Khan Fatuili'i (Ospreys)
Khan Fatuili'i (Ospreys) | BEN STANSALL / AFP

Un rugby gallois à deux vitesses

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Ce week-end en H Cup, Toulouse affronte les Ospreys et Montpellier se déplace à Cardiff. C'est l'occasion de revenir sur les spécificités du rugby de la Principauté, tout en contraste. Si la sélection nationale brille régulièrement sur la scène mondiale, les équipes engagées en Coupe d'Europe peinent à s'imposer face aux clubs anglais et français, ou contre les provinces irlandaises.

Galles, un pays de rugby

Comme en Nouvelle-Zélande et contrairement à tous les autres grands pays de l'ovalie, le rugby est le sport national dans la Principauté. Il y a davantage de licenciés au football, c'est vrai, mais les résultats des Diables rouges sont sans commune mesure dans ces deux sports majeurs. Là où les footeux pointent au 66e rang mondial au dernier classement Fifa, les rugbymen se classent depuis toujours dans le Top 10 mondial (9e actuellement) voire mieux (4e après le Mondial 2011).

Le rugby fait la fierté des Gallois parce qu'il a permis au pays de rivaliser avec les plus grands et notamment le voisin honni, l'Angleterre. Longtemps, de la fin du IXXe siècle jusqu'au début du XXIe, les Dragons ont davantage dominé les All Whites que l'inverse. Ils présentent d'ailleurs encore le meilleur bilan de l'hémisphère nord contre la Perfide Albion (55 victoires, 12 nuls, 56 défaites). Mieux que le XV de France. 

Le pays de Galles a remporté 35 fois le Tournoi des VI (ou V) Nations (record devant l'Angleterre, 26), s'adjugeant le Grand Chelem à dix reprises (12 pour l'Angleterre, 9 pour la France) dont trois lors des huit dernières éditions (2005, 2008, 2011). Les Rouges sont même allés jusqu'en demi-finales de la Coupe du monde 2011, battus d'un rien par les Bleus (9-8) à 14 contre 15 une grande partie du match.

Les provinces transformées en franchises

Malheureusement pour eux, les Gallois ne bénéficient pas de provinces aussi compétitives que la sélection. Jamais un club ou une franchise galloise n'a remporté la Heineken Cup, et le pays de Galles n'a envoyé un représentant en finale qu'une seule fois, en 1996 lors de la première édition disputée sans les Anglais (Cardiff battu par Toulouse à l'Arm's Park).

Avec 6 demi-finales en tout et 13 quarts, les prétendants gallois affichent un bilan famélique comparé aux clubs anglais ou français. Et ils ne rivalisent qu'occasionnellement avec les provinces irlandaises (six succès en H Cup dont trois pour le Leinster). En Ligue celtique, c'est toutefois plus probant avec les victoires finales des Llanelli Scarlets (2004) et surtout le quadruplé des Ospreys (2005, 2007, 2010, 2012), la seule franchise galloise capable de défier les grands d'Europe. 

Emanation de la fusion entre deux clubs historiques, Neath et Swansea, les Ospreys constituent la vitrine du pays de Galles au niveau continental. En 2003, pour mettre fin aux résultats décevants des clubs en Europe, et pour mieux lutter financièrement contre les mastodontes franco-anglais, la fédération (WRU) avait pris la décision controversée de restreindre le niveau supérieur du rugby pro gallois de neuf clubs à cinq sélections régionales (les Cardiff Blues, les Llanelli Scarlets, les Newport Dragons, les Ospreys et les Celtic Warriors aujourd'hui disparus faute de moyens). Cela n'a pas vraiment porté ses fruits. Les franchises de la Principauté ont toujours des difficultés à rivaliser avec les meilleurs du continent.

L'exode des stars

Le mal s'est même amplifié ces dernières saisons sous l'effet conjugué des mauvaises recettes aux guichets (dues à l'absence de résultats) et du départ progressif des stars locales vers les championnats les plus rémunérateurs, l'Aviva Premiership rugby (Angleterre) et le Top 14 hexagonal. De nombreux internationaux ont rejoint ou vont bientôt rejoindre les puissants clubs européens.

L'ouvreur James Hook (67 sélections et 346 points inscrits sous le maillot du pays de Galles) évolue à Perpignan depuis l'été 2011 et il a été rejoint par le 2e ligne Luke Charteris (40 capes) à l'intersaison. Le demi-de-mêlée Mike Phillips (72) joue à Bayonne, le pilier Gethin Jenkins (82) à Toulon, l'arrière Lee Byrne (46) à Clermont. Et deux autres internationaux, le 3e ligne Dan Lydiate (27, Dragons) et le centre Jamie Roberts (41, Blues), défendront les couleurs du Racing-Métro à partir d'août 2013. Sans compter le capitaine gallois Sam Warburton (46, Blues), l'ouvreur Rhys Priestland (22, Scarlets) ou le trois-quarts Dan Biggar (11, Ospreys), très convoités et qui ne devraient pas tarder à répondre aux sirènes françaises. 

Après, comment s'étonner des défaillances régulières des franchises galloises dans la plus prestigieuse compétition européenne ? Les Ospreys ont atteint trois fois les quarts de finale (de 2008 à 2010), les Cardiff Blues ont été battus aux pénalités par Leicester en demi-finales de l'édition 2009 avant de gagner contre Toulon le Challenge européen –la "petite Coupe d'Europe" en 2010, et les Llanelli Scarlets ont également atteint le dernier carré, en 2007. Cela fait peu pour le rugby gallois par rapport à son frère celte irlandais, sans parler du couple Angleterre-France. C'est à peine mieux que l'Ecosse, le parent pauvre du rugby continental. Sans l'équipe nationale, le rugby du pays de Galles vivrait sous assistance respiratoire. Et on ne voit pas trop comment cela pourrait changer…