Le tremplin de 18 mètres installé dans le parc de Hampstead Heath à Londres
Le tremplin de 18 mètres installé dans le parc de Hampstead Heath à Londres |

Le 25 mars 1950, les Anglais assistaient à un concours de saut à ski avec de la neige... importée de Norvège

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Il y a 70 ans jour pour jour, les Londoniens assistent à un spectacle inédit en Angleterre. Deux ans avant les Jeux Olympiques d’hiver qui doivent se tenir à Oslo, des athlètes norvégiens débarquent dans la capitale britannique pour installer un tremplin de saut à ski dans un parc de la ville. Un show atypique et une grande réussite populaire, puisque des dizaines de milliers d’Anglais viennent assister à la compétition. Si aucune autre édition ne sera organisée, les exemples d’événements de ce type en saut à ski ne manquent pas.

Le 25 mars 1950, pour le deuxième et dernier jour de compétition de saut à ski à Londres, les équipes universitaires d’Oxford et Cambridge s’affrontent en duel. Selon la BBC, près de 52 000 personnes affluent dans le parc de Hampstead Heath, situé dans le nord de la capitale britannique, pour assister à ce spectacle totalement inédit en Angleterre. Au bout de quelques heures de compétition, et sous les yeux interloqués d’Anglais qui découvrent pour la plupart ce sport, les étudiants d’Oxford s’imposent pour cette première édition de la "London ski jumping competition".

Un événement sportif organisé conjointement par l’Association de ski d’Oslo et par le Club de ski de Grande-Bretagne. Vingt-cinq sauteurs à ski norvégiens se rendent à Londres pour ce qui est la première édition d’une compétition amenée à être reconduite dans les années suivantes. Dans leurs bagages, les athlètes venus d’Oslo transportent avec eux 45 tonnes de neige, rare en ce mois de mars 1950 très doux à Londres.

Du foin pour amortir la fin de course

Le premier jour de compétition, le 24 mars, est ouvert à tous les participants. Mais ce sont majoritairement des Norvégiens qui se lancent sur le tremplin de 18 mètres de hauteur. Le vainqueur du jour, le natif d’Oslo Arne Hoel, remporte le concours avec un saut d’environ 30 mètres – quand le record du monde de la discipline, détenu par l’Autrichien Stefan Kraft, est aujourd’hui de plus de 250m -. La longueur de la piste en aval, ne dépassant pas ces 30 mètres, ne permet cependant pas aux athlètes de faire mieux.

Alors que la télévision n’est pas encore présente dans tous les foyers et que la mondialisation n’en est qu’à ses balbutiements, la grande majorité des Anglais présents lors de ces deux jours découvrent ce sport. La BBC précise qu’une émission de radio est diffusée en direct dans le parc d’Hampstead Heath pour décrire la qualité des sauts au public. "Cependant, précise le média britannique, les spectateurs semblaient davantage fascinés par la manière dont les sauteurs s’enfonçaient dans la botte de foin", prévue à l’arrivée pour amortir la fin de course des sauteurs.

Pour les athlètes norvégiens, se déplacer de la sorte devient une routine. Le pays, qui doit accueillir les Jeux Olympiques d’hiver en 1952 à Oslo, se lance à l'époque dans une campagne de promotion pour attirer des touristes. En 1951, des sauteurs à ski norvégiens se rendent à Édimbourg pour faire découvrir la discipline aux Écossais. En 1955, après les JO, d’autres athlètes norvégiens se rendent cette fois à Paris en plein été pour démontrer leurs talents sur un tremplin de 50 mètres érigé Porte Maillot.

À partir de 37s, le tremplin de saut à ski installé Porte Maillot à Paris, en 1955

Quand le climat britannique fait des siennes...

Avec des dizaines de milliers de spectateurs, l’événement d’Hampstead Heath est un grand succès et les organisateurs s’emballent auprès de la BBC : "Nous espérons que cette compétition deviendra l’un des plus importants événements sportifs du pays". L’expérience est renouvelée l’année suivante mais la compétition est interrompue prématurément.

Le climat britannique fait cette fois des siennes et des pluies torrentielles dévastent la neige importée. De quoi convaincre les organisateurs d’en rester là. Pour les Anglais, qui auront la chance d’assister à nouveau à un événement de ce type au stade de Wembley en juin 1961, c’est la fin d’une expérience qui les a transportés, le temps de deux jours de compétition, dans le froid norvégien.

Denis Menetrier @DMenetrier