Marie Dorin-Habert
La biathlète française, Marie Dorin-Habert | AFP - KIRILL KUDRYAVTSEV

Marie Dorin-Habert vise le top 3 mondial

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Avec l’individuelle (17h15) à Oestersund, Marie Dorin-Abert, double championne du monde de biathlon va lancer sa saison. Après une année 2015 tronquée puis terminée en apothéose en Finlande, la Française espère de belles choses.

Le bilan de la saison : "inespéré"

"C’est un bilan inespéré. Pour mon retour, j’espérais ne pas faire une saison blanche et elle se solde par deux victoires aux championnats du monde (sprint et poursuite). En Coupe du monde, le bilan est aussi positif avec deux podiums. J’ai gagné en régularité et je me suis prouvé que j’en étais capable".

Les Mondiaux : "j’en suis capable"

A Kontiolahti (Finlande) Marie Dorin-Habert a été époustouflante. Deux titres Mondiaux individuels, elle qui collectionnait les médailles d’argent en relais. En remportant coup sur coup le sprint et la poursuite, la Française s’est prouvé qu’elle "était capable" de performer le jour J. "Je suis déjà passée à autre chose parce qu’il ne faut pas vivre dans le passé. On digère bien ces événements. Beaucoup de choses ont changé. Je sens que j’ai grandi dans le regard des gens, je me sens plus vieille, j’ai plus de recul sur les choses". Alors cette question inévitable, ‘pourquoi en Finlande à 29 ans et pas avant ?’. "J’avais une motivation décuplée. L’année des JO, je m’étais blessée à la cheville. Je m’étais beaucoup entraînée cette année, j’étais 4e mondiale avant les Jeux… Puis je suis tombé enceinte. J’étais surmotivée à mon retour. Je n’avais pas de pression puisque aucune obligation de résultat". C’est ce cocktail qui l’a conduit à ces deux titres. Elle a aussi conscience que cette semaine magique au printemps dernier peut ne plus se reproduire. "C’est possible que je ne retrouve plus jamais ce niveau", concède-t-elle lucide.

Les objectifs : jouer placer

Ces deux titres inespérés ont-ils décuplé son appétit de victoires ? Pas forcément. "Je n’ai pas l’obligation de gagner toute les courses, mais je serai déçue si je faisais une saison pourrie". "C’est une saison bonus, si ça ne se passe pas bien, j’aurai toujours ma fille et ma vie". Quand on la titille un peu, la douanière des 7 Laux se livre un peu plus. "Oui je veux gagner, ou faire un bon classement général. Aucun biathlète ne vous dira le contraire. Si je peux porter le jaune (le dossard de leader du classement général, ndlr), c’est cool. Il faudrait que je gagne la première, comme ça je l’aurai eu. Mais je n’ai pas le niveau pour gagner le général, on ne s’invente pas Martin Fourcade, je n’ai jamais eu ses temps de ski, ni sa régularité au tir". Si elle ne vise pas la plus haute marche du podium à chaque fois, la 'boîte' (le podium, ndlr) est dans son viseur. "Je ne ferai pas ma difficile, je prendrai n’importe quelle place sur le podium. J’aimerai progresser au général : j’ai terminé 4e une fois, donc faire 1, 2, ou 3, ça serait bien". Et si elle n’y arrive pas, une victoire en Coupe du monde ou une médaille aux Mondiaux à Oslo – son site préféré – au printemps prochain l’a ravira amplement.

Les axes de travail : le tir

Cet été pour remplir ses objectifs, elle a axé sa préparation sur le tir. "Le tir debout", précise-t-elle, là où son pourcentage est le plus bas. "J’étais en dessous des 80% , ce qui n’est pas bon. Par exemple, Laura Dahlmeier qui sera une sacrée cliente cette saison, est à plus de 90% (92%, ndlr), c’est énorme ! Il faudrait que j’arrive à 85-86%, comme lors de mes meilleures années de tir" – elle était à 84% l’an dernier. Pour progresser, elle a donc ‘mangé’ du tir, beaucoup plus que d’habitude. "J’essayais d’avoir une implication mentale plus forte lors de mes séances, avec le désir de ‘me faire la peau’, ne rien lâcher. Il faut que je sois capable de me reprendre s’il y a une pensée parasite ou une mauvaise approche. Je suis plutôt satisfaite mais on jugera les résultats en course". Étrangement, ce ne sont pas les tirs en confrontation qu’elle redoute. "Au contraire, les sens sont beaucoup plus en éveil, je tergiverse moins, explique-t-elle, on arrive nombreuses et on laisse parler les automatismes". Quand elle arrive seule sur le pas de tir, c’est plus compliqué. "J’ai beaucoup plus de mal à gérer, car j’ai tendance à me mettre la pression, à trop réfléchir".

La maternité : ça change tout

Marie Dorin-Habert est maman d’une petite Adèle, 14 mois. Un peu avant Martin Fourcade, elle a découvert les joies de la parentalité. "Cela a complètement changé mon rapport à la compétition", avoue-t-elle d’emblée. "Pour Martin, c’est tout jeune et en plus c’est le papa – je ne dis pas que le papa a un moindre rôle – mais durant les jeunes années, la maman est plus présente. On va vivre les choses très différemment lui et moi. Si les courses se passent bien, c’est super mais il y aura un ‘troll’ qui me rappellera à l’ordre quand je rentrerai à la maison. Si ça se passe mal tant pis, ma petite sera là. C’est la vraie vie". Le point noir, l’organisation. "Il faut penser à tout et je m’occupe de tout : les hôtels, les avions. Tout vient de ma poche. C’est une contrainte en plus. Si elle décide de faire ses dents… Je ne suis pas la première à qui cela arrive (avoir un bébé et poursuivre sa saison, ndlr), mais Liv (Grete Poirée, ndlr) avait une nounou payer à plein temps par la Fédération".

L’avenir : aller jusqu’aux JO

Plusieurs fois au cours de cette interview d’avant-saison réalisée à Paris, Marie Dorin-Habert a évoqué la retraite. A 29 ans, c’est une éventualité qu’elle n’écarte pas si les choses se passaient mal cette saison. "Je ne vais pas vous dire que j’arrête si je fais une saison pourrie, je n’en sais rien, mais c’est possible". Elle sait que le temps passe et qu’elle n’est "pas au début de sa carrière".  En point de mire, elle a les JO de PeyongChang. Présente à Vancouver, mais absente à Sotchi, elle aimerait bien ne pas rater ce qui serait ses derniers Jeux. "Au-delà de la chance de médailles, c’est l’événement en lui-même qui m’intéresse. C’est hyper excitant à vivre en tant qu’athlète". Mais là encore, ce sont les résultats qui décideront. "Si les contre-performances s’enchaînent… Je suis vieille, les sponsors ne voudront plus me suivre peut-être". Et la condition d’athlète de haut niveau n’est pas évidente à tenir. "C’est dur de s’entraîner, dur de partir de la maison, encore plus depuis qu’il y a ma fille".