Mattenet (25 ans, 4-3).

Attention toutefois, car le nouveau DTN du tennis de table tricolore, Pascal Berrest, estime que « ces jeunes ont beaucoup de défaites à digérer. Ils ne sont que les champions de l’entraînement pour l’instant ». Et lorsqu’on voit l’incroyable facilité avec lesquels les quatre premiers joueurs Mondiaux – tous des Chinois –  ont passé la première échéance, on ne peut que lui donner raison. Pour l’instant.

Diaporama : le Mondial de Ping

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