France - Nouvelle-Zélande rugby 1986
France - Nouvelle-Zélande (7-19), le 8 novembre 1986 à Toulouse. Une semaine plus tard, les Bleus seront méconnaissables et gagneront 16-3 à Nantes. | AFP

Un livre dénonce le dopage organisé dans le rugby

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Dans un livre à paraître début mars, le journaliste Pierre Ballester décrit des méthodes de dopage organisées au sein même de l'équipe de France, dans les années 1980 et 1990. "Rugby à Charges, l'enquête choc" risque de faire couler beaucoup d'encre, alors que le Tournoi des Six Nations a débuté depuis quelques semaines.

Dans des extraits publiés par L'Express, l'auteur relate notamment un entretien avec l'un des anciens médecins du XV de France (de 1975 à 1995), Jacques Monbet. Ce dernier rappelle qu'à l'époque, la lutte antidopage était totalement inexistante, et que de ce fait, il n'y avait pas d'interdiction particulière sur les produits dopants. "Tout le monde savait", a-t-il affirmé, évoquant notamment le président de la Fédération française de rugby, Albert Ferrasse.

"Comme (le dopage) était généralisé, je l'ai vu également en équipe de France. Ils avaient chacun leur pilule devant leur assiette lors du repas d'avant match. C'était comme ça à tous les matchs. Du Captagon surtout, du Maxiton parfois...", a notamment déclaré l'ancien médecin. Ce dernier se rappelle notamment du fameux match du 15 novembre 1986 face aux All Blacks. Battus (7-19) à Toulouse une semaine plus tôt, les Bleus dirigés à l'époque par "le petit Caporal" Jacques Fouroux étaient méconnaissables à Nantes pour prendre leur revanche 16-3.

"Le rugby ne peut plus y échapper"

"C'est à partir de ce match-là que les choses ont évolué", précise Jacques Monbet. "Les Blacks se sont rendu compte que leurs adversaires (...) étaient chargés. Ils ont alors porté discrètement l'affaire devant le Board (l'International Rugby Board, ndlr) qui a averti le ministère des Sports, lequel a mis au courant la fédération (FFR, ndlr). Je crois que c'est ensuite, que l'interdiction des amphétamines a été activée dans le rugby", a-t-il ajouté, indiquant que les premiers contrôles sont alors apparus. Mais selon le Dr Monbet, la professionnalisation du rugby a accentué le phénomène.

Evoquant le contrôle positif de Pieter de Villiers à la cocaïne et à l'ecstasy en 2002, le médecin qui se défend d'avoir donné ce genre de produits aux joueurs dresse un triste constat. "On a tous su pour Pieter de Villiers, comme on a tous su pour Brive ou d'autres. Et nous savons aujourd'hui que la musculation associée à l'alimentation protéinée ne suffit pas à expliquer ces prises de masse actuelles. (...) Du dopage, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. (...) Mais globalement, le rugby ne peut plus y échapper désormais. Pour moi, les joueurs ne sont ni victimes ni coupables, mais des victimes consentantes", a-t-il déploré dans cet entretien publié dans ce livre qui va faire grincer quelques dents. L'auteur, Pierre Ballester, ancien journaliste de l'AFP et de L'Equipe, s'était notamment fait connaître par la publication du livre "L.A. Confidentiel" sur Lance Armstrong, en 2004.

Rugby à charges, par Pierre Ballester

Romain Bonte