Jean-Guillaume Béatrix
Jean-Guillaume Béatrix a connu un podium la saison dernière en Coupe du monde | MICHAL CIZEK / AFP

Jean-Guillaume Béatrix: "Être un biathlète redoutable"

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Médaillé de bonze en poursuite aux Jeux Olympiques de Sotchi, Jean-Guillaume Béatrix est à la lutte avec Simon Fourcade pour la place de dauphin du biathlon français derière l'ogre, Martin Fourcade. Déçu par sa saison dernière, le Rhodanien, a beaucoup travaillé cet été et n'a pas hésité à s'exiler pour découvrir de nouvelles choses. Entretien.

A quel moment de l’année, un biathlète cesse d’être en vacances et reprend la préparation ?
Jean-Guillaume Béatrix : "J’ai des vraies vacances au mois d’avril où je ne m’entretiens plus. Je n’ai plus envie de faire du sport. J’ai besoin d’arrêter physiquement et psychologiquement aussi. On reprend la préparation tranquillement début mai. Les trois premières semaines, c’est petit à petit, une reprise adaptée. Ensuite, fin mai- début juin, c’est de la vraie préparation avec beaucoup d’heures de travail."

Cet été, on a beaucoup parlé du voyage de Martin Fourcade en Norvège. Est-ce que vous aussi vous aimez vivre ce genre d’expérience à l’étranger ?
JGB:
"J’ai été en Norvège en juin et en Autriche et en Italie au mois de juillet, des démarches personnelles. Je le fais (rencontrer des athlètes lors de voyage à l’étranger) depuis plusieurs années. Je m’étais entraîné avec des Russes, il y a deux ans en Bulgarie. Cette année, j’étais avec des Hongrois. Quand on voyage seul et qu’on arrive sur un site d’entraînement, on est tout de suite très bien reçu et les gens veulent nous aider. C’est une manière de rencontrer des gens et d’intégrer un groupe, chose qu’on ne peut pas faire pas quand on se déplace en équipe. Au niveau du sport c’est très enrichissant de s’entraîner seul. Pour moi c’est aussi une manière d’aller sur des sites où on ne va pas avec l’équipe de France, découvrir des endroits nouveaux et s’enrichir tout simplement. C’est quelque chose que j’ai découvert récemment. Je fais ça depuis trois ans, je me garde un mois par été. On passe tellement de temps ensemble en équipe de France toute l’année que ce mois permet de s’entraîner, de faire du sport dur mais centrer sur soi, dans le cadre de sa progression personnelle."

Après deux 13e places au classement général de la Coupe du monde en 2013 et 2014, vous avez régressé en 2015 (20e), comment l’expliquez-vous ?
JGB: "Le classement général j’y accorde beaucoup d’importance. Malgré un podium individuel, j’ai eu des périodes moins bonnes qui expliquent ce classement général. C’est clairement une régression car c’est un véritable objectif de bien figurer au classement général. Ce n’est pas pour autant que je n’ai pas progressé sur certains points. Malheureusement sur des périodes assez limitées. J’ai pu me battre pour gagner des courses, jouer devant, parfois très près de la victoire, j’ai fait quelques top 10 et j’ai aussi été très bon sur les relais, ce qui n’a pas tout le temps été le cas par le passé. D’un point de vue du classement général, c’est une régression mais l’hiver dernier n’était pas si mauvais."

Que vous a-t-il manqué ?
JGB: "Il m’a manqué un tir meilleur en début d’année quand j’étais vraiment en forme sur les skis. En fin de saison, au mois de mars notamment, je n’avais plus ma forme du début de saison sur les skis. Je ne pouvais plus me battre pour une victoire même si je tirais beaucoup mieux paradoxalement. Il manque un peu de régularité sur les skis pour tenir une saison complète. J’ai beaucoup travaillé sur ça cet été. Il a manqué aussi de savoir mettre des balles quand on joue quelque chose d’important. C’est un peu plus facile de bien tirer quand on joue pour le milieu du classement. On l’acquiert avec l’expérience, il faut se retrouver souvent dans cette situation. Le but c’est le reproduire le plus souvent possible."

"Peur de laisser la barre du bateau"

La dualité ski-tir du biathlon est-elle difficile à appréhender ?
JGB: "En biathlon c’est très dur de dire 'là j’ai fait la course parfaite'. Il y a tout le temps quelque chose qui ne va pas. Il y a tellement de points à rassembler que c’est très difficile. Quand il n’y en a qu’un qui ne va pas, c’est bon signe (rires). Les très bons arrivent à réunir tous les paramètres en même temps."

Comment conciliez-vous les deux à l’entraînement ?
JGB: "Ce sont deux sports qui ne s’opposent pas. On peut progresser sur les deux aspects en même temps. On ne va pas régresser en tir si on progresse en ski et inversement. C'est une stratégie pour le tir, du tir de précision, de rapidité, en intensité et puis il y a le timing sur l’entraînement physique. Chaque période a l’entraînement qui lui correspond. Ce sont des blocs, d’endurance de force, de musculation. Le but, c’est que les entraînements difficiles physiquement soient toujours couplés à des séances de tir pour se rapprocher des conditions de compétition que de toute façon on n'aura jamais vraiment."

Avez-vous déjà pensé travailler avec un spécialiste du mental pour aborder le tir et la compétition ?
JGB: "Nous on travaille entre nous avec l’entraîneur de tir. C’est une démarche collective l’entraînement au tir. Certaines personnes peuvent faire le choix d'aller voir un psychologue ou un préparateur mental mais c’est une démarche personnelle. Si je rencontre une personne qui me paraîtra bien pour ce travail-là, pourquoi pas… J’ai l’impression que tout ce qui touche au mental est presque dangereux dans le sens où je n’ai pas l’impression de tout cerner aussi bien que je cerne l’entraînement physique. Si je sens que quelque chose m’échappe au niveau physique, je peux me prendre en main et redresser la barre, mentalement je ne suis pas sûr d’en être capable. Pour le moment c’est quelque chose que je ne creuse pas… Faire confiance à quelqu’un à ce point-là… Il faudrait vraiment que ce soit quelqu’un qui m’inspire. C’est la peur de laisser la barre d’un bateau que je ne pourrais pas redresser si le cap n’est pas bon."

"Le classement général avant les Mondiaux"

Avec huit saisons au compteur en Coupe du monde, on gère mieux les éventuelles courses manquées ?
JGB: "On gère mieux l’après. Si on a raté une course, ce n’est pas forcément qu’on est un mauvais biathlète. Le fait d’avoir beaucoup couru m'aide. J’ai fait des belles courses, j’en ai raté d’autres donc j’ai tout ça à mon actif. Ce n’est pas une course qui va te faire dire ‘tout ce que tu fais, c’est nul’. Il faut juste le garder en tête en se disant ‘Quand tu ne fais pas les choses bien, voilà ce qu’il se passe’. Et j’ai aussi en tête ‘quand je fais les choses bien, ça marche’."

Vous faîtes du classement général de la Coupe du monde un objectif prioritaire. N’est-ce pas en opposition avec une bonne préparation pour les Mondiaux de fin de saison qui peuvent nécessiter des impasses ?
JGB: "Les championnats du monde, c’est une situation un peu compliquée parce qu’ils sont au mois de mars, en fin de saison. Il y a des gens qui vont faire de l’impasse. Pour le moment, je n’en envisage pas parce que le circuit Coupe du monde est un circuit sur lequel je m’épanouis pleinement. Je ne sais pas, c’est une piste à creuser, peut-être que faire des impasses me rendrait meilleur en mars mais je n’en suis pas sûr. Je vais en discuter. Ça dépend de beaucoup de choses… On est aussi en concurrence entre nous pour la sélection. Celui qui fait trop d’impasses on va lui dire ‘bon écoute, tu n’étais pas là, les autres sont là, ils courent, ils sont meilleurs’. Je ne pense pas ma saison en fonction d’impasses. S’il y en a une ce sera exceptionnel et ça s’inscrira dans une stratégie. Pour l’instant, ça n’en fait pas partie."

Pour finir, ce serait quoi, une saison réussie ?
JGB: "Une saison réussie, ce serait un top 10 du classement général de la Coupe du monde. Pour moi, un athlète dans le top 10 est un athlète redoutable. C’est ce après quoi je cours car ça implique des podiums individuels ou alors une place cinquième quasiment à chaque course. Ça ferait de moi un athlète qui compte."