Johannes Dürr
Johannes Dürr en pleine confession à la télévision allemande en janvier 2019. | ARD

Dopage : Johannes Dürr, la tourmente du repenti récidiviste

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Témoin clé dans l'opération Aderlass, Johannes Dürr risque 5 ans de prison. Le skieur de fond autrichien, tombé en 2014 pour dopage à l'EPO puis suspendu à vie le mois dernier par l'agence antidopage autrichienne après une récidive, est accusé d'avoir participé activement au développement d'un vaste réseau de dopage.

Ses confessions avaient permis la révélation d'un vaste réseau de dopage en février. Johannes Dürr est désormais dans la tourmente. Le skieur de fond risque 5 ans de prison. S'il s'était longuement épanché à la télévision allemande sur ses multiples prises de produits dopants, l'Autrichien est aujourd'hui accusé d'avoir participé activement au réseau qu'il a lui-même dénoncé.

Dürr aurait joué les entremetteurs entre des athlètes et le docteur Mark Schmidt, au centre du réseau visé par l'opération Aderlass ("opération saignée" en Français, en référence aux transfusions sanguines), transmettant même, en personne, des hormones de croissance fournies par le sulfureux médecin. On est bien loin des confessions larmoyantes aux allures de repenti sincère du mois de janvier dernier.

Des aveux en cache misère

A l'époque, le fondeur de 32 ans racontait pour ARD comment il s'était dopé ces dernières années, sans concession : du bruit gênant des transfusions sanguines aux noms des différents produits qu'il a consommés, en passant par ses envies de suicide. “A la base, je suis une personne très honnête. Pour moi, l'honnêteté est toujours à la base de tout relation humaine, ce qui permet de traiter quelqu'un comme son égal", déclarait-il en admettant avoir une autre facette, plus sombre. 

Après celle du repenti lanceur d'alerte, resurgit celle du dopé récidiviste, celle de l'avide compétiteur. Johannes Dürr n'a jamais joué les premiers rôles dans sa discipline et c'est quand il tombe pour dopage à l'EPO lors des Jeux de Sotchi en 2014 que son nom trouve un écho mondial. Suspendu d'abord deux ans, l'Autrichien a manqué son retour et surtout avoué s'être dopé à nouveau. Sa récidive lui a valu le mois dernier d'être suspendu à vie par l'agence antidopage autrichienne. 

Du dopage par crowdfunding ?

En mai 2018, il osait tout de même lancer une opération de crowdfunding (une cagnotte de financement participatif toujours en ligne) pour pouvoir participer aux Mondiaux de Seefeld 2019... Il avait récolté 38 985€. C'était quelques mois avant de passer aux aveux et de donner des noms aux investigateurs. Tombés après les révélations de Dürr, ses compatriotes Dominik Baldauf et Max Hauke (pris en flagrant délit de transfusion sanguine en vidéo fin février) racontent que l'intéressé les avait rapprochés de Mark Schmidt, tout en ajoutant qu'ils ne seraient jamais de grands skieurs s'il ne se dopaient pas.

Depuis les aveux de Dürr, plusieurs sportifs sont tombés. Au cours d'une conférence de presse, le procureur en charge du dossier, Kai Gräber, avait expliqué en mars que cinq sports étaient touchés dans ce réseau, évoquant un total de 21 athlètes de 8 pays différents. Le monde du cyclisme a particulièrement été bousculé par l'opération Aderlass. Stefan Denifl, Alessandro Petacchi, Danilo Hondo, Kristijan Koren, Kristijan DurasekBorut Bozic ont tous été sanctionnés. On se souvient aussi de l'éjection de Georg Preidler de la Groupama-FDJ. 

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