Fermeture des remontées mécaniques : "Les moniteurs de ski sont sous perfusion"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Coralie Salle
Station de ski
Station de ski | THIBAUT DURAND / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

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Les remontées mécaniques vont rester fermées pendant le mois de février, alors que les vacances d'hiver arrivent à grand pas. À cause de la Covid-19, les moniteurs de ski tentent de trouver des solutions pour survivre et offrir des activités aux touristes.

C’est un énorme coup dur pour les stations de ski, et plus particulièrement pour les acteurs du monde de la montagne à l'instar des moniteurs. À quelques jours du début des vacances scolaires, les remontées mécaniques restent fermées jusqu’à nouvel ordre. Une décision qui inquiète Jean-Marie Rey, maire et directeur de l’École du ski français (ESF) de Monêtier-Les-Bains. "Les moniteurs sont sous perfusion depuis un petit moment. Je les sens de moins en moins motivés pour finir l’hiver. On a du mal à les mobiliser pour les mettre en marche." À cause des restrictions gouvernementales, les professionnels de la neige donnent moins de cours. "On travaille beaucoup moins que d'habitude. Par exemple, en temps normal, à Noël, on bosse environ huit heures par jour. Là, nous sommes qu'à cinq heures par jour", soupire Nicolas Bonhomme, moniteur à Serre Chevalier.

Avec la fermeture des remontées mécaniques, les éducateurs des sports d’hiver sont moins sollicités. Du coup, certains saisonniers ne sont pas engagés pour faire la saison. "On a plusieurs profils de moniteurs. Ceux qui ont une activité à côté ont repris leur travail à plein temps, mais ceux-là ne représentent qu’un cinquième de notre effectif. Les autres sont des saisonniers qui viennent à l’école de ski pour donner un coup de main. C’est une situation compliquée pour nous", explique le maire de la commune des Hautes-Alpes.

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"Nous nous sommes diversifiés" 

Face à cette situation compliquée, les moniteurs essaient de trouver des parades pour s’en sortir. En effet sans les remontées mécaniques, les professionnels de la neige tentent d’attirer le public autrement. "Avec la Covid-19, nous nous sommes diversifiés. Nous faisons des sorties en raquettes, et nous enseignons le ski de fond et le ski de randonnée, explique Nicolas Bonhomme. Outre la diversité des pratiques de la descente, les stations essaient d'instaurer des activités pour plaire aux jeunes. "On met en place des produits différents. Par exemple, on sait très bien que les adolescents n'aiment pas trop le ski de fond. Du coup, on essaye de faire des journées avec des initiations au snowboard, au télémark (ski de descente avec le talon non fixé) et des demi-journées avec des cours sur les avalanches, poursuit le professionnel du ski des Hautes-Alpes. Pour l’instant, ça marche plutôt bien et les familles sont contentes. »

Une limite de six personnes par groupe est installée. Mais malgré ces contraintes sanitaires, les moniteurs veulent rester positifs. "Nous restons confiants pour la saison d'hiver, on se dit que c'est une mauvaise passe.. Mais c'est comme ça", poursuit le professionnel de la neige de Serre Chevalier. 

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Des aides de l’Etat pour les moniteurs

Pour aider les professionnels du ski, le gouvernement a mis en place des mesures spécifiques. En effet, dans un communiqué publié en décembre 2020, l'Etat annonce "qu’à titre individuel, les moniteurs de ski peuvent accéder au fonds de solidarité avec un droit d’option leur permettant une compensation de perte de leur chiffre d’affaires allant jusqu’à 10 000 euros ou 20 % de leur chiffre d’affaires réalisé sur la même période en 2019." 

Une mesure qui satisfait certains professionnels de la montagne. "Si on parle uniquement de moi, alors ma situation n'est pas si catastrophique que ça. Je vais pouvoir traverser cette période en limitant les dégâts, explique Mattias Garcia, moniteur de ski à Mônetier-Les-Bains. Par contre, j’ai des amis qui étaient blessés il y a deux hivers, donc ils n'entrent pas dans les clous pour espérer percevoir ces aides-là. Certains sont obligés de chercher un travail pour avoir un salaire." Cependant, pour quelques moniteurs, le gouvernement n'est pas très explicite quant à la façon de recevoir les aides. "On n'a pas de directives claires pour avoir ces prestations. On essaie de demander des conseils au syndicat ou à nos collègues pour les percevoir, mais c'est un peu compliqué" éclaircit Nicolas Bonhomme.

L’inquiétude financière touche aussi l'ESF. En effet, sans les cotisations des moniteurs, les écoles de ski ne peuvent pas fonctionner. "Nos éducateurs participent au syndicat local, c’est-à-dire à la structure qui fait tourner l’école de ski. Le problème, c’est que, comme ils ne cotisent pas parce qu’ils ne travaillent pas, nous n’avons pas les ressources budgétaires pour terminer l’exercice de ce syndicat. Donc les moniteurs vont devoir participer financièrement en mettant la main à la poche, pour pouvoir faire tourner la structure", explique Jean-Marie Rey.