Quelle trajectoire pour le slalom géant parallèle ? 

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Auteur·e : Adrien Hemard
slalom géant parallèle
Le slalom géant parallèle féminin de Saint Moritz. | AFP

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Ce week-end, la Coupe du monde de ski alpin fait étape à Chamonix. Après un slalom samedi, place au géant parallèle ce dimanche. Le deuxième de la saison pour les hommes, et déjà le dernier, puisque cette discipline ne compte que deux étapes en Coupe du monde. Et pour cause, elle a fait son retour il y a 5 ans, et ne parvient pas à emballer tout le monde. Ce qui ne compromet pourtant pas son avenir. Explications.

Longtemps délaissé au profit des autres disciplines, le slalom géant parallèle a intégré la Coupe du monde en 2015. Et pour la première fois cette saison, un petit globe de cristal récompensera le vainqueur d’un classement spécifique, bien qu’il n’y ait que deux étapes au calendrier. Pour les hommes, la deuxième - et donc dernière - de la saison a lieu ce dimanche à Chamonix. La station française organise pour la première fois un slalom géant parallèle, ce qui n’effraie pas Fred Comte, le directeur du club des sports : « On est habitué à accueillir des courses internationales depuis 60 ans. On est allé voir à Alta Badia comment se passe un parallèle, à la fois le travail de la piste en amont, puis le spectacle et l’organisation le jour J. J’étais assez sceptique en arrivant, et plutôt bluffé en partant". Et le Chamoniard n’est pas le seul.

Choc des générations 

Le parallèle séduit aussi les skieurs, à l’image du français Cyprien Sarrazin, vainqueur de celui d’Alta Badia en décembre 2016 : "C’est un show pour le public, un spectacle sympa en nocturne. On est plus libéré. L’ambiance au départ est différente : on est tous groupés, ça s’enchaîne vite, avec les coachs autour. Un slalom géant c’est plus personnel, on est dans notre bulle. Ce n’est pas du tout la même pression. En parallèle, on lâche bien plus les chevaux parce que c’est un sprint. Et on ne skie pas du tout pareil."

A l’écouter, le skieur de 25 ans disputerait même les parallèles s’ils n’étaient pas au calendrier de la Coupe du monde : "Rien que pour garder le rythme, la niaque du départ, je viendrais. Puis là, c’est quand même une étape de Coupe du monde : il y a des choses à gagner (rires)." A l’image de Sarrazin, la jeune génération apprécie ce nouveau format. Les coureurs plus expérimentés - et donc spécialisés -, un peu moins. 

Cyprien Sarrazin célèbre sa victoire au slalom parallèle d'Alta Badia en 2016.
Cyprien Sarrazin célèbre sa victoire au slalom parallèle d'Alta Badia en 2016. © AFP

Du haut de ses 28 ans, Alexis Pinturault est par exemple moins fan du slalom géant parallèle : "Ça part d’une idée pas forcément mauvaise. On veut adapter le face à face qui existe dans d’autres sports, mais ça ne convient pas au nôtre." Un point de vue partagé par d’autres poids lourds du circuit mondial, et ce, pour plusieurs raisons.

Problèmes d’équité, de calendrier et de format

Le principal reproche fait au slalom parallèle, c’est son manque d’équité. Alexis Pinturault explique : "On pratique un sport d’extérieur. La neige n’a jamais la même densité à quelques mètres près, donc c’est impossible d’avoir une homogénéité entre deux tracés. A quelques mètres près, la neige ne marque pas de la même manière. Inévitablement, ça joue sur le résultat. Le skieur sur le mauvais tracé, il est handicapé alors qu’il n’a pas pris le départ." Une critique qui s’est vérifiée à chaque parallèle depuis le début de saison, avec systématiquement un tracé visiblement plus rapide que l’autre.

A cela s’ajoute la surcharge que cela entraîne dans la saison. Si aujourd’hui il n’y a que deux étapes au calendrier, la saison prochaine en comptera quatre. Beaucoup trop aux yeux de David Chastan, directeur des équipes de France de ski : "Le problème, ce n’est pas la discipline, mais le fait qu’elle surcharge les calendriers. On a déjà du mal à organiser des courses classiques dans de belles conditions… Et puis, cette année Alexis Pinturault va faire 35 courses dans la saison.  C’est trop !"

Toujours dans la liste des reproches : le format de l’épreuve. Tous les skieurs s’affrontent face à face en une seule manche - donc sur un seul tracé -, jusqu’aux deux derniers finalistes. Un procédé jugé inéquitable et trop long par Alexis Pinturault : "A Alta Badia on a commencé à 14h, ça c’est terminé à 19h…" Pour Cyprien Sarrazin, c’est surtout le classement qui posait problème : "Jusqu’à cette année, ça rentrait dans le classement du slalom géant alors que c’est du parallèle. Mais depuis cette année, c’est une discipline à part. Cela donne l’opportunité à d’autres coureurs de s’exprimer. Ma victoire surprise il y a 3 ans a été très positive pour ma carrière." D’un point de vue sportif, le parallèle sourit d’ailleurs souvent aux Bleus, surtout en équipe, comme le reconnaît David Chastan : "C’est un bel événement en team event (course par équipes, NDLR), qui amène quelque chose de nouveau. Si on trouve une belle piste, ça peut être sympa."

Une discipline plus spectaculaire et lisible

Pour remédier à tout ces problèmes, le slalom géant parallèle nécessite une organisation spécifique. A Chamonix, Fred Comte détaille : "Le parallèle apporte son lot de contraintes pour l’organisateur. Dès l’été, il faut penser à une préparation de la piste spécifique. Le terrain doit être totalement plat dès l’automne. Le Jour-J, le traçage doit être totalement équitable." Fred Comte et ses équipes ont donc multiplié les voyages à Alta Badia, jusque-là seule station à accueillir un parallèle de la Coupe du monde, pour perfectionner la piste chamoniarde. "On a mis tous les ingrédients de notre côté. On est très contraint par le timing imposé par la fédération, notamment pour remonter les coureurs au départ. Ils ont 7 minutes pour revenir au portillon. C’est très court."

A l'image de l'Autrichienne Franziska Gritsch, les skieurs prennent tous les risques en parallèle.
A l'image de l'Autrichienne Franziska Gritsch, les skieurs prennent tous les risques en parallèle. © AFP

Car en parallèle, tout s’enchaîne. C’est l’une des forces de cette discipline spectaculaire, parmi d’autres. Son atout principal, c’est sa lisibilité, en atteste Fred Comte : "Le ski reste un sport de spécialistes. Pour les non-initiés, les différences entre les épreuves ne sont pas évidentes. Là au moins c’est une confrontation directe, très visuelle pour le grand public." Race director des épreuves techniques de la Coupe du monde à la Fédération Internationale de Ski (FIS), Emmanuel Couder raconte : "Le parallèle existait déjà dans les années 1980, ça a disparu car ce n’était pas évident à diffuser en télévision, mais ça a toujours été attractif. Visuellement, c’est une confrontation directe, donc c’est ce qu’il y a de plus spectaculaire, c’est pour cela qu’on l’a relancé."

Pas franchement convaincu, Alexis Pinturault relativise les audiences : "J’en ai parlé avec des chaînes autrichiennes, suisses, qui me disaient que le format avait beaucoup de mal à se vendre. Selon eux, il n’y a que 25% des spectateurs habituels de ski qui regardent le parallèle." A défaut d’attirer les téléspectateurs, le parallèle enflamme toutefois les spectateurs au pied de la piste. Et pour cause : au-delà de la confrontation directe, c’est surtout la seule épreuve que l’on peut voir intégralement depuis l’aire d’arrivée. "A chaque parallèle, l’ambiance est survoltée. C’est dingue" témoigne Cyprien Sarrazin. "Ça va être le feu dans la raquette du Kandahar" se réjouit déjà Fred Comte.

Des améliorations nécessaires


Cette ambiance survoltée vient surtout du principal atout du slalom géant parallèle : la confrontation directe. "Les meilleurs skieurs du monde sont tous là, face à face. Ils se battent à coup de centièmes, prennent des risques" salive d’avance Fred Comte. David Chastan complète : "Pour le skieur, c’est appréciable, ça permet d’avoir du combat, même si tout le monde ne le prend pas au même niveau. Ce n’est pas juste un chrono : il faut arriver avant le skieur d’à côté ». Même Alexis Pinturault le reconnaît : "C’est le côté sympa de l’épreuve, ça donne une autre adrénaline", avant de nuancer : "Mais c’est masqué pour moi par tous les points négatifs."

Consciente de ces problèmes, la FIS travaille à des améliorations, assure Emmanuel Couder : "On doit écouter les athlètes mais on doit aussi prendre des décisions, pas toujours en leur faveur. Il faut trouver la bonne formule pour que le meilleur skieur du jour ne soit pas pénalisé. On doit de toute façon inclure la télévision dans la construction de nos formats, parce qu’on ne peut pas faire sans elle. Donc les manches en deux descentes (une sur chaque tracé = run et re-run, NDLR) sont impossibles, ça rallongerait trop le format".

Le public français sera en nombre dans la raquette de Chamonix.
Le public français sera en nombre dans la raquette de Chamonix. © AFP

Dommage, car selon David Chastan "Sans re-run, ce ne sera jamais vraiment équitable". Pour Fred Comte, "ce qui manque, c’est une hiérarchie avec de vrais spécialistes qui se battent pour le petit globe". Un petit globe qui aura de la valeur quand il y aura plus d’étapes, selon Cyprien Sarrazin. Cela tombe bien : ce sera le cas la saison prochaine, annonce Emmanuel Couder de la FIS : "On doit prendre le temps pour trouver les sites adéquats, et aussi pour trouver la place dans le calendrier. L’année prochaine, il y aura deux nouvelles étapes : une en Suisse, vraisemblablement à Davos, et une épreuve autrichienne. Quatre, c’est bien : c’est le bon équilibre."

Le combiné en ligne de mire

Une décision qui assure l’avenir du slalom géant parallèle, ou plutôt qui témoigne de la volonté de la FIS d’installer cette épreuve dans la Coupe du monde. Ce qui ne plaît pas à tout le monde, notamment à David Chastan : "Je pense qu’aujourd’hui on devrait déjà essayer de trouver des formats dans nos courses de bases, les améliorer, parce qu’elles peuvent être très belles. Mais on ne peut pas remplacer des courses classiques par du parallèle." Alexis Pinturault ne partage pas non plus l’enthousiasme de la FIS. "Je reconnais le potentiel de l’épreuve, ça peut être intéressant, mais avant cela il y a encore beaucoup de travail. Quand on maîtrisera l’aspect technique qui garantit l’équité, pourquoi pas, mais on en est loin."

En revanche, le skieur français de Courchevel ne craint plus de voir le slalom géant parallèle remplacer le combiné : "On avait encore peur jusque l’an dernier, mais là on n’est plus du tout inquiets. La FIS a relancé le combiné, avec un nouveau format et plus de courses". Toutefois, la question se pose encore, en témoigne les inquiétudes de David Chastan. "Est-ce qu’il vaut mieux faire de la qualité ou de la quantité ? Je ne remplacerai pas le combiné par le parallèle par exemple." 

Surtout, lorsque l’on demande à Emmanuel Couder de la FIS si le parallèle est destiné à suppléer le combiné, la réponse jette un froid. "Le combiné est joli sur le papier, mais très peu attractif dans la réalité. C’est peu intéressant de voir les slalomeurs sur descente, les descendeurs sur slalom. Et puis, soit il faut faire huit étapes combinés, soit pas du tout, mais là il n’y en a pas assez. A vouloir courir tous les lièvres, on en attrape pas un." Et dans cette chasse au spectacle et aux audiences, le gibier favori de la FIS semble bien être le slalom géant parallèle. La preuve, avant d’accueillir son premier parallèle ce dimanche, la spécialité de Chamonix était le combiné. 

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