Alexis Pinturault
Le skieur français Alexis Pinturault | AFP - JURE MAKOVEC

Sölden : Alexis Pinturault doit augmenter le rythme

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Deux fois troisième du classement général de la Coupe du monde, Alexis Pinturault fait désormais partie du grain du ski mondial. Le Français attaque ce dimanche, avec le géant de Sölden, sa saison avec l’idée de continuer dans la même direction et de faire encore mieux, pourquoi pas en allant titiller le grand patron du ski, l'Autrichien Marcel Hirscher.

Alexis Pinturault n’est pas spécialement pressé. Hormis sur les skis quand il dévale les pentes. A 24 ans, il compte une médaille de bronze aux JO en géant, une de bronze aux Mondiaux de Beaver Creek l’an dernier, neuf victoires en Coupe du monde et 28 podiums. Un palmarès dont il n’a pas à rougir. Mais quand on lui demande s’il ne manque pas quelques titres en plus, le skieur de Courchevel ne se formalise pas et attend son heure. "Sur les grands rendez-vous, j’ai peut-être laissé passer des opportunités, mais à 24 ans, j’ai encore le temps. J’ai fait mes premiers Jeux à 22 ans. J’ai ramené une médaille. J’ai acquis de l’expérience".

David Chastan, le directeur des équipes de France masculine, tient lui un autre discours. Il défend le bilan "d'un des leaders de cette équipe de France". Pas le leader - la nuance est de taille -. Pinturault doit être protégé de la pression qui l'entoure. "Il n’y a pas de ratés dans les grands rendez-vous. Il a une médaille après ses premiers JO, il a participé à deux championnats du monde et a rapporté une médaille. Mais on oublie que lors de ses premiers Mondiaux à Schladming en 2013, il avait toujours fini dans les six premiers dans les quatre épreuves qu’il avait disputées (Super G, Slalom et Combiné, 5e en Géant, ndlr)", explique le technicien tricolore. Des résultats qui confirment le potentiel énorme du Français que tout le monde érige en successeur de Luc Alphand, dernier vainqueur tricolore du Gros Globe en 1997.

Régularité

Le problème avec "Pintu", c’est son talent. Et sa précocité. Il saute tellement aux yeux qu’on en attend toujours plus. Cette pression l’a toujours accompagné depuis ses premiers podiums. "J’ai toujours eu cette étiquette (de leader, ndlr). Au début, ce n’est pas forcément évidemment mais j’ai compris que cela ne se servait à rien de se mettre la pression avec tout ce qu’on entend autour, puisque moi-même je me la mets déjà assez". A 20 ans, en l’absence sur blessure d’un Jean-Baptiste Grange alors champion du monde de slalom, il était parachuté leader par défaut. Il avait assumé avec cinq podiums lors de la saison 2011-2012. Depuis, il n’a cessé de grandir. Dixième du général en 2012, sixième en 2013, et troisième en 2014 et 2015, il se rapproche des meilleurs. A son rythme. "J’ai gagné en régularité, c’est bien. C’est une bonne chose de confirmer ce qu’on a déjà fait. Mais le but, c’est de ne pas s’arrêter là", prévient-il.

Cette deuxième troisième place de suite l’a rassuré. Avec du nouveau matériel qu’il a fallu apprendre à apprivoiser, il a grandit. Notamment dans sa façon de digérer l’échec. "J’ai appris à passer outre l’échec ou la réussite. Il faut savoir se calmer ou rebondir et être encore meilleur les jours d’après". Ce difficile contrôle de ses émotions lui a coûté des courses. "Pas l’an dernier, corrige-t-il, mais à Val d’Isère en 2011 ou 2012 (2013 en fait, ndlr) je gagne le slalom. Le lendemain sur le slalom géant, je suis deuxième de la première manche à quelques centièmes de Marcel Hirscher. On est loin devant les autres. Dans la deuxième manche, j’ai fait un intérieur et je n’ai même pas fini sur le podium (28e). Là oui, honnêtement, ça été un coup très dur". Cette faculté à se projeter vers la prochaine course, à oublier un succès ou un échec, à se remettre en question le sépare encore de Marcel Hirscher, quadruple tenant du titre du Gros Globe. Pour lutter jusqu’au bout, "la régularité doit être totale, au niveau physique, mental, dans la préparation du matériel et des skis", explique le Français.

Quelques jokers, mais pas trop

Cette année, sans JO, ni Mondiaux, doit permettre à Pinturault de skier sans la pression de l'événement. De gommer ce qui n’a pas été la saison dernière, notamment sa tendance à sortir. "Oui c’est vrai, je suis beaucoup sorti l’an dernier et il y a deux ans en slalom. Pourquoi ? Parfois c’est technique, parfois c’est de la malchance. On peut enfourcher car cela ne se joue à rien. Ce sont des concours de circonstances, ça doit être de ma faute", sourit-il. Quatre fois, cinq si on compte le slalom des championnats du monde à Beaver Creek, il n’a pas fini la course l’an dernier. Trois fois il y a deux ans. L’écart avec Hirscher et Jansrud, qui l’ont devancé au classement général l’an dernier, se fait aussi là. "Il faut essayer de monter au classement en slalom, assure David Chastan, il faudra marquer plus de points dans cette catégorie". Pour corriger cette fâcheuse tendance, Alexis Pinturault a travaillé l’indépendance de pieds qui doit lui faire gagner "en sécurité et en efficacité".

Le programme lui ne changera pas. Parce qu’il est polyvalent, Pinturault continuera à jouer sur plusieurs tableaux : le slalom, le géant et le Super G. Sa dixième place en Super G l’an dernier l’a conforté dans ce choix. "C’était la première saison que je me frottais réellement à cette discipline", avance-t-il. Mais face à un calendrier surchargé, lui et le staff devront sûrement faire des choix. "Je n’ai pas peur de me disperser, mais il y aura des discussions avec les entraîneurs avant certaines échéances. Il faut que j’arrive frais sur les disciplines où je suis le plus fort, c’est-à-dire le géant et le slalom". "Tout le monde veut le voir gagner le général parce qu’il en a le potentiel, mais nous on n’a pas forcément donné d’objectif précis. Il faut qu’il fasse de belles courses et qu’il en gagne certaines, admet David Chastan. Il va construire son histoire à son rythme". Sans forcément aller trop vite, mais en ne perdant pas de temps non plus. "On a toujours droit à plusieurs jokers, mais on ne peut pas rater une saison entière", conclut Pinturault.

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