Le Français David Poisson en 2016
Le descendeur français David Poisson à Val-Gardena en 2016 | MAXPPP - Pierre Teyssot

David Poisson, la disparition tragique d'un passionné au grand coeur

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A 35 ans, David Poisson a trouvé la mort lundi lors d'une chute à l'entraînement sur la piste de Nakiska au Canada. Le descendeur français est ainsi la première victime depuis 16 ans (et le décès de Régine Cavagnoud, déjà à l'entraînement) chez les professionnels d'un accident mortel sur une piste. C'est le décès tragique d'un homme au grand coeur.

Cela faisait 16 ans que le ski professionnel n'avait plus perdu l'un de ses membres sur une piste. "Ce n'est pas pour ça qu'on vit nos passions", glisse Luc Alphand, la voix chevrotante d'émotion. Au lendemain de l'annonce du décès brutal du descendeur, les circonstances de l'accident mortel s'éclaircissent un peu. Dans un communiqué de la Fédération française de ski, il est indiqué que "David Poisson aurait chuté lourdement après avoir perdu un ski lors de la séance d’entraînement partagée avec d’autres nations (...). David Poisson aurait percuté un arbre après avoir traversé les filets de sécurité. (...) Fabien Saguez, Directeur Technique National, et David Chastan, Directeur de l’Equipe de France de Ski Alpin Hommes, ont décollé ce matin à destination de Nakiska pour être présents pour sa famille, ses camarades de l’Equipe de France, (...) ainsi que pour recueillir toutes les informations nécessaires à la détermination des circonstances précises de cet accident."

Car des questions se posent. "Les équipes gèrent leurs propres entraînements, tracent les parcours, elles font tout par elles-mêmes", a indiqué à la presse canadienne Matt Mosteller, un représentant officiel des stations des Rocheuses canadiennes qui travaille à Nakiska. Mais ce sont bien les pisteurs de ces stations qui mettent en place les filets de protection. "Quand on arrivait tout était en place", se souvient ainsi Laurent Chrétien, qui a fréquenté les lieux alors qu'il était responsable de l'équipe de France dames de vitesse. Et il rappelle que, "au Canada, toutes les pistes sont tracées dans la forêt".

Un exemple

A 35 ans, David Poisson voulait participer à ses 3e Jeux Olympiques, après ceux de Vancouver (7e de la descente) et ceux de Sotchi (16e de la descente, 17e du super-G). Car l'homme était un compétiteur, un passionné de son sport, de sa discipline. Surnommé "Kaillou" pour sa solidité et son physique compact (1.72m, 80kg), il avait connu les blessures. Comme tous les skieurs. Il s'en était toujours relevé, relevant les manches pour revenir à son meilleur niveau. Luc Alphand parle de "droiture, d'engagement" de la part d'un skieur qu'il a découvert à la fin de sa carrière, et qui lui a succédé sur un podium en descente, lorsqu'il est monté sur la 3e marche aux Mondiaux de Schladming en 2013, 17 ans après la même médaille conquise par Alphand à Sierra Nevada.

Un modèle de travail, de volonté, et un sourire, les mêmes mots reviennent régulièrement dans la bouche de ceux qui l'ont bien connu. Un homme qui avait un oeil particulier pour le collectif, et toujours un mot pour ceux qui souffraient dans leur chair. Car il avait donné en la matière. Comme tous les descendeurs, il aimait les sensations fortes, cette adrénaline qui s'approche de la peur en haut d'un mur blanc,  devant le portillon de départ. Ce n'est pas pour rien qu'il a réalisé deux de ses plus belles courses à Kitzbühel (4e en 2013) et Bormio (4e en 2009), sur des pentes impressionnantes. Il a attendu ses 30 ans et ces championnats du monde à Schladming pour décrocher ce podium mondial. Deux ans après, il monte sur son 1er podium en Coupe du monde, à Santa Caterina (2013). Des résultats et une longévité qui faisaient de lui une référence dans le ski français.

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