Jean-Baptiste Grange : "Chacune de mes médailles est unique"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
A Valloire, chez lui, Jean-Baptiste Grange avec le Globe de cristal du slalom le 17 mars 2009
A Valloire, chez lui, Jean-Baptiste Grange avec le Globe de cristal du slalom le 17 mars 2009. | JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

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Double champion du monde de slalom en 2011 et 2015, Jean-Baptiste Grange possède l'un des plus beaux palmarès du ski français. A 36 ans, le skieur de Valloire (Savoie) vient d'annoncer son départ en retraite à l'issue de la saison. Avant de disputer ses deux dernières courses, Grange se confie à francetv sport.

Jean-Baptiste, vous venez d’annoncer votre retraite à la fin de saison, comment vous sentez-vous depuis ?
Jean-Baptiste Grange :
 "Ça va bien. C’est moi qui ai décidé de partir, donc ça va. Avant la saison, je savais que ça pouvait être la dernière, que ça le serait très certainement. Finalement, le déroulé de la saison fait que c’est une évidence pour moi d’arrêter, d’autant que ma vie personnelle a évolué avec la naissance de ma fille. Je pense aussi à des projets futurs, ce qui me fait comprendre que j’ai fait mon temps dans le sport de haut niveau, j’ai fait le tour, et c’est le bon moment pour arrêter, avant d’être dégoûté ou d’enchaîner les contre-performances. Même si j’aurais espéré mieux cette saison, on ne va pas se mentir. Mais le niveau en slalom est incroyable avec tous ces jeunes qui arrivent. Et puis cela ne m’a pas empêché de réaliser la meilleure deuxième manche de ma carrière à Madonna di Campiglio en décembre."

Avant les Mondiaux, on sentait déjà que vous n’étiez pas loin de la fin. Pourquoi l’annoncer avant la fin de la saison ?
JBG :
"Parce que la saison se termine dans deux semaines, donc j’ai juste voulu anticiper un peu, pour faire les choses bien. Je savais que le téléphone allait sonner, et que ça prendrait du temps de répondre. Je le fais là, comme ça ensuite je serai tranquille lors de mes deux dernières courses. J’ai envie de profiter de ces courses, de ces émotions de fin de carrière." 

"J’ai envie de profiter de ces courses, de ces émotions de fin de carrière." 

Votre ami Julien Lizeroux a lui annoncé sa retraite juste avant sa dernière course il y a quelques semaines. Cela a-t-il pesé sur votre choix ? 
JBG :
"Justement, Julien l’a annoncé au dernier moment, avant sa dernière course. Il m’a dit que ce n’était pas simple de gérer l’effervescence autour de son annonce à l’approche de la course, que ça lui a pris beaucoup d’énergie. Après, on n'avait pas calculé de finir notre carrière la même année, même si on est très, très copains. On mène chacun notre vie, chacun notre carrière. Et puis, pour finir après Julien, j’aurais dû continuer quelques années hein, vu qu’il a arrêté à 41 ans (rire)."

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Quel est l’objectif maintenant : aller chercher une dernière victoire, un dernier podium ?
JBG :
"Je n’ai pas fait de podium depuis quelques années, donc non. Mais le physique va bien, le ski est là : je veux juste donner mon meilleur et puis voilà, profiter tout simplement."

Quand avez-vous pris cette décision ?
JBG :
"Début février. J’ai compris qu’il était temps de passer à la suite. Je le savais un peu déjà, mais j’hésitais parfois. Comme il n’y a pas de public cette saison, je me suis dit que j’allais rempiler un an pour retrouver le public. Je me suis aussi dit que je devais continuer un an pour transmettre aux jeunes français, parce qu’on a une équipe de France hyper sympa. Mais après réflexion, je me suis rendu compte que j’avais vécu assez de choses grâce au ski, qu’il était temps de raccrocher."

"Après réflexion, je me suis rendu compte que j’avais vécu assez de choses grâce au ski, qu’il était temps de raccrocher."

Quand vous regardez dans le rétroviseur, qu’est-ce qui vous rend le plus fier ?
JBG : 
"On me pose souvent cette question. Mais la vérité, c’est que je ne peux pas choisir un moment, un titre. Chacune de mes médailles est unique car, à chaque fois, il y a eu une histoire différente autour. En 2007, je suis médaillé de bronze aux Mondiaux en étant le petit jeune, la révélation. En 2009, je gagne le globe de slalom après l'avoir manqué de peu l’année précédente. En 2011, je deviens champion du monde deux ans après l’échec des Mondiaux de 2009 à Val d’Isère, et après avoir loupé les JO de Vancouver alors que je suis au top de ma carrière à ce moment. Et puis j’avais beaucoup de pression en 2011 : si je ne gagnais pas, j’allais être catalogué comme le gars qui craque quand il faut confirmer. Ensuite en 2015, je reviens au plus haut niveau après pas mal de pépins physiques. Ce jour-là à Beaver Creek, tout allait bien sur les skis, j’étais à 100% de mes capacités, c’est la meilleure course de ma vie."

A tel point que vous battez Marcel Hirscher, le meilleur skieur de l’histoire…
JBG : 
"Ouais… C’est une fierté de gagner ce titre alors qu’en face, il y a Marcel Hirscher au top de sa forme. C’est ce qui se fait de mieux dans l’histoire du ski. Si le niveau de slalom est aussi haut aujourd’hui, c’est parce qu’il y a eu Marcel Hirscher. Quand il a débarqué, j’étais déjà sur le recul avec pas mal de pépins physiques, mais c’était une chance de skier contre lui." 

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Votre carrière est pleine de succès aux Mondiaux, en Coupe du monde, mais pas aux Jeux Olympiques. Est-ce votre principal regret ?
JBG : 
"On est toujours très exigeant envers soi-même, on se concentre plus sur ce qu’on manque que ce qu’on réussit. Aujourd’hui, je me rends compte que j’ai eu la chance de réaliser tous mes rêves de gamin, dont certains plusieurs fois. Donc non, je n’ai pas de regrets. Après, c’est sûr que des gars comme Hirscher, eux, ils n’en loupent pas beaucoup et gagnent toutes les médailles. Mais des Marcel Hirscher ou des Alexis Pinturault il n’y en a pas beaucoup. Ce sont de grands, grands champions. Derrière, on a chacun nos histoires de carrière. La mienne s'est réalisée plutôt sur les Mondiaux que sur les Jeux, c’est comme ça. En 2010, je manque ceux de Vancouver alors que je suis au sommet de ma carrière, malheureusement. En 2014, je suis 5eme à l’issue de la première manche à Sotchi, mais je sors en seconde. C’est comme ça, il faut relativiser."

"Clément (Noël) me donne l’impression de me revoir à mes débuts"

Au delà des titres, c’est votre élégance sur les skis qui est mise en avant depuis l’annonce de votre retraite. Est-ce une fierté ?
JBG : 
"Ça fait plaisir oui. J’ai reçu des témoignages de skieurs comme Jansrud, Ligety, qui ont de gros palmarès et qui sont de ma génération. Quand ces gars-là te disent qu’ils se sont inspirés de ta façon de skier, ça fait quelque chose, oui. C’est vraiment sympa de recevoir ce genre d’hommages, de savoir qu’on va laisser une trace au palmarès, mais aussi dans le style de ski."

Une trace que va suivre Clément Noël, votre héritier désigné ?
JBG : 
"Oui, Clément me donne l’impression de me revoir à mes débuts : il a son propre style, il amène quelque chose de nouveau à la discipline. Et en plus, c’est un mec bien, vraiment. Ça a été un régal de le côtoyer ces dernières années". 

Pour revenir à vous, on vous souhaite quoi pour l’avenir ?
JBG : 
"De la réussite dans mes projets personnels et professionnels. Je vais reprendre le magasin de mes parents à Valloire évidemment, sans y être à temps plein. L’idée est aussi de garder un pied dans le ski, notamment avec l’Excoffier alpine team, de m’investir dans ce genre de choses. S’il y a de la place, j’aimerais bien me lancer dans le commentaire aussi, et travailler avec les équipementiers. Bref, j’ai plein de projets. En tout cas, même retraité, j’espère bien être à Pékin dans un an (pour les JO d'hiver, NDLR)". 

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