Coupe du monde de combiné nordique féminin : "Les femmes ont beaucoup de belles histoires à écrire en combiné" se félicite Léna Brocard

Publié le , modifié le

Auteur·e : Louise Gerber
Léna Brocard combiné nordique
Léna Brocard lors des mondiaux juniors en mars 2020 à Oberwiesenthal. | HENDRIK SCHMIDT / dpa-Zentralbild / dpa Picture-Alliance

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Pour la première fois de l'histoire du combiné nordique, discipline mêlant ski de fond et saut à ski, une Coupe du monde féminine débute ce vendredi à Ramsau am Dachstein (Autriche). Parmi les trente-deux participantes de cette toute nouvelle compétition, une seule Française : Léna Brocard. La jeune skieuse de vingt ans, sacrée championne de France de combiné en octobre dernier, semble convaincue de l'avenir brillant des femmes dans ce sport, longtemps réservé aux hommes.

Cette première Coupe du monde féminine, on imagine que vous l'attendiez depuis longtemps. Comment vous sentez-vous à quelques jours de la compétition ? 
Léna Brocard
: "Je suis très excitée ! On est en Coupe du monde, c'est fou. Si on m'avait dit, quand j'ai commencé le combiné nordique, qu'un jour on en arriverait là, je ne l'aurais pas cru. Avec cette Coupe du monde, notre discipline prend plus de sens parce qu'on s'entraîne pour faire de la compétition à haut niveau. C'est aussi un tournant dans l'égalité femmes-hommes grâce auquel notre discipline va prendre de l'ampleur. Evidemment, c'est un moment très spécial qui nous attend. Mais il faut y aller sans complexe, faire ce qu'on a à faire. C'est un très bel événement qui s'annonce et j'ai beaucoup de chance d'être ici." 

"Tout est possible"

Qu'est ce que ça vous fait d'être la seule Française à cette première Coupe du monde ? 
LB
: "Je suis fière de faire partie des premières femmes qui vont pouvoir participer à une Coupe du monde de combiné nordique et représenter mon pays. Ça me donne envie de montrer aux petites filles françaises que tout est possible, qu'on peut faire du combiné nordique à haut niveau en étant une femme. Mais je ne mets pas forcément plus de pression par rapport à ça. Ça reste une compétition avec des filles que j'ai déjà pu affronter les années précédentes. Il faut que je reste sur ce que je dois faire." 

Le calendrier de la saison a été plusieurs fois chamboulé (report de la première Coupe du monde de Lillehammer en décembre, puis annulation de celle en Estonie). Comment avez-vous vécu cette période ?
LB :
"Ce n'était pas une situation simple à gérer. Mais la crise sanitaire actuelle fait qu'il faut prendre tout ce qui vient et s'adapter, être toujours être prête à des changements. A un moment donné, la Coupe du monde avait été totalement rayée du calendrier de la saison, seuls les championnats du monde en Allemagne plus tard dans la saison étaient maintenus (à Oberstdorf en février 2021, les femmes participeront pour la première à des championnats du monde, ndlr). Bien sûr ces championnats restaient une belle compétition, mais c'était quand même important, je pense, de conserver un circuit de Coupe du monde en début de saison. Finalement, cette étape autrichienne à Ramsau a été rajoutée et celle de Lillehammer (en Norvège, ndlr), reportée, devrait être reprogrammée dans l'hiver. De beaux événements sont maintenus cette saison."

"Faire de ma différence une force"

Pour le moment il n'y a pas d'équipe féminine française de combiné nordique et vous devez vous entraîner avec les garçons. Qu'est-ce-que cela vous fait d'être une pionnière ?
LB :
"Je suis la première femme à avoir rejoint l'équipe de France. C'était en mai, juste après la fin du confinement. Il y a des bons et des mauvais moments, mais je pense qu'il faut tirer le meilleur de cette situation. Même si d'autres nations ont des équipes et des structures dédiées aux femmes, la fédération française a réussi à mettre en place des choses pour que je puisse m'entraîner correctement. Le fait de de travailler aux côtés des garçons peut aussi être vu comme une chance, un avantage par rapport à d'autres nations. Je préfère penser aux côtés positifs et faire de ma différence une force." 

Pourquoi ce sport met tant de temps à se développer chez les femmes ? 
LB
: "Le combiné, c'est un peu le parent pauvre du ski nordique et en plus, les femmes manquent de visibilité. C'est souvent le nom de Jason Lamy-Chappuis qui ressort dans les conversations quand on parle de combiné, et les gens sont parfois étonnés qu'il y ait des filles qui en fassent à haut niveau, vu la faible médiatisation de la discipline. Plus le combiné sera diffusé, plus on va être visible et plus la discipline va se développer.
Je pense aussi que cette Coupe du monde était une étape nécessaire à la survie du combiné nordique. S'il n'était pas devenu un sport paritaire, le combiné aurait disparu des JO, donc il fallait créer ce genre d'événements internationaux féminins. Mais au-delà de l'aspect "survie", je crois sincèrement que la FIS
(Fédération internationale de ski) veut développer la partie féminine du combiné. Nous avons fait un bon pas en avant cette année. Beaucoup de beaux événements ont été lancés (Coupe du monde, mais aussi première épreuve de combiné nordique féminin aux Jeux Olympiques de la jeunesse d'hiver en janvier, nldr) et j'espère que ce n'est que le début."

Ne pas passer à côté d'une intégration aux JO 2026

Le combiné nordique féminin ne sera pas présent aux Jeux Olympiques d'hiver de 2022, malgré la demande de la Fédération internationale. Etes-vous optimiste pour 2026 ? 
LB
: "Oui, les JO en 2026 semblent être la continuité du processus enclenché, puisqu'on va avoir de plus en plus de compétitions internationales. Pour moi c'est en tout cas une suite logique, et ce serait dommage de passer à côté de ça." 

Qu'avez-vous envie de dire aux jeunes filles qui aimeraient se lancer dans le combiné ? 
LB :
"Il faut qu'elles sachent que tout est possible, que ce n'est pas parce qu'on est des filles qu'on ne peut pas y arriver, qu'on ne peut pas prétendre à une carrière internationale. Il y a une bonne dynamique de la part des fédérations et il y a des places à prendre. C'est un sport qui est neuf. Il y a moyen de faire de belles choses et d'écrire de belles histoires."  

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