Francesca Schiavone
La rage de vaincre de Francesca Schiavone | AFP - Jacques Demarthon

Schiavone fait déchanter Bartoli

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De miracle il n'y a pas eu pour Marion Bartoli en demi-finale jeudi en Roland-Garros; la combativité et la volonté n'ont pas suffi à la Française face à Francesca Schiavone, la tenante du titre, qui avait sans doute un peu plus de solutions dans sa raquette. Parfois malmenée, l'Italienne a toujours su remettre son jeu à l'endroit pour faire la différence et finalement s'imposer 6-3, 6-3.

Sous le soleil, mais avec un vent tourbillonnant, les deux jeunes filles abordaient cette rencontre avec des sentiments différents. Leurs cinq face à face avaient tourné quatre fois à l'avantage de l'Italienne, qui en outre avait un titre à défendre sur la terre parisienne, mais sans doute la dynamique,  le public aidant, pouvait être du côté de Bartoli qui atteignait pour la première fois le dernier carré à Roland et qui n'avait pas l'intention de bouder son plaisir. 

D'ailleurs le début de match fut plutôt équilibré. Marion Bartoli appliquée comme toujours sur son service, puissante du fond de court, n'hésitait pas à mettre la pression sur Schiavone, laquelle ne s'affolait pas et répondait du tac au tac, sur le registres des grands coups droits dévastateurs, mais adoptant au fil des minutes un peu plus de variété dans son jeu. Les deux joueuses rentraient bien dans la balle, mais déjà Francesca Schiavone tentait de mener l'échange, avec davantage de toucher. Bartoli s'appuyait sur un premier service plutôt performant (60%) pour rester dans le match.

Fatal 8e jeu

Menée 4-3, avec service à suivre, la Française semblait ne pas vouloir céder. Mais pour une fois, après une bonne entrée en matière, son service calibré s'enraya avec une double faute et quelques trajectoires mal ajustées, qui offrirent à Francesca Schiavone une première balle de break que l'Italienne de se priva pas de convertir. Elle enchaîna ensuite sur sa mise en jeu pour enlever le 1er set en 4O minutes. Une conclusion somme tout logique pour Schiavone, plus mobile, plus efficace aussi (13 points gagnants contre 5) et n'hésitant pas à monter au filet. Certes, elle laissait quelques occasions en route, mais prenait avec la maîtrise du jeu d'abord, le break ensuite, et la victoire dans la première manche enfin, un sérieux ascendant psychologique sur la Française.

Celle-ci pourtant, loin de se décourager, était bien disposer à ferrailler encore. Elle eut même une ouverture inespérée, profitant des rares fautes de son adversaire pour se détacher 2-O. Mais ses efforts furent immédiatement anéantis,  puisqu'elle perdait aussitôt son service, laissant échapper une belle opportunité de faire douer Schiavone. Au contraire, ce fait de jeu, et cette incapacité à concrétiser son break, mit la Française en porte à faux, et relança les ardeurs d'une Italienne très en jambes, véritable métronome très solide en défense, et qui dictait clairement le jeu. En joueuse expérimenté, l'ltalienne appuyait là où ça faisait mal. Avec son coup droit, elle forçait Bartoli à faire l'essuie-glace, avant de venir conclure régulièrement au filet.      
 
Les occasions perdues ne se rattrapant jamais, Marion Bartoli avait sans doute laissé, avec ce double break manqué, l'occasion de se remettre dans le match et pourquoi pas, de pouvoir s'accrocher encore et pousser à un troisième set. Quand on ne confirme pas cela se paie. Et la Française allait en faire les frais, de plus en plus bousculée dans des échanges qui se durcissaient. Marion Bartoli perdait son premier service, et du coup perdait son assise pour jouer long. Elle perdait aussi patience, et se précipitait quelquefois de façon un peu désordonnée, alors qu'en face, Francesca Schiavone, poussée par un maigre clan italien qui donnait malgré presque plus de voix que les que les supporters de Marion qui semblaient ne plus trop y croire, prenait le temps d'installer son jeu. Un premier break à 4-3 lui permettait d'entrevoir la finale. Elle enfonçait le clou au jeu suivant (le 8e encore une fois). Même si elle accusait un peu de fatigue, petits bras sur certains retours, elle pilonnait le revers de Bartoli, qui ne savait plus comment s'y prendre. La Française souffrait aussi physiquement et à 5-3, elle ne put plus peser sur la partie, laissant Francesca Schiavone aller cueillir une deuxième finale consécutive porte d'Auteuil. Samedi elle pourra, à bientôt 31 ans, mettre fin à la malédiction qui pèse sur les trentenaires en Grand Chelem depuis 21 ans. Elle ne sera plus dans la peu d'un outsider, et ce sera peut-être un peu plus compliqué devant Li Na.

Si près, si loin

Marion Bartoli avait tout pour entrer dans l'histoire. Un central plein, un tableau dégagé, une envie et une hargne à toute épreuve. Il ne lui manquait qu'un peu plus de maturité lors d'un grand rendez-vous, et une palette de coups un peu plus large pour aller chercher une joueuse techniquement plus affûtée comme Francesca Schiavone. Cette demi-finale s'est jouée sans doute sur peu de choses. Une mauvaise trajectoire, quelques services ratés et un break concédé.Cela semble infime et l'on peut penser à juste titre que la Française n'était peut-être pas si loin. Mais Schiavone, à l'aise avec le soleil, maîtrisant les rebonds hauts, utilisant à merveille son lift pour jouer avec le vent, n'a pas longtemps accepté d'être maintenue sur sa ligne comme voulait l'y contraindre la Française. En choisissant de varier ses coups, de monter au filet, de tenter quelques amorties à bon escient, elle a su faire déjouer Bartoli qui petit à petit s'est éteinte, et s'est escrimée à être sur la balle sans vraiment pouvoir influer sur le jeu. Ensuite, quand les jambes ont commencé à ne plus suivre, Bartoli n'avait plus beaucoup de cartouches pour tenter de nouveaux coups. L'efficacité de l'Italienne a totalement défait les espoirs des supporters français du Central. Pour Marion Bartoli, le courage n'a pas suffi. Elle a pris une cruelle leçon de tactique sur terre, mais peut-être saura-t-elle s'en servir l'année prochaine.