TOUR 2010 Contador Schleck 14e
Alberto Contador et Andy Schleck roue dans roue | Getty Image - SPENCER PLATT

Schleck-Contador, une partie sans échec

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Alberto Contador était attendu sur les pentes de la première étape des Pyrénées. Andy Schleck aussi. Le premier n’a pas repris le maillot jaune, ni du temps. Le second n’a pas creusé d’écart, ni perdu un mètre. Une étape pour rien ? L’Espagnol s’est montré offensif, le Luxembourgeois a parfaitement défendu son maillot. Un partout, la balle au centre. Les deux coureurs en pleine possession de leur moyen physique offrent un duel intense et incertain.

Malgré un stage dans les Pyrénées en mai pour préparer cette première étape, Alberto Contador n’a pas réussi à reprendre du temps sur Andy Shleck. Un constat d’échec pour l’Espagnol et son équipe Astana qui a décider de rouler toute la journée. Francis Van Londerseele, directeur sportif de l'équipe française, juge que la poursuite menée par le team kazakh avant même le pied du premier col a été contre-productive. "Ils n'avaient aucun, aucun, aucun intérêt à rouler comme ça sur une échappée de neuf coureurs. Je ne vois pas du tout l'intérêt alors que le premier (au classement général) était très loin... C'est vraiment stupide. Mettre trois gars (d'Astana) à la barre pour les perdre c'est stupide... Contador en aura sûrement besoin dans les jours prochains." La tactique qui a consisté à isoler Shleck a néanmoins bien fonctionné. Pas la suite du plan. Après une assez longue partie de poker menteur, l'Espagnol a attaqué trois fois en deux kilomètres dans la montée vers le plateau de Bonascre mais Schleck, déterminé et autoritaire, est resté dans son sillage. Les deux coureurs se sont épiés et jaugés toute la journées, attendant un signe de faiblesse de l'autre qui n'est jamais venu.

L'étape de Mende a servi de révélateur à Bjarne Riis. Puisque Contador l'a souvent mis en difficulté en attaquant de derrière, le maillot jaune a décidé de ne pas le quitter des yeux, de se mettre dans son dos dans un jeu de chat et de la souris. "Avec Bjarne Riis, j'avais décidé de rester dans la roue de Contador, parce que si je suis devant, il m'attaque et c'est très difficile pour moi de revenir", a justifié Schleck. "J'ai simplement appris du passé. Dans l'avant-dernière ascension (Port de Pailhères), son équiperoulait, il était à côté de moi avec Vinokourov. Ils voulaient que jefasse quelque chose. Son équipe voulait me donner l'impression qu'ilétait mal. Mais dans le passé j'ai déjà commis l'erreur de me mettredevant lui: il partait de derrière et me lâchait." Le Luxembourgeois a ainsi conservé son avance de 31 secondes sans coup férir et surtout complètement neutralisé, voire agacé, l’Espagnol. "Avec Andy (Schleck), on se contrôle l'un l'autre. On a lutté et puis, on a vu qu'il fallait qu'on collabore pour ne pas laisser trop d'écart aux autres. On était plus ou moins au (même) niveau, on s'est mis d'accord", lâche le double vainqueur du Tour.

Qui est le bénéficiaire de cette étape où le peloton a escalé le Port de Pailhères et la montée vers Ax-3 Domaines ? Schleck, qui a su contrôler facilement Contador ? Ou l'Espagnol, dont le retard est minime compte tenu du dernier contre-la-montre, à son avantage ? Leur course poursuite sur les pentes d'Ax-3 Domaines, à l'image des pistards, a marqué les esprits et rappelé que le cyclisme est aussi une partie d'échec. "Aujourd'hui (dimanche) Alberto se sentait bien. S'il avait été mal, j'aurais tenté, mais il était bien. J'étais bien aussi. Il fallait que je reste dans sa roue. Il y a eu comme une guerre psychologique entre nous." a souligné Schleck. " Demain se dresse une nouvelle occasion pour Contador de tester Schleck: le Port de Balès et ses passages à plus de 11% étudiés en mai. "La journée d'aujourd'hui (dimanche) ne s'est pas mal passée. Demain (lundi) sera une autre étape avec un style d'ascension différent. On verra mais aujourd'hui (dimanche), c'était la chose à faire", a conclu sobrement le leader du classement général. Le Tour de France devra donc patienter pour connaître l'issue d'un duel qui devra bien prendre une autre tournure dans les prochains jours. (Avec Reuters)

Mathieu Baratas