Victor Muffat-Jeandet
Le skieur français Victor Muffat-Jeandet | AFP - PHILIPPE DESMAZES

Sölden : Victor Muffat-Jeandet, après la révélation, la confirmation

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Derrière les valeurs sûres Alexis Pinturault et Jean-Baptiste Grange, Victor Muffat-Jeandet a été la révélation de la dernière saison blanche chez les Bleus. A 26 ans, le Savoyard a énormément progressé l’an dernier. Il attaque cette saison avec un nouveau statut. Une nouvelle pression aussi, pas forcément négative d’ailleurs, mais qu’il va falloir maîtriser dès dimanche à Sölden lors de l’ouverture de la saison.

Pour exister entre un Alexis Pinturault, le présent et l'avenir du ski français, et un Jean-Baptiste Grange, double champion du monde de slalom, il faut être costaud. Et travailler. Victor Muffat-Jeandet est passé par là. L’équipe technique de ski alpin français ne manque pas de talents et il est venu garnir l’écurie déjà bien fournie. Passer de la 55e place du classement général de la Coupe du monde de ski à la 12e place vous met forcément plus en avant. "L’année dernière, c’est vrai que ça été l’année de l’explosion aux yeux des médias, reconnaît le skieur français. Mais c’était surtout dans la continuité de ce que j’avais mis en place les saisons précédentes". En 2015, "Totor" a clairement passé un cap : sept fois dans le Top 10 (une fois en 2014) avec un premier podium – deuxième derrière le régional de l’épreuve Carlo Janka – en combiné à Wengen (Suisse) en janvier.  "Il a eu des résultats concrets cette année, assure David Chastan, le directeur des Equipes de France masculine. Il doit confirmer cette année et avoir l’ambition de monter sur des podiums et de gagner des courses".

Prise de conscience

Confirmer, même si Victor Muffat-Jeandet n’aime pas ce terme, c’est pourtant bien la mission qui l’attend en 2016. David Chastan ne cherche pas à mettre la pression à un skieur qui a eu une maturation un peu plus lente qu’un Pinturault par exemple. Avant 2015, les choses étaient peut-être plus floues, mais plus simples, il fallait surtout progresser. Désormais, il est dans les sept premiers en slalom géant. Et ça change tout. "J’ai vu que je pouvais jouer avec les meilleurs", avoue-t-il. "Je dois prendre conscience de ce nouveau statut et l’accepter, le but maintenant c’est de jouer devant, d’être dans les trois premiers". Le nouveau pensionnaire du club de Val d’Isère – il reste toutefois lié à son club de Bonneval sur Arc et se veut comme un très d’union entre les deux stations voisines – est ambitieux. Mais dans le travail au quotidien avec le staff, il n’a pas pris une nouvelle dimension. "Cela fait trois ans qu’il est dans l’équipe, précise Chastan, on fait un sport individuel dans un collectif. Un skieur ne change pas de statut aux yeux du staff parce qu’il a plus de résultats, ce sont les sollicitations qui changent. Chaque athlète a un programme adapté".

Le corps, l’esprit et les skis

Cet été, Victor Muffat-Jeandet a redoublé d'effort. Travailler plus pour gagner plus. Car le ski de haut niveau est de plus en plus exigeant, il n’a voulu négliger aucun détail. Le physique d’abord, ce qui n’est pas forcément sa tasse de thé. "J’ai une culture sportive donc l’effort physique ne me dérange pas, mais plus on vieillit, moins on fait du ludique" sourit-il. Il a donc "bouffé" de la musculation et du cardio à haute intensité. "C’est pas tous les jours faciles de se lever pou se faire mal, mais si je veux être performant sur les skis, je sais que ça passe par là". Outre son corps, il a également pris soin de son matériel. Passé chez Salomon l’an dernier, il a pu entrer un peu plus dans les détails cette année pour améliorer ses skis. "Ça doit me permettre de gagner des centièmes", espère le natif d'Aix-les-Baisn. Enfin, il a passé l’été à cogiter.

Derrière ses lunettes à la Clark Kent, VMJ cache quelqu’un de "très affectif, très joyeux, de brillant, de très réfléchi aussi… parfois trop, souligne David Chastan. Il faut qu’il arrive à être précis sans se prendre la tête". Cérébral, VMJ l’est sûrement et il a donc pris du temps pour réfléchir à l’approche mental de la course. "C’est là que ce font les différences. Quand tu es vingtième, tu fais ta manche et tu vois où cela te mène. En fonction de ton résultat, tu te lâches sur la deuxième. Là (quand tu fais partie des sept premiers, ndlr), tu ne peux plus faire ça. Il faut être placé dès la première manche". Il n’a, toutefois, pas pris de coach mental pour gérer cette nouvelle pression qui va l’entourer avant ce premier slalom géant de la saison en Autriche. Elle ne l’effraie pas. Au contraire. "J’adore ça, c’est pour ça que je fais du ski", lance-t-il. A l’approche de cette saison "importante"pour lui, mais de transition – comprendre sans compétitions internationales majeures –, "VMJ" n’a pas envie de se rater.

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