Guéri du Covid-19, Alexis Pinturault à cœur ouvert : "Je ne suis pas prêt de raccrocher les skis !"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
Alexis Pinturault

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Après deux mois de confinement chez lui à Courchevel, Alexis Pinturault revient sur cette période durant laquelle il a notamment contracté le Covid-19, après avoir dit adieu au gros globe de cristal qui lui était promis. Quête du globe, championnats du monde 2021 et 2023, JO et sous-médiatisation du ski alpin : entretien au sommet avec la star du ski français.

Comment allez-vous après deux mois de confinement ?
Alexis Pinturault : "Plutôt bien : je pense que la période s'y prête, on arrive au bout de ce qui était long et pénible, en espérant qu’il n’y ait pas de reconfinement. Le premier mois m’a permis de bien me reposer, de profiter de ma famille. Le deuxième, j’ai repris une activité physique quotidienne, pour entretenir les bases entre du renforcement musculaire et du cardio. Je fais aussi beaucoup d’étirements parce que, loin des skis, on s’enraidit (rires). J’ai aussi pris le temps de faire de la photo, parce que j’aime beaucoup cela, et de travailler sur d’autres projets".

Au début du confinement, vous avez été touché par le Covid 19 . Vous êtes guéris ?
AP :"J’ai eu une forme plutôt légère, avec deux jours de douleurs à la tête et un peu de fièvre. J’ai aussi eu un peu de toux pendant 15 jours, mais rien d’excessif. C’est surtout la perte de goût et de l’odorat qui persiste encore aujourd’hui. Je n’ai pas récupéré à 100%, mais je n’ai pas à me plaindre".

"C’est le côté positif en haute montagne, on ne croise pas grand monde qui pourrait nous contaminer (rires). J’ai hâte de revoir les amis, de pouvoir boire des verres, d'aller au restaurant."

Vous êtes maintenant libre de vos mouvements, quel est le programme ?
AP :"Le but c’est de vivre normalement, déjà. Surtout, ce sera plus simple pour faire du sport. Je vais surtout me remettre à l’endurance avec de longues sorties en footing ou à vélo. Mais il faut être prudent quand même pour ne pas être reconfinés. Je vais rester chez moi à Courchevel parce qu’il n’y a personne ici. C’est le côté positif en haute montagne, on ne croise pas grand monde qui pourrait nous contaminer (rires). J’ai hâte de revoir les amis, de pouvoir boire des verres, d'aller au restaurant. Ici, c’est très vide. Il y 1 500 habitants sur une superficie énorme. Tous les saisonniers et touristes sont partis. Quelques propriétaires sont venus passer les premières semaines du confinement ici, mais ils sont déjà repartis depuis un moment".

Vous êtes inquiet pour votre préparation estivale?
AP : "D’un point de vue physique non, les choses se débloquent. D’un point de vue entraînements et développement de matériel, un peu oui. On ne pourra pas aller dans l'hémisphère sud comme chaque année, je pense. Mais on va s'adapter. On a de quoi faire en France et en Europe. La fédération travaille sur différentes solutions, notamment pour les glaciers : on espère pouvoir s’entraîner cet été. Aujourd’hui, il y a des signes encourageants pour qu’on puisse skier jusque mi-juillet sur les glaciers. A partir de là, on fera autre chose, on prendra de petites vacances au soleil, parce que là, on n’a pas eu le temps".

"Si j’avais vu les Autrichiens, Suisses et Norvégiens s’entraîner à longueur de journées, j’aurais pu mal le vivre, oui"

C'est difficile de ne pas jalouser les pays qui peuvent skier, comme la Suisse ou l’Autriche ? 
AP :"En Autriche ça skie déjà depuis le 1er mai, mais ça ne me dérange pas, si et seulement si on peut skier dans un futur proche. La majeure partie des fédérations alpines étaient confinées. Bon, la Suède ne l’a pas été, et les athlètes ont continué à s’entraîner. Mais je me sens moins concerné parce que ,chez les hommes, mes rivaux ne sont pas Suédois… Si j’avais vu les Autrichiens, Suisses et Norvégiens s’entraîner à longueur de journées, j’aurais pu mal le vivre, oui".

Le Covid 19 peut-il avoir des conséquences sur la saison qui début fin octobre ?
AP :"Je pense que oui. Le report du coup d’envoi de la Coupe du monde fin octobre à Solden, c’est une possibilité. On peut s’attendre aussi à certaines annulations, notamment des étapes nord-américaines et asiatiques, qui nécessitent de prendre l’avion. C’est probable de voir un calendrier resserré, concentré sur les épreuves en Europe centrale".

"On m’a coupé l’herbe sous le pied, d’un coup." 

La pandémie a aussi causé l'arrêt prématuré de la coupe du monde, alors que le gros globe de cristal vous semblait promis. Cette fin de saison a-t-elle été difficile à digérer ?
AP : "Je ne vais pas mentir : oui, cela a été très dur à avaler, dans un premier temps. Tout se passait bien, j’étais en pleine forme et il restait cinq épreuves techniques qui m’étaient favorables (son adversaire, le Norvégien Kilde, étant un spécialiste de la vitesse). Et là : on m’a coupé l’herbe sous le pied, d’un coup. Mais après quelques jours, j’ai relativisé. Tout ça n’est la faute de personne : ni de moi, ni de la fédération, ni de quiconque. Et ce qui se passait avec cette pandémie était bien plus grave. Et cette forte frustration, je l’ai transformée en motivation. Les raisons de la frustration sont aussi celles qui font que c’est plus facile d’accepter de ne pas gagner ce gros globe"

Vous comptez donc revenir plus fort la saison prochaine ?
AP : "J’espère bien ! Cette année, j’étais vraiment à la lutte pour ce gros globe de cristal. J’ai été plusieurs fois leader. Et j’ai bien l’intention de revenir à la bagarre l’année prochaine, de gagner un maximum de courses pour remporter cette coupe du monde. Cette saison et l’expérience accumulée vont me servir et me rendre plus forts. L’objectif, c’est d’abord le classement général pour le gros globe de cristal. Si jamais ça ne se passe pas bien, il y aussi les championnats du monde cette année. Pourquoi pas les deux ? On verra selon la forme du moment"

Clément Noël est plus jeune, et il a lui perdu le petit globe de slalom, vous lui avez parlé pour l’aider ?
AP :"Bien sûr. On échange souvent, on passe beaucoup de temps ensemble dans la saison. C’est aussi notre rôle en tant que coéquipiers de se rassurer, de s’aider. Ca fait toujours du bien d’entendre ce genre de choses. Le ski est un sport individuel pratiqué en groupe. Clément, je l’aide au maximum et inversement, chaque membre de l’équipe de France est là pour s’aider".

"Après deux mois de confinement en montagne, où l’on n’a pas vu grand monde (...) même croiser des inconnus dans la rue ça me fait plaisir (rires) !"

Vous avez hâte de retrouver les Bleus ?
AP : "J’ai vraiment envie de revoir tout ce monde en forme oui : les athlètes et le staff. On s’affronte sur les courses, mais ce que les gens ne voient pas, c’est qu’on s’entraîne beaucoup ensemble. Il y a un vrai groupe France. J’ai hâte de retrouver cette ambiance, surtout après deux mois de confinement en montagne, où l’on n’a pas vu grand monde. Même croiser des inconnus dans la rue ça me fait plaisir (rires)".

Aujourd'hui, l’équipe de France de ski alpin est dans l'ombre de celle de biathlon. Vous les enviez ?
AP : "Je trouve ça très bien que le biathlon ait connu cette explosion auprès du grand public. Ils ont fait un excellent pari : celui d’être diffusé en clair. Cela change tout. En ski alpin, seules les étapes de coupe du monde organisées en France sont diffusées en clair, et elles cartonnent. Pour le bien du ski français, il faudrait que ce soit toujours le cas, parce qu’on voit que le public répond présent. J'aimerais qu'on soit autant médiatisé que le biathlon. C’est un combat à mener. Le problème, c’est que les droits TV sont assez chers à cause des pays où le ski est un sport national. Mais j’espère que les choses évolueront dans le bon sens pour nous, parce qu’en ski alpin comme en biathlon, la France a de très bons résultats et de grands champions. L’organisation des mondiaux à Courchevel en 2023 pourrait accélérer les choses".

"Mon objectif minimum, c’est les mondiaux de 2023 chez moi à Courchevel. Ensuite, j’irais peut-être jusqu’aux Jeux Olympiques de 2026, qui sait ?"

Votre adversaire de toujours, Marcel Hirscher, a pris sa retraite en septembre 2019. Vous commencez à y penser ? 
AP : "Je vous le dis tout de suite : je ne suis pas prêt de raccrocher les skis (rires) ! Forcément, une période comme le confinement permet de réfléchir à l’avenir. Aujourd’hui, avec mon bac S avec mention, je ne peux pas faire grand chose. Là, je suis dans une phase de réflexion sur mon après carrière, mais cela commence tout juste, parce qu’il faut bien s’y préparer. C’est quelque chose qui me préoccupe en tant qu’homme. Mais en tant qu’athlète, je compte bien continuer encore plusieurs saisons Mon objectif minimum, c’est les mondiaux de 2023 chez moi à Courchevel. Ça, c’est certain. Ensuite, j’irais peut-être jusqu’aux Jeux Olympiques de 2026, qui sait ?"