L'équipe de France de rugby à VII
. | AFP - PHILIPPE LOPEZ

Un podium trompeur pour le VII de France

Publié le , modifié le

Si l'équipe de France a décroché la 3e place du tournoi de Paris, avant-dernière étape du Circuit mondial, sur la pelouse de Jean-Bouin, dans un contexte qui lui était plutôt favorable, et si ellea indiscutablement marqué des points, elle n'a pas pour autant franchi le cap essentiel pour espérer décrocher une médaille aux Jeux de Rio.

La France occupe la 10e place au classement général de ce circuit, et même si, on l'a vu, elle est capable de coups d'éclats, elle mesure encore la distance qui la sépare, sur la durée, des nations principales de cette discipline que constituent  les Fidji, la Nouvelle-Zélande, l'Australie, l'Afrique du Sud, ou même encore les Samoa victorieux dimanche à Paris.

Une autre dimension 

Dix ans après que l'on en a éteint les derniers feux à Charléty, ce retour du rugby "Seven" dans la capitale était toutefois un signe, celui que le France a effectivement pris une autre dimension dans cette discipline, et surtout qu'elle a désormais des ambitions, aiguillonnée par le projet olympique.

Le Stade Jean-Bouin ainsi pu accompagner des Bleus que le public apprend à découvrir dans un bouillonnement naissant qui ne demande qu'à être porté à ébullition. D'autant le lieu était symbolique: c'est en effet dans l'ancien Jean-Bouin que, en 2005, la France a remporté sa dernière étape du Circuit mondial. Une époque qui paraît bien lointaine. D'autant que dans la foulée de ce succès, comme le soulignait l'ancien sélectionneur Thierry Janeczek, qui était au coeur de l'éclosion du VII, il ne s'est rien passé de notable, la Fédération ne semblant pas souhaiter investir dans cette autre forme de rugby. Il a fallu que le VII devienne discipline olympique pour la France s'y intéresse enfin, et commence à la structurer. Mais les dix ans perdus vont être difficiles à rattraper, sur les équipes de l'hémisphère sud notamment,  qui se sont ont déjà  imprégnées de tout ce qui en fait sa spécificité.Dans la façon particulière d'aller fixer, de jouer debout, de privilégier le jeu de passes, d'ouvrir ou de fermer les intervalles, et de plus miser sur la vitesse que sur la puissance.

Sur la bonne voie 

Les nations du Nord ont encore du mal, car elles sont encore dans leur pratique adossées aux habitudes du XV. Alors bien sûr, en Angleterre, au Pays de Galles ou en Écosse, on commence aussi à prendre le sujet au sérieux. Tout comme en France où l'on s'est décidé à spécialiser des joueurs et où l'environnement a évolué.  "Le VII a bien changé, ça s'est professionnalisé, durci et bien médiatisé. C'est une discipline très sérieuse", résume l'ailier Julien Candelon, qui avait découvert l'équipe de France à VII, en 2006, avant de s'y ancrer tout à fait quelques années plus tard.  "C'est grâce à l'expérience que j'ai vécue il y a pile dix ans que lorsqu'on m'a contacté pour venir à VII, je n'ai pas réfléchi. L'expérience avait été fabuleuse", se souvient-il. 

Pour l'entraîneur actuel Frédéric Pomarel, les Bleus sont sur la bonne voie. Ils avaient l'objectif d'atteindre au moins le dernier carré dans le tournoi parisien: c'est ce qu'ils ont fait. Ce qui les a plutôt rassurés, puisque ce résultat intervient après un tournoi moyennant réussi à Singapour en avril, mais surtout après un hiver difficile. Une sorte de montée en puissance. La 3e place dimanche est plutôt encourageante. Mais le pari olympique à venir reste d'autant plus incertain, que les équipes ont toutes énormément progressé, dans une mondialisation étonnante, où l'on trouve des nations qui ne sont pas habituellement invitées au haut niveau à XV comme le Portugal, le Kenya ou le Brésil.

Vakatawa et les autres

Autant dire que pour exister les tricolores vont devoir encore cravacher, corriger leurs lacunes et ne pas compter sur le seul Virimi Vatkatawa. Le Fidjien d'origine que l'on a vu avec le XV de France lors du dernier Tournoi des Six nations, est en effet la vedette et le leader tricolore, et ses touts de passe-passe avec le  ballon déconcertent plus d'un adversaire. Il a encore été l'un des meilleurs joueurs du tournoi parisien, mais il faut autour de lui une équipe qui joue sur le même tempo. Il reste du travail avant Rio. Tous les joueurs le savent. Le capitaine Terry Bouhraoua ne dit pas autre chose: "On va garder la confiance....Mais on va aussi travailler...Si on veut rivaliser il faut travailler encore et encore".  Peut-être que secrètement l'équipe de France de rugby à 7 entend bien faire mentir les pronostics. Pour cela, toutes ses armes seront indispensables. Mais surtout, ce qui compte, c'est de ne pas vouloir aller trop vite. Le retard qui a été pris ne peut pas être gommé. En cas d'échec olympique, les Français ne devront toutefois pas baisser les bras. Ils ont des arguments à faire valoir pour le futur.  

Christian Grégoire